Sa vie. Année dominicaine, août, t. 2, p
Seigneur sans avoir passé par de longues années de souffrances, je tiens à faire remarquer qu'il y en a quelques-unes à qui le contraire arrive. On ne peut poser de limites à un Maître si grand et si désireux d'accorder des bienfaits ^. » La grande mystique nous parle ailleurs des faveurs surnaturelles que Dieu accorde parfois à des personnes dénuées de vertus « afin de les arracher aux mains du démon... Il est des âmes, écrit-elle, que Dieu sait pouvoir gagner au moyen de ses faveurs. Il les voit livrées à de grands égarements, mais il ne veut pas qu'il ne tienne à lui qu'elles n'en reviennent. Elles sont en mauvais état, dépourvues de vertus, et cependant il leur donne des goijts, des consolations, de tendres sentiments, qui commencent à exciter leurs désirs. Quelquefois même, il les fait entrer en contemplation ; mais cela est rare et ne dure guère. Il agit de la sorte, je le répète, afin d'éprouver si, grâce à cette faveur, elles voudront se disposer à jouir souvent de sa présence. Si elles ne s'y disposent point — qu'elles me pardonnent de leur dire ou plutôt daignez vous-même nous pardonner, Seigneur ! — je dis qu'il est souverainement choquant qu'une âme dont vous vous approchez ainsi se tourne vers les choses de la terre pour s'y rattacher 2. »
Laissons de côté ces cas exceptionnels et demeurons dans la voie ordinaire de la Providence. La charité est allée grandissant peu à peu au cours de la vie chrétienne. Et les efforts de l'âme pour contempler Dieu ont plus que toute autre entreprise contribué à ce progrès. S'il est parfois meilleur pratiquement de s'adonner aux œuvres de la vie active, de quitter « Rachel pour Lia », le principe demeure et s'applique quand même, sauf exception : ce qui augmente le mieux la charité en nous c'est de vaquer à la contemplation. « Marie a choisi la meilleure part '. »
Surtout nous ferons remarquer que la présence de Dieu devient plus intime, et que les habitudes surnaturelles s'accroissent