Ibid., ad 3 ; I» II»e qu. 109, a. 4, ad 2, etc
chent le repos, et que la crainte adoucit dans la contemplation l'impétuosité de ceux qui sont trop portés à l'action. C'est pourquoi les plus aptes à la vie active peuvent, par leurs exercices mêmes, se disposer à la contemplation; et les plus doués pour la vie contemplative peuvent se plier aux exercices de la vie active, ils n'en deviendront que plus dispos pour contempler \
Saint Thomas n'entend pas dire par là que tous peuvent vaquer de la même manière à la contemplation. Les modes de celle-ci varient à l'infmi. C'est de ce qui en forme l'essentiel qu'il s'agit : savoir, de ce regard tout simple de l'intelligence, qui, éclairée de la lumière du Saint-Esprit sur la vérité divine, l'admire et la goûte amoureusement.
Faute d'avoir distingué l'accessoire du principal, on se figure trop souvent la contemplation inabordable à la plupart des chrétiens. Et l'on se trompe. On se trompe parce que, encore une fois, il n'est pas croyable que les dons de science, d'intelligence et de sagesse nous soient accordés en vain.
Ce n'est point là conclusion purement théorique, d'ailleurs garantie par l'autorité de saint Thomas. Toute une tradition pratiquante vient en confirmer la vérité. Voici, sous la plume du Père Schwalm, une page de synthèse historique qui ne laisse pas d'être impressionnante :
« Les mystiques dominicains sont unanimes à exciter le désir de cette grâce [de la contemplation]. Ce n'est pas chez eux simple tradition d'Ordre ou d'École ; c'est une doctrine qu'ils partagent avec saint Bonaventure et saint Bernard, Richard et Hugues de Saint-Victor, Cassien et saint Grégoire le Grand. Les Pères de l'Église en ont marqué les premiers jalons : dès le V^ siècle, Denys, dit l'Aréopagite, en précisait certains principes fondamentaux ; les emprunts de saint Thomas à ce profond mystique rattachent fortement la spiritualité dominicaine à l'enseignement des premiers âges chrétiens. Tauler, Suso, sainte Catherine de Sienne en développent beaucoup les conséquences pratiques. Moins attentifs que saint Thomas aux questions spéculatives, ils acheminent surtout leurs lecteurs à se