‹ La continence est-elle nuisible ?Chapitre 28 sur 30 · OBSERVATION XII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XII

Un ouvrier, G..., 42 ans, me consullarécemment pour pertes séminales et symptômes de faiblesse dont il souffrait depuis huit ans. Autrefois, vigoureux et en bonne santé, il avail eu une fiancée de 20 à 23 ans avec laquelle il avait eu des relations sexuelles qu'il avait cependant dû rompre faute de pouvoir se marier, ayant à pourvoir à l'entretien de sa mère et d’un frère malade, Il avait depuis lors fré-

quenté d'autres femmes sept à huit fois par an. Depuis l'âge de 34ans cependant, il avait été d'une continence rigoureuse, et les pollutions qu'il avait de temps à autre ne tardèrent pas à cesser. Mais deux ans après, quand il commença à monter à bicyclette, elles revenaient chaque fois qu'il se servait de sa machine, aussi y renonçat-il deux ans après. Depuis quatre ans, il n'avait eu aucune pollution lorsque, il y avait huit jours de cela, il commenca à suivre un traitement par la gymnastique pour constipation, après lequel il eut deux fois des pollutions. Depuis de longues années il a observé que le sperme s'écoule en allant à la selle par suite de la forte pression exercée sur le périnée, et depuis deux ans il n’a que très peu de désirs sexuels et entre rarement en érection.

Depuis huit ans, il est nerveux et souffre de vertiges et de violents maux de tête. Sans force depuis sept ans, et perdant de plus en plus la mémoire depuis cinq ans, il a des difficultés croissantes à garder de la suite dans ses idées et devient chaque jour plus sombre et plus triste. Il a aussi éprouvé beaucoup de chagrin de ce que le mariage que je lui conseillais était impossible en raison de sa faiblesse sexuelle, ayant récemment cherché à entrer en relation sexuelle avec une femme qu'il voulait épouser, mais s'étant trouvé à peu près impuissant.

La timidité l'a empêché de raconter aux médecins qu'il consultait les circonstances de sa vie sexuelle, et on lui a toujours dit qu'il souffrait seulement de « nervosité », pour le traitement de laquelle il a suivi un traitement long et dispendieux.

Aïnsi donc, voici un homme qui voit ses pertes séminales disparaitre au moment où il devient continent pour reparaître à la suite de fatigues : bicyclette, gymnastique, etc. Il est très constipé et perd du sperme en allant à la selle, ses désirs sexuels diminuent d'intensité et il donne des signes d’impuissance et de neurasthénie. Les pollutions ne sont évidemment pas déterminées par sa continence; quant à la diminution de ses aptitudes viriles, n'oublions pas l’âge du malade, il a plus de 40 ans et à cet âge il n’est pas rare de voir l'aptitude génésique commencer à décliner.

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Quelles déductions pouvons-nous tirer de l'étude de ces observations ?

D'abord, elles ne sont pas très nombreuses. Certes, nous ne nous vantons pas d'avoir reproduit toutes celles qui ont été publiées ; néanmoins, elles ne fourmillent pas dans la littérature médicale.

Ensuite, elles ne sont pas toutes suffisamment complètes pour permettre d'en tirer une conclusion positive dans un sens ou dans l'autre. Après en avoir lu plusieurs, il est sage de se tenir sur une prudente réserve et de ne ls formuler un diagnostic étiologique précis.

Les autres, celles qui sont suffisamment développées et qui permettent une étude plus sérieuse, incriminent la continence comme cause déterminante de troubles psychiques : inaptitude au travail, tristesse, onanisme, colère, manie, neurasthénie, mélancolie, hallucinations, délire érotique, folie pouvant pousser le malade jusqu'au crime;

ou physiques : pollutions nocturnes, coliques, céphalée, congestions, palpitations, sueurs, douleurs dans le dos, les testicules, convulsions, bent des testicules, anémie, impuissance, hystérie.

Il y aurait, on le voit, tout un ensemble de troubles disparates, de gravité extrêmement variable, puisqu'ils pourraient aller de simples malaises, maux de tête ou douleurs vagues, jusqu'à la folie.

