‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 64 sur 227 · II'» II»«, qu. 180, a. 4, corp. et ad · texte numérisé non relu

II'» II»«, qu. 180, a. 4, corp. et ad

l'ascension de l'ame vers la contemplation 83

Nous marquions tout à l'heure, à la suite de saint Thomas, les degrés successifs par où un grave théologien s'appliquera à monter jusqu'aux sommets de la contemplation. Mais de même que nombre d'âmes, dans leur façon de méditer, ne peuvent s'astreindre aux raisonnements rigoureux qui ont les préférences du philosophe scolastique, ainsi, il en est beaucoup, — les mêmes à peu près, — qui ne se feront pas faute de brûler l'une ou l'autre des étapes que nous avons énumérées ; et, conduites par « la dialectique de l'amour », elles n'en arriveront pas moins à se reposer dans une intuition sur le Dieu vivant.

Cette intuition dont il a été parlé à plusieurs reprises n'est pas encore la contemplation mystique. Celle-ci n'apparaîtra que par une intervention spéciale et toute gratuite du Saint- Esprit. Néanmoins l'intuition sur la vérité divine, en laquelle s'achève la méditation, met peu à peu l'intelligence en état de recevoir du Saint-Esprit la grâce qui viendra enfin couronner tant d'efforts. Nous allons le montrer dans le paragraphe suivant.

§ IV. — L'effort d'intuition sur la vérité divine met PEU a peu l'intelligence en état de recevoir

Nous avons parlé d'intuition sur la vérité divine, et nous n'avons fait que traduire les expressions de saint Thomas luimême. En effet, malgré l'imperfection de l'idée que nous pouvons nous faire de Dieu, il s'agit bien d'une intuition véritable, tout au moins quant à la part de vérité divine qui ne dépasse pas la portée de la raison.

N'oublions pas que l'intelligence humaine, elle aussi, est intuitive, par nature et pédisposition. Sans doute, unie substantiellement à la matière, elle ne peut dès lors connaître qu'à partir des réalités sensibles, et à l'aide des images. Mais, ceci mis à part, notre intelligence est intuitive. Son premier acte, à l'aube de sa vie, à son éveil, est une intuition, l'intuition de l'être, ou plus concrètement « d'une chose qui est ; » et en même temps, comme si elle les portait déjà en elle inconsciemment.

voici que lui apparaissent soudain, avec une évidence inéluctable, les principes premiers, par exemple : Tout être est luimême. Un même être ne peut pas, à la fois et sous le même rapport, être ce qu'il est et ne pas Vêtre, Tout ce qui est a sa raison d'être, etc 1...

« Le propre de ces principes, dit saint Thomas, c'est que non seulement leur vérité est nécessaire, mais qu'on voit aussi nécessairement que cette vérité tient par elle-même 2. » Us ont surgi comme naturellement dès les premières abstractions de l'intelligence s'ouvrant au monde réel, et une fois acquis, on ne peut plus échapper à leur lumière ; on les niera peut-être de bouche, on s'imaginera même les nier d'esprit ; en fait, même alors, on y adhérera, et on se servira d'eux. « L'erreur à leur sujet supposerait une corruption de la nature ^. »

Et c'est comme une semence qui grandit dans notre âme intelligente. A mesure que nous prenons contact par les sens avec les réalités matérielles, dont nous abstrayons toujours l'être, en nous aidant des mille sortes d'enseignement qui nous viennent de toutes parts, les principes vont se développant, par recherche, comparaison, raisonnement. C'est ici surtout que se touche l'infériorité de l'intelligence humaine. Son intuition primitive est très pauvre. Elle n'arrive à la perfection, dans la connaissance de la vérité, que par un mouvement qui va d'un connu à un autre, « Mais si tout aussitôt, dans la connaissance même du principe, les hommes voyaient toutes les conclusions qui s'ensuivent, il n'y aurait pas lieu de discourir ainsi. Et c'est le cas des anges qui, d'emblée, et dans leurs premières connaissances naturelles, découvrent tout ce qui peut y être connu. Aussi sont-ils dits intuitifs (intellectuales), parce que même chez

1 . « Intellectus naturaliter cofrnoscit ens et ca quœ sunt per se entis in quantum hujusmodi, in quâ cognitione fundattir primonim prinripionim notitia. • (// Gertt., c. S'.i). « Inest uniciiiquo honiini qiioddam prinripjum Rrionliœ, scilicet lumen iiilollci^lns agcntis per quod cofjnoscilur slalim a principio naturaliler quœdain universalia prinripia omnium sciontiarum. » (1», qu. 117, a. 1).

2. « Proprium est hornm prinripiorum, quod non sohini necesse est ea per se vora esse, sed etiam necessc est videri, quod per se sint vera.» (/ Post. Anal 1. 19).

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