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l'ascension de l'ame vers la contemplation 69
disposer pour recevoirle don de la con+emplation. Tauler indique avec prudence les signes d'un véritable appel à cette forme d'oraison ; il en déduit une triple règle de conduite que saint Jean de la Croix, théologien d'esprit très net et de formation bien thomiste, éclaircira au suprême degré. Tous ces apôtres du mysticisme, et du plus sûr, se font une joie et un devoir d'y attirer les âmes ferventes, en voie de perfection.
« Comment ces vues, si fondées en doctrine, si garanties à la fois par la science acquise et l'expérience surnaturelle des Docteurs et des Pères, sont-elles devenues d'une hardiesse troublante, d'une nouveauté suspecte pour certains directeurs en plein XIXe siècle ? Comment ont-elles pesé sur des disciples de saint Thomas eux-mêmes et sur des familiers de la mystique dominicaine ?
«C'est qu'à partir du XV I^ siècle, l'exclusivisme de Rodriguez en faveur de la méditation ; qu'au XV 11^ le mysticisme abusif et malsain de Molinos, de Malaval, de M™® Quyon déterminèrent une réaction étroite et timorée ; nombre de directeurs ou d'écrivains ascétiques s'efforcèrent de classer la contemplation comme un état extraordinaire. Défense alors d'y aspirer : l'humilité et la prudence l'interdisaient. Cela parut plus sûr devant cette débauche d'oraisons sublimées qu'imaginaient les nouveaux mystiques.
« Et cependant, sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, saint François de Sales, saint Jean-Baptiste de la Salle, Suarez protestent contre l'excès de la nouvelle réaction. Ils possèdent, eux aussi, l'autorité de la science acquise et de l'expérience surnaturelle ; c'est une solution fortement motivée, c'est une doctrine vécue qu'ils établissent en déclarant qu'il y a une contemplation ordinaire, exempte de ravissements et d'extases ^, et prudemment désirable pour les âmes qui avancent 2... »
Si cette contemplation elle-même ne se réalise que rarement,
1. Il y aurait à distinguer entre l'extase qui n'est qu'une conséquence naturelle d'une contemplation mystique intense, et certains autres phénomènes qui sont miraculeux.
2. P. ScHWALM, Préface de LaVie avec Dieu, p. xxxv à xxxviii. — Pour plus de développement, voir A. Saudreau, La vie d'union à Dieu et les moyens d'if arriver d'après les grands Maitres de la Spiritualité.
c'est qu'on trouve, hélas! trop peu de personnes qui tendent à la perfection d'un effort persévérant et bien dirigé. Mais le principe demeure quand même. Les grâces mystiques sont le couronnement normal d'une vie mortifiée et fervente. Et c'est de ne pas rencontrer ces grâces dans une âme bien disposée qui est exceptionnel.
A ceux qui seraient dans ce dernier cas sainte Thérèse adresse ces paroles de consolation : « Laissez faire le Maître de la maison. Il est sage, il tst puissant, il sait ce qui nous convient et aussi ce qui lui convient à lui-même. Si, faisant ce qui est en votre pouvoir et vous disposant à la contemplation par cette vie parfaite que nous avons indiquée, vous vous voyez refuser ce don, — encore suis-je portée à croire que vous le recevrez si votre détachement et votre humilité sont véritables, — soyez sijres que Notre-Seigneur vous garde cette joie pour la joindre à toutes celles qui vous attendent dans le ciel ^. »
Mais, on le voit, sainte Thérèse attribue plutôt l'absence de contemplation au défaut de préparation dans l'âme. Elle ne croit guère à un simple refus de Dieu. Plus loin même elle affirme qu'elle n'y croit pas du tout. «Songez que le Seigneur invite tout le monde, écrit-elle. Il est la Vérité même, donc la chose est hors de doute. Si le festin n'était pas général, il ne nous appellerait pas tous, ou bien en nous appelant il ne dirait pas : Je vous donnerai à boire. Il dirait : Venez tous, vous n'y perdrez rien, et je donnerai à boire à qui je trouverai bon. Mais comme il dit, sans restriction : Venez tous, je regarde comme certain que tous ceux qui ne resteront pas en chemin recevront cette eau vive. Daigne Celui qui nous la promet nous donner sa grâce pour la chercher comme il faut ! Je le lui demande au nom de lui-même ^. »
Alors sainte Thérèse se contredit ? — Poursuivons notre lecture, car la sainte a prévu l'objection.
« II semble, ajoute-t-elle, qu'il y ait contradiction entre ce que je viens de dire au chapitre précédent et ce que j'avais dit plus haut quand, voulant consoler les âmes qui ne parviennent