Reste à savoir maintenant si la continence est vraiment la cause déterminante de ces multiples maladies. Nous ne nous permeltrons pas de mettre en doute la sincérité et la loyauté des observateurs. Néanmoins, il nous est permis de nous demander non seulement s'ils n'ont pas été trompés d’une façon plus ou moins consciente par leurs malades, mais s'ils ont posé leur diagnostic de « maladie de continence », en s'entourant de toutes Les garanties nécessaires, si en particulier leur sujet était exempt de toute affection organique susceptible d'expliquer les troubles constatés, s'ils ont fait par exemple un examen suffisant des malades qui venaient se plaindre à eux de pollutions noc-

turnes, s'ils ont recherché les lésions de la prostate, des vésicules séminales, s'ils ont fait le toucher rectal, etc.

Ont-ils étudié à fond leur système nerveux et noté dans tous les cas s'ils étaient exempts de toute tare, de tout stigmate?

Ont-ils étudié leur état mental et recherché tous les signes de psychopatie? Ont-ils enfin fouillé avec soin leurs antécédents personnels, héréditaires, collatéraux surtout au point de vue des psychonévroses ?

Quand on veut poser un diagnostic précis et affirmer la cause de tel ou tel symptôme, en une matière si discutée, il est absolument indispensable d’éliminer scrupuleusement toutes les causes d'erreur, de ne pas rejeter un facteur important sans l'avoir examiné sous toutes ses faces sous peine de faire de l’à peu près.

Or, il semble que dans la majorité des observations précédentes le diagnostic différentiel n’a pas été suffisamment étudié, les faits ne sont pas assez mis en lumière et dégagés de ce qui les voile pour que la conclusion puisse en être déduite facile-: ment.

Ainsi de ce qu'un homme présente à 54 ans des accès de vertige (Obs. V), de l’amnésie, des sueurs froides, un caractère grincheux, de l'inaptitude au travail, au bout de vingt ans de veuvage, 11 nous semble difficile de conclure à une « maladie de la continence ». On trouve assez souvent des hommes ayant dépassé la cinquantaine qui, pour des raisons diverses, voient leurs forces physiques et leur intelligence décliner.

De plus, c’est souvent à des hommes dont le système nerveux était déjà troublé de quelque façon que la continence porte préjudice. Dans ces conditions, il y a évidemment un facteur important dont il est nécessaire de tenir grand compte, car il peut à lui seul expliquer bien des méfaits attribués à la continence à un premier examen. Ainsi on ne pent considérer comme normal le sujet de l'observation VI, qui, dès l'âge de 16 ans, a trois ou quatre pollutions par semaine et souvent plusieurs en une nuit. Ge n'est pas à un âge où les organes ne sont pas encore parvenus à leur état de perfection que l’on peut incriminer la

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continence dans la production de ces phénomènes. II faut en chercher la cause ailleurs, probablement dans un état nerveux antécédent.

Mais un fait nous a surtout frappé : dans un grand nombre d'observations, les sujets déclarent au médecin la cause de leurs troubles, ils savent déjà pourquoi ils souffrent, ils posent eux-mêmes leur diagnostic. Nous avons souligné à dessein dans les observations I, IL, IL, IV, V et VI des phases tout à fait typiques à cet égard. Tantôt c'est un malade qui renonce à la cominence « par crainte qu'elle n'amène des troubles cérébraux ». Tantôt c'en est un autre extrêmement nerveux qui croit fermement devoir sa nervosité à une abstinence de six années ou bien un troisiéme qui est convaincu d’avoir perdu la santé à la suite de l’abstinence sexuelle qui lui a été conseillée par un médecin, car les misères qu'il endure, lui-même « les sent provenir de la continence ».

ILest absolument évident que ces sujets observent la continence avec l'arrière-pensée qu’elle est nuisible, que c'est un état anormal et contre nature qui doit par conséquent avoir des effets physiologiques déplorables et les exemples ne manquent pas de jeunes gens qui vont au lupanar sans désir violent mais avec la conviction d'accomplir une règle d'hygiène. N'est-ce pas là un état d'esprit éminemment favorable pour provoquer ou accentuer un état neurasthénique ?

