‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 69 sur 227 · D.vns le chapitre VI, § III · texte numérisé non relu

D.vns le chapitre VI, § III

7. t Ut t'a qusB d(> D('«i proponuntur non accipiantur per mudum corporaliuiu |)hantasinalum. » (H» 11'", qu. 8, a. 7).

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en partie d'une représentation sensible. Celle-ci n'est pas nécessairement de l'ordre visuel. Un simple mot peut même en jouer le rôle, l'un de ces mots dans lesquels nos expériences religieuses sont comme résumées : « Mon Dieu ! ô Jésus ! Notre Père ! » Le mot évocateur fera naître l'intuition. Et puis il l'exprimera encore au besoin. Telle est notre nature, mi-matérielle, mi-spirituelle.

Quoiqu'il en soit, l'intuition nous est possible. Nous avons cru devoir insister sur cette capacité humaine qui est comme la pierre d'attente de la contemplation mystique ; car dans beaucoup d'ouvrages ascétiques de ces deux ou trois derniers siècles on trouve sur ce point des affirmations erronées, dont les conséquences pratiques, touchant la méthode à suivre dans l'oraison, sont malheureusement déplorables. Bien des thomistes même s'y sont laissé tromper plus ou moins.

C'est le reproche que fait très respectueusement au Père Faucillon, par exemple, l'éditeur de son ouvrage posthume, le Père Schwalm. J'ai déjà cité le début de ce texte. Voici la suite qui se rapporte à ce que nous venons de voir :

« On ne sera pas étonné que dans le milieu de ce siècle passé le Père Faucillon ait entendu couramment enseigner que la contemplation sortait les âmes des voies ordinaires. C'était le le mot d'ordre, dit de prudence ; mais si le prédicateur le consigna dans ses notes comme une formule respectée, ne pouvonsnous pas croire qu'il en ressentit quelque malaise, par le fait même de son initiation à la doctrine thomiste ? D'une part, à vrai dire, il avance que la méditation est la seule forme de prière qui corresponde à la nature raisonneuse de la pensée humaine, et que la contemplation convient à la pensée des anges, essentiellement intuitive, — et cette idée doit lui venir des auteurs qui suivent là-dessus Rodriguez et Scaramelli ; — mais d'autre part, le Père Faucillon n'ignore pas que la raison elle-même se repose dans une sorte d'intuition qui lui est naturelle, quand elle recueille la substance de ses méditations. Il signale même dans ces vues synthétiques un acheminement vers la contemplation. C'est effleurer une vérité profonde. En tant que raisonneur l'esprit humain peut méditer ; mais en

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tant qu'intuitif il est capable de contempler, capable par nature et prédisposition. C'est ce tranquille regard d'intelligence que la grâce de la contemplation "élève à une vue de Dieu, obscure encore, énigmatique, voilée de foi, mais à une vue surnaturelle, qui saisit Dieu dans la souveraineté de son attrait, dans l'onction de sa présence, dans l'angoisse de ne pas le voir à souhait ^. »

Avant d'en venir à ce don enfin octroyé de la contemplation mystique, il nous faut montrer le rôle fondamental que joue la charité dans toute cette préparation morale et intellectuelle que nous avons décrite.

§ V. — C'est la charité qui conduit et mène a bonne fin

TOUT le travail PRÉPARATOIRE A LA CONTEMPLATION.

Que la contemplation soit un acte intellectuel, la question ne se pose même pas pour saint Thomas. Mais l'affectivité n'y joue-t-elle pas aussi un rôle ? Utrum vita contemplativa nihil babeat in affectu, sed totum in intellectu ? C'est par cette interrogation que débute le traité de la vie contemplative, dans la Somme comme dans le Commentaire des Sentences 2,

Et voici la réponse. Sans doute la contemplation a pour objet la vérité, qui n'est embrassée que par l'intelligence. Mais la possession de la vérité est chose bonne et aimable. Dès lors l'amour doit se trouver au principe de la contemplation. C'est à la puissance d'amour, à la volonté, de mouvoir vers le bien toutes les forces de l'homme: qu'il s'agisse des membres du corps vaquant aux œuvres extérieures, ou de l'esprit en quête de la vérité, peu importe.

Mais l'amour est de plusieurs sortes. Il y a un amour intéressé. Dans ce cas on convoite l'objet aimé et on le rapporte à soi. Par exemple, sans sortir de l'ordre intellectuel où nous sommes, on est heureux de connaître une vérité nouvelle, l'esprit jouit de cet enrichissement. La contemplation des simples philoso-

l.p.SCHWALM, Préface de La vie arec Dieu, p. XXXVIII — XL. 2. H'II», qvi.l80,a. 1 ; III Sent, d. 35, qu. 1, a. 2.

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phes procède uniquement de cet amour. Et il y a aussi un amour désintéressé. Alors on se porte vers l'objet aimé pour s'y complaire. Tel est par exemple l'amour de l'ami qui désire voir son ami. C'est de ce sentiment surtout, mais sans exclure le premier, que naît la contemplation chrétienne. Elle prend sa source dans la charité ^.

Nous allons reprendre les stades successifs du travail préparatoire à la contemplation, pour montrer le rôle primordial que la charité y joue.

On a parlé d'abord des vertus morales qui mettent en état de vaquer à la contemplation. Or la charité est leur jorme, nous dit saint Thomas ^. En d'autres termes elle constitue leur idée directrice, la règle fondamentale des mœurs chrétiennes. Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait : voilà ce qu'elle impose à notre raison de réaliser soit dans nos rapports avec autrui, soit dans le gouvernement de nos propres passions. Il ne s'agit plus d'être honnête homme à la façon d'un sage disciple d'Aristote. Il faut vivre en enfants de Dieu que nous sommes vraiment de par la grâce. Toute notre action intérieure et extérieure doit être orientée par la charité divine vers cette fin surnaturelle. Et par ce fait même, le juste milieu entre deux excès, où se trouve établie depuis toujours chaque vertu morale, sera transposé, exhaussé. On verra dès lors des vertus, que n'apprécie guère un simple philosophe, prendre une importance considérable pour l'ascète chrétien aspirant à l'état mystique, — l'humilité par exemple, la patience, la pureté, l'abstinence et le jeûne, le détachement des biens terrestres ^. Faute d'avoir fait cette remarque, il est des lecteurs superficiels de saint Thomas qui lui reprochent tout bas de n'enseigner qu'une morale naturelle, et d'autres qui l'admirent pour cela même. Reproche et admiration également déplacés, car ils viennent de ce que l'on a mal compris le grand Docteur de la morale chrétienne.

Mais pour trouver ce juste milieu, que les sages de ce monde

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