CHAPITRE V
Les pollutions nocturnes.
Il est permis de se demander quelle est la nature des pertes séminales, plus exactement des pollutions nocturnes qui se montrent chez bien des individus; ont-elles un rapport quelconque avec la continence ? Il serait intéressant de pouvoir faire une étude complète de cette question; nous ne l’entreprendrons pas, car elle dépasserait de beaucoup les limites de ce modeste travail, nous nous bornerons à exposer quelques considérations qui nous ont été suggérées par la lecture des auteurs ou l'étude des observations.
Hippocrate, qui Les décrit le premier, les attribue aux excès génésiques.
Lallemand en fait une maladie terrible. Pour lui, les pollutions nocturnes sont bientôt suivies de pollutions diurnes, puis, quelque temps après, de marasme, de cachexie et de mort. Inutile de faire remarquer que Lallemand a commis, dans ses observations, plus d'une erreur de diagnostic, signalant, par exemple, comme spermatorrhée essentielle des pertes provenant de lésions anatomiques caractérisées, des écoulements blennorrhagiques, etc.
On a cru longtemps qu'elles étaient l'évacuation naturelle d’un trop plein; les vésicules gonflées de sperme ayant atteint leur distension maxima étaient obligées de se vider. On ne l'admet plus aujourd'hui, puisque la nature glandulaire des vésicules est démontrée et que, d'autre part, ces pertes ne sont
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ni constantes ni régulières chez les continents et sont souvent fréquentes chez ceux qui ont de fréquents rapports sexuels. Chez les continents, elles ne sont ni régulières ni périodiques. Les observations précédentes le confirment pleinement. Nous avons, du reste, interrogé plusieurs personnes à ce sujet. Un homme de 45 ans, vigoureux, robuste, voyageant souvent, gardait une continence absolue durant les semaines, parfois Les mois que durait son éloignement du foyer conjugal. Il nous a affirmé avoir eu seulement une pollution nocturne dans sa vie.
n jeune homme de 24 ans, normal à tous égards, continent depuis six mois, a eu dans ce laps de temps une seule perte séminale. Un autre reste parfois trois semaines sans en avoir, puis en a deux dans la même semaine. D’autres personnes, au contraire, usant souvent du coït, sont souvent affligées de pertes répétées, survenant particulièrement aux époques de plus grande excitation génésique. M. le professeur Régis en a luimême fait la remarque.
Comment peut-on alors s'expliquer le mécanisme de leur production?
Leur apparition semble liée à deux ordres de causes : les unes physiques, les autres morales agissant de concert ou séparément ou pouvant réciproquement se susciter par voie de l'association des idées et des sensations.
Le tractus génital peut être le siège d’excitations provenant du volume exagéré d’un organe voisin, comme la réplétion de la vessie ou du rectum, la congestion de la prostate. Ces excitations suffisent pour produire des pertes. L’éjaculation ne peut avoir lieu sans une excitation venue des centres, car des expériences ont montré qu’elle ne pouvait s'effectuer après la section des nerfs péniens. Cette excitation doit à la vérité avoir une certaine durée et une certaine intensité. Mais durant le sommeil, l'action du cerveau étant supprimée, on conçoit comment une excitation de moyenne intensité suffira à déterminer le réflexe.
Mais la plupart du temps il est le résultat d’un rêve érotique : « La pollution, dit Delbet, est analogue au jet de salive qui vient à la bouche à la vue d'un mets sapide ». Dans la
grande majorité des cas, le sujet se souvient fort bien à son réveil du rêve qui s'est déroulé durant son sommeil. On a prétendu que le rêve n’était pas constant, mais de ce que le dormeur ne s'en souvient plus le lendemain, il ne faut pas conclure à sa non-existence. IL peut à la longue, par le fait de l’habitude, devenir subconscient ou inconscient sans cesser pour cela de se produire. Pour Jules Janet, la prétendue absence de rêve doit être simplement due à ce que la pollution a eu lieu dans un sommeil profond, à un moment assez éloigné du æveil et le rêve est en réalité oublié le lendemain.
Il semble donc difficile d'admettre que la continence engendre fatalement des pollutions nocturnes.