M. le professeur Dubreuilh l’a fort bien montré dans sa réponse à l'enquête de la « Chronique médicale ». La continence est possible, dit-il, et facile à pratiquer pour ceux qui ont reçu une éducation appropriée. Il en est tout autrement chéz celui qui est convaincu de son impossibilité.

Si le continent a de pareilles idées en tête, le résultat ne se fera pas attendre, Les malaises apparaîtront, la nervosité s'accentuera, la neurasthénie s'installera définitivement, et le malade qui s'est auto-suggestionné attribuera ces troubles à sa vie sexuelle : il prendra l'effet pour la cause.

Ces exemples sont d'observations courantes.

Ceei dit, il nous faut reconnaitre qu'il peut y avoir des faits

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indiseutables où la privation de tout rapport aura été mal supportée, mais ces cas très rares où indépendamment de tout antécédent, de toute tare psycho-névrotique, de toute lésion organique, de suggestion, des hommes normalement constitués et de tempérament particulièrement ardent et impétueux, ont eu réellement à souffrir de l'absence de relations avec l’autre sexe.

Nous avons vu plus haut en étudiant l'instinct sexuel l'influence que peuvent avoir la volonté, les occupations, une hygiène appropriée, une éducation rationnelle dans la domination des désirs. Ceci n'est, je crois, contesté par personne. Nystrôm dans sa «Vie sexuelle », cite en particulier le cas d’un jeune homme qui grâce à ses forces morales, à son énergie, parvint à observer une continence absolue pendant huit ans en dépit de ses désirs violents et des occasions multiples qui s'offraient à lui.

« Les plus ardents, écrit Toulouse, savent en dérivant leur activité intellectuelle devenir continents », et il reconnaît que si l’instinct sexuel à pu s'imposer au point de passer pour un besoin, c’est la faute à l'homme qui n’a pu trouver une loi impérative toute formée, mais qui, par sa soumission, lui a permis de se constituer et de prendre de l'empire sur lui-même.

Mais alors on aura le droit de se demander si, au lieu de posséder une simple aptitude génésique, qui rend les rapports facultatifs chez les animaux, l’homme n'est pas fatalement sous la domination de la Loi qu'il a laissé s'établir. Au début du développement phylogénique, dira-t-on, l’homme n'était pas soumis à un véritable besoin; mais depuis les conditions ont changé : nous portons à notre époque la charge d’un long passé sensuel, nous ne pouvons nous débarrasser de cette hérédité qui pèse sur nous, et il serait peut-être dangereux de conseiller à tout le monde de se faire violence et de réfréner ses désirs.

Il importe ici, croyons-nous, d'établir une différence entre diverses catégories d'individus. Certains sont des malades dont on peut lire dans les journaux les monstrueux exploits, et dont le cas relève d’une sévère cure psychiâtrique.

Mais à côté de ces êtres anormaux il en est d'autres, dépourvus de tout antécédent pathologique, qui ont reçu dans leur milieu une éducation sexuelle telle que dès l'adolescence le coït plus ou moins fréquent leur est apparu comme une nécessité physiologique et une condition sine qu non de vie normale. Bien vite ils ne croiront pas pouvoir se soustraire à cette habitude et le besoin se trouvera ainsi créé. Mais si un jour, pour une raison quelconque, ils veulent changer de vie ou se trouvent dans l'empêchement de poursuivre les relations séxuelles commencées, qu'arrivera-t-il? S'ils possèdent seulement sur l'instinct sexuel les notions erronées qu'ils se seront assimilées ou qui leur auront été enseignées dès Leur jeune âge, ils ne parviendront pas à persévérer sans dommage dans la voie de la continence, car il se développera bien vite en eux un état neurasthénique parfois très profond ou bien l’onanisme constituera un dérivatif. Mais dans l'un et l’autre cas, comment incriminer la continence ?

Nous avons réservé les cas ci-dessous de « maladies de continence » car ils concernent un ordre de faits assez différents des précédents.

Remlinger pense que, dans certains cas, la continence pourrait déterminer l'artério-sclérose, et il cite plusieurs observations à l'appui de son dire :

OBSERVATION XIIT (résumée).

