Lechemin de la perfection, ch. xvi
3. Il» llfto, qii. 182, a. 2, corp. et rosp. - Quodhib. 1, a. 14, ad 2. — Opunc. de perfeclioni: spiriluali, c. 23, quinto.
l'ascension de l'ame vers la contemplation 99
en même temps et du même mouvement que la charité. Plus le juste aime Dieu, plus Dieu demeure en lui et lui en Dieu, l'habitation de la Sainte Trinité se fait plus plénière. Les dons de science, d'intelligence, de sagesse assouplissent de plus en plus l'âme : peu à peu grandit cette aptitude à recevoir la grâce opérante, se déploie face au Saint-Esprit ce champ d'activité qui réclame ses interventions, se creuse cet abîme d'amour pour le Bien divin, lequel, comme pris de vertige, va se précipiter pour le combler. L'auteur de l'Imitation a su traduire en termes émouvants les soupirs et les appels qui montent alors vers Dieu :
« Vous êtes seul infiniment bon, seul très haut, très puissant ; vous suffisez seul parce que seul vous possédez et vous donnez tout ; vous seul nous consolez par vos douceurs inexprimables ; seul, vous êtes toute beauté, tout amour... Mon cœur ne peut avoir de vrai repos ni être pleinement rassasié, jusqu'à ce que s'élevant au-dessus de tous vos dons, et de toute créature, il se repose uniquement en vous... Oh ! quand donc me sera-t-il donné d'être occupé pleinement de vous et de voir combien vous êtes doux. Seigneur mon Dieu ! Quand serai-je pleinement absorbé en vous, tellement pénétré de votre amour que je ne me sente plus moi-même, mais vous seulement, dans cette expérience ineffable que tous ne connaissent pas, supra omnem sensum et modum, in modo non omnibus noto !
« Maintenant je ne sais que gémir et je porte avec douleur ma misère. Car, en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux qui me troublent, m'affligent, et couvrent mon âme comme d'un nuage. Souvent ils me fatiguent et me retardent : ils s'emparent de moi ; ils m'arrêtent, et m'ôtant près de vous un libre accès, ils me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent toujours et sans obstacles les célestes esprits...
« O Jésus, splendeur de l'éternelle gloire, consolateur de l'âme exilée ! ma bouche est muette devant vous, et mon silence vous parle.
« Jusques à quand mon Seigneur tardera- t-il de venir ?...
— Me voici : je viens à toi, parce que tu m'as invoqué. Tes larmes et les désirs de ton âme, le brisement de ton cœur humilié m'ont fléchi et ramené à toi.
— Et j'ai dit : Seigneur, je vous ai appelé, et j'ai désiré jouir de vous, prêt à rejeter pour vous tout le reste.
« Et c'est vous qui m'avez excité le premier à vous chercher i. »
Lorsque l'âme se trouve à ce point, ce n'est plus de loin en loin, en des circonstances critiques, mais couramment et longuement, que l'Esprit-Saint intervient en elle par ces instincts lumineux, par cette intuition amoureuse qui constituent la contemplation mystique. Elle a quitté le bas de la montagne o£i le Sauveur donnait aux foules l'espoir de la béatitude, à condition de pratiquer les vertus. EUe s'est perfectionnée, et la voilà maintenant sur le sommet, parmi les disciples choisis qui sont réunis en cercle plus intime autour de Jésus. Saint Matthieu nous a rapporté les paroles du divin Maître. Jésus double pour eux le nombre des béatitudes ; il les assure qu'ils en sont tout proches maintenant, et même qu'ils y participent déjà par une certaine vision de Dieu. Et cela c'est l'œuvre des dons du Saint- Esprit.
Dans ces dernières lignes j'ai essayé d'enfermer la moelle de plusieurs pages de saint Thomas concernant les béatitudes évangéliques ^. Faisons d'abord une remarque qui s'impose pour en avoir l'intelligence. Le saint Docteur suppose admise l'opinion de certains exégètes qui distinguent deux sermons différents commençant par des béatitudes, l'un que nous a résumé saint Luc et qui eut pour auditoire les foules répandues dans la plaine, l'autre que transcrit saint Matthieu et qui fut adressé au petit groupe des apôtres sur la montagne. Nous n'avons pas à entrer dans cette discussion. C'est la doctrine mystique de saint Thomas que nous étudions.
Cajétan, arrivant à cette question de la Somme théologique, interrompt son commentaire. 11 n'en est pas besoin, dit-il. Ce qui importe, c'est de relire souvent et de méditer cet enseignement de notre Docteur. Les lecteurs nous sauront gré d'en traduire ici les passages qui les intéressent le plus :
« On s'approche de la béatitude, dit saint Thomas, par les