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l'ascension de l'ame vers la contemplation 87
de la vie contemplative à l'article où nous nous sommes arrêtés.
Notre Docteur, ayant terminé tout ce qui a trait au travail d'approche de la contemplation et à son objet principal qui est Dieu, considère maintenant l'intuition contemplative en elle-même. Alors, à la suite de Denys, il distingue, par analogie avec le mouvement local, trois mouvements intellectuels selon lesquels s'opère cette intuition : le mouvement direct, le mouvement oblique et le mouvement circulaire ^.
L'âme contemplative se meut d'un mouvement direct, lorsque partant des choses qui l'entourent, comme d'autant d'indices variés et multiples, elle arrive à l'intuition de Dieu en qui les perfections des choses créées se trouvent à l'état de simplicité et d'unité. C'est le procédé même de la raison laissée à ses forces naturelles.
Le mouvement oblique est supérieur au premier. S'appuyant aux figures et représentations religieuses, par exemple aux visions des prophètes, aux symboles liturgiques, l'âme, aidée des lumières divines dans son raisonnement, s'élève d'un coup d'aile jusqu'au mystère de Dieu qui se montre là d'une manière presque visible.
Mais voici le mouvement circulaire, le plus parfait des trois. L'âme a dépassé par abstraction toutes les choses terrestres et tous les signes sensibles ; elle s'est débarrassée, une fois parvenue au terme où l'a conduit sa dialectique, de la multiplicité des actes rationnels devenus inutiles. Ainsi purifiée et unifiée, l'intelligence concentre maintenant toute sa force autour de Dieu pour le contempler d'un regard. Ce regard ressemble à l'intuition des esprits bienheureux qui, d'un mouvement toujours égal, sans commencement ni fin, se replient sur 'a Beauté éternelle. Néanmoins l'acte reste bien humain par les procédés préliminaires d'abstraction et de raisonnement.
Survienne l'illumination des dons du Saint-Esprit. Elle simplifiera considérablement le raisonnement préalable. Elle accroîtra la valeur de l'intuition finale où notre âme, grâce à elle, se
1. II» II=e, qu. 180, a. 6. — Cf. De Veril., qu. 8, a. 15, ad 3.
reposera, toutes ses forces mieux unies et avec une égalité plus parfaite autour de Dieu, comme le cercle autour du centre dont tous les rayons l'attirent et le maintiennent. Elle introduira même dans la pénombre de notre champ de vision les vérités de la foi, si bien que l'incclligence, sans pénétrer encore les mystères, verra pourtant cesser à leur sujet sa naturelle inquiétude, elle ne sentira plus la contrainte qu'elle doit s'imposer pour croire l'inévident, elle regardera simplement, paisiblement, avec charme, comme la personne qui ouvre les yeux pour voir son ami.
Malgré tout, ce ne sera pas encore un acte d'intelligence angélique, l'acte demeurera vraiment humain ^. Non seulement il ne pénétrera pas l'essence divine elle-même, mais il ne s'élèvera à Dieu qu'à partir des choses sensibles, et restera toujours incapable de le fixer sans le secours de l'imagination -. Le don du Saint-Esprit nous aidera à la dépasser le plus possible, et notre intuition en deviendra meilleure d'autant ^. Mais une image quelconque est indispensable à toute opération intellectuelle de l'homme, même s'il ne s'agit que de repenser une idée acquise*. Du moment où lui manquerait ce point d'appui, notre esprit serait incapable de connaître ^. Nous reviendrons sur cette question *. Seulement, pour éviter dès l'abord tout malentendu, notons que le mot d'image doit être pris ici dans le sens large que comporte celui de pfiantasma sous la plume des philosophes scolastiques. Il ne s'agit pas de se figurer Dieu et les êtres spirituels sous des formes corporelles. Jusque là saint Thomas est bien d'accord avec les mystiques qui nous demandent de nous purifier de toutes les images des choses terrestres '. Mais il y a forcément au point de départ de notre conception intellectuelle un produit de l'imagination. Notre idée émane