Un prêtre de 35 ans menant une vie des plus calmes, ne faisant aucun excès et n'ayant jamais eu de rapports sexuels fut amené à faire des confidences au D' Remlinger. Il lui déclara entre autres choses que l'immense majorité de ses confrères n'ayant jamais eu de relations sexuelles observaient plus facilement la chasteté qu'on ne se l'imaginait. Lui-même était dans ce cas; malheureusement il avait toutes les deux ou trois semaines des pollutions nocturnes suivies d'une violente excitation génésique, accompagnée de palpitations, d’anorexie et de diarrhée. Cet état durait depuis quinze ans sans

modification. Il essaya de divers traitements qui ne réussirent pas. L'exercice musculaire suivi de fatigue lui apporta seul un peu de soulagement. À 35 ans, il paraissait beaucoup plus âgé, était à demichauve, ses cheveux blanchissaient aux tempes. Son teint était rosé mais son front ridé. Les temporales élaient flexueuses, le pouls dur, tendu, la radiale roulait sous les doigts. Le cœur était hypertrophié et il y avait un dédoublement du deuxième bruit à la base. L'iodure et le régime lacto-végétarien n'amenèrent aucune amélioration. A 38 ans, il fut pris, un matin au réveil, d'hémiplégie gauche ayant tous les caractères d'une hémiplégie par hémorragie cérébrale. Héméplégie droite quelques mois plus tard; rapidement suivie de décès. Aucun antécédent personnel ni héréditaire.

L'auteur rapporte ensuite deux cas analogues de sujets artério-scléreux : le premier mourut d’une crise d’angine de poitrine et le second d’hémiplégie.

Etant donné l'absence d’antécédents de ces malades et la difficulté avec laquelle ils supportaient leur continence, il en conclut que cette dernière doit être sinon la cause unique, du moins une des causes principales de leur artério-sclériose, celles-ci survenant par suite de l'excitation prolongée du sys- {ème nerveux au cours des crises d’excitation, comme en témoignent des troubles réflexes du côté du cœur et de l’intestin.

Remlinger ne déduit pas de ces faits que la continence est chose pleine de dangers, il pense, au contraire, qu'elle se supporte mieux que ne se l'imagine le public médical et ne présente guère d’inconvénients pour la santé. Il se demande seulement si, à titre exceptionnel, elle n'est pas susceptible d’avoir une répercussion fâcheuse sur l'appareil vasculaire.

Comme l'auteur de ces observations, nous faisons de prudentes réserves sur la part qu'il convient d'attribuer à la continence dans la genèse de l’artério-sclérose.

Les continents ont parfois de violents désirs, mais rares sont ceux chez qui ces désirs deviennent de véritables crises d’excitation. D'ailleurs, que sont au juste ces crises ? L'auteur néglige

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de nous les décrire complètement. Il aurait pourtant été intéressant d'avoir à ce sujet des renseignements précis, puisque ce sont elles qui ont une influence nocive sur les artères. Sontelles vraiment assez fortes pour que cettte influence soit profonde et durable? C’est ce qu'il faudrait déterminer exactement pour être autorisé à incriminer la continence dans les cas précédents. |

Il semble, du reste, que l’artério-sclérose ne se rencontre pas souvent chez les prêtres ou les religieux. Nous avons enregistré, au moyen de l'appareil de Pachon, la tension artérielle d’une demi-douzaine de célibataires — dans le sens étymologique du mot — de plus de 40 ans.

Dans trois cas, nous avons trouvé une pression maxima de 14%, dans un cas de 15 et dans deux cas de 16 (alors que les pressions minima variaient de 9 à 11) et encore, dans ces deux derniers cas, l'un des sujets était grippé, l’autre sous le coup d'une digestion laborieuse. Nous nous garderons bien de tirer des conclusions générales d’après un nombre d'observations aussi restreint, mais nous croyons — avec Remlinger — que le nombre d’artério-scléreux parmi les continents est peu considérable. Resterait alors à déterminer la véritable cause de cette artério-sclérose chez ceux qui en sont atteints.

Pour synthétiser les faits épars dans les observations ou les opinions de médecins, nous passerons rapidement en revue les principaux effets nocifs que l'on a dit résulter de la continence.

On ne pourra jamais lui attribuer sérieusement la cause de la plus grande mortalité chez les célibataires, personne n'ayant jamais pensé que célibataire était synonyme de continent.

On l’a accusé de favoriser l’hystérie. Cette idée provient surtout des conceptions anciennes qui faisaient de l'utérus le siège des désirs et des jouissances. On a reconnu depuis que cette névrose peut se rencontrer chez l'homme. En outre les auteurs modernes restreignent de plus en plus son cadre qui avait été démesurément agrandi ces dernières années. Ils l'appellent pithiatisme, c'est-à-dire maladie capable d’être

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provoquée et guérie par persuasion ou suggestion. Dans ces conditions, il peut paraître difficile d'en attribuer la cause à la continence seule. Du reste, l'hystérie s'accompagne rarement d'appétit génésique violent, elle apparaît chez les imdividus mariés, comme chez les célibataires continents ou non et le mariage, loin de la faire disparaitre, l’aggrave souvent. Si parfois il exerce sur elle une action bienfaisante, il faut en voir la raison non pas dans les satisfactions génésiques, mais dans un changement favorable des conditions morales.

De même si le mariage remédie parfois à la chlorose ou à l’anémie, c’est pour des raisons analogues. On sait bien, en effet, que la cause de l’anémie n’est pas une inanition sexuelle ; aussi les rapports n'auront aucune action utile sur la marche de la maladie, parfois même ils l’aggraveront (1).

Quelques médecins, assez rares à la vérité, ont reproché à la continence avant le mariage d'amoindrir les qualités viriles, de produire l'impuissance et l'infécondité.

A priori cela ne nous semble guère possible, étant donné ce que nous savons de l'histophysiologie de l'appareil génital mâle. L'observation ne confirme pas non plus cette hypothèse. Le professeur Dubreuilh, entre autres, déclare n'avoir jamais observé de cas de ce genre. Dans les ouvrages spéciaux comme celui de Kaminer et Senator, il n’est nullement fait mention de ce facteur étiologique.

Enfin du fait que certains continents sont des masturbateurs, il n'est pas légitime de conclure à un rapport de cause à effet entre ces deux ordres de choses. Les ouvrages de psychiâtrie sont pleins d'observations de tout jeunes enfants masturbateurs précoces. Chez eux l’onanisme n'est point un vice, c’est une manifestation impulsive, qui survient ordinairement chez des dégénérés, fils de névropathes ou d’alcooliques et coexiste avec des manifestations de même ordre, tendance au mensonge, au vol, etc. Ces impulsions, qui apparaissent dès la plus tendre

(1) Von Hegar, Der Geschlechtslriet, Stuttgart, 1904.

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enfance, peuvent se retrouver chez l'adulte, et, si on l'ignore, on commeltra de grossières erreurs.

Dans les cas de ce genre il ne faudrait pas croire au rôle thérapeutique du mariage : la psychose suivra son cours normal et la satisfaction des désirs génésiques ne la modifiera pas.

Nous n'insisterons pas sur ce point, sous peine de sortir des limites de notre étude. Qu'il nous suffise de rappeler que la plupart des observateurs contemporains rangent d’une façon générale la masturbation prolongée parmi les manifestations d'états psychopathiques ou neuropathiques divers et sont loin de lui attribuer les terribles effets qu'on l'accusait autrefois de produire.

Mais l'abstinence sexuelle ne favorise-t-elle pas l'éclosion des maladies mentales? D'aucuns l’ont prétendu. On ne se basera certes pas sur le plus grand nombre de fous chez les célibataires pour le soutenir. Cependant, dans les ouvrages de psychiâtrie les plus modernes, la place réservée à l’abstinence dans l'étiologie des psychoses est bien minime pour ne pas dire nulle. Quant aux observations, elles ne sont guère probantes.

Nous avons rappelé déjà combien il était nécessaire de contrôler soigneusement Les faits avant de les admettre et imprudent de conclure de la constatation d’une surexcitation génésique ou d'un délire érotique à une maladie de continence, car on risque de prendre pour effet un état psychique préexistant.

Or tous les continents ne sont pas de même ordre; pour la commodité de l’étude, on pourrait les diviser en plusieurs catégories.

En premier lieu, si l’on rencontre parmi les psychopathes un nombre assez considérable d'individus doués d’hyperesthésie génésique, on tr uve aussi pas mal de continents.

Or, parmi ces psychopathes continents, les uns sont débiles originairement. Ces débiles, ces dégénérés sont souvent frigides, ou manifestent rarement des désirs sexuels. On ne pourra évidemment chez eux accuser la continence d’être cause de leur débilité psycho-physique.

Les autres ont été atteints de psychoses accidentelles. Leur frigidité proviendra de raisons diverses : absence de femmes, dégoût du sexe féminin, etc.

Chez les uns comme chez les autres, la continence est un état antécédent et non conséquent.

En second lieu nous pouvons considérer les continents qui le sont par tempérament, les frigides. Ceux-ci ne présenteront pas de troubles dus à une chasteté qui ne leur pèse guère.

D'autres le sont par force, ainsi Les prisonniers. Chacun sait comment ils trouvent le moyen de satisfaire leurs désirs ; nous n'insisterons pas. On n'ignore pas que dans les prisons il y à grand nombre d'individus dont les ardeurs sexuelles sont très violentes. On sait aussi que c’est un milieu où l’on trouve en abondance des êtres porteurs de tares psychiques. Chez eux, c'est donc encore la tare qui préexiste.

Enfin il y a les continents volontaires : par fidélité à l'épouse dont ils sont éloignés ou à la fiancée future, par vœux religieux, etc.

Pour ne parler que des milieux religieux, on sait que les psychoses y sont très rares. Quand on a l'occasion d’en observer, c'est surtout chez ceux qui ont une hérédité névropathique chargée qu’on les rencontre.

D'ailleurs les forces morales, le genre de vie, fatigues, privations, etc., l'habitude rend aux prêtres ou religieux la lutte contre le désir sexuel plus facile.

Certes on connaît des saints qui ont soutenu des luttes terribles pour garder la chasteté. L'exemple de saint Benoît se jetant sur un buisson épineux pour vaincre un désir violent est très connu; mais la plupart du temps la domination de l'instinct sexuel s'acquiert et se possède avec une facilité d'autant plus grande que l'habitude a été mieux prise et dure depuis plus longtemps.

Certains ont accusé les continents volontaires d'être impropres à l’action, celle-ci étant l'apanage exclusif des sexuels. Nous ne nous étendrons pas sur ce domaine qui nous entrainerait trop loin. Qu'il nous suffise de citer des noms comme ceux de l'apôtre

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saint Paul, de saint Bernard, le prédicateur des croisades, du pape saint Grégoire VII, de saint Vincent de Paul, de sain François de Sales. Tous ces hommes, bien que continents, n'ont-ils pas marqué l’histoire du sceau ineffaçable de leurs actions ? "

D'une façon générale, on peut donc dire que les psychonévroses préexistent à la continence et ne sont nullement sous sa dépendance.

Toutefois, à côté de la neurasthénie proprement dite dont fous avons parlé en étudiant les observations, Freud a étudié durant ces dernières années une forme morbide appelée névrose d'angoisse (angstneurose) qui se caractérise par de l’irritabilité générale, par un état à peu près constant d’appréhension anxieuse avec des paroxysmes d'angoisse aiguë, par des obsessions, des phobies ayant pour substratum unique une émotion, toujours la même, angoisse ou peur, et ne dérivant pas d'un événement psychique antérieur. Or, cette névrose d'angoisse résulterait, d'après Freud, de l'accumulation de tension génésique produite par la continence ou certaines fraudes conjugales très répandues, comme le coïtus reservatus.

Freud est allé beaucoup plus loin, édifiant une grande théorie, un vaste système d’après lequel Le facteur sexualité serait à la base d'une foule d’affections et il a proposé de rechercher chez tous les malades ce substratum sexuel, prétendant tirer de sa découverte des conclusions d’une importance extrême pour le pronostic et le traitement. C'est cette recherche qu'on a appelée la psycho-analyse.

Nous n’essaierons pas de percer les mystères de l'édifice, mais nous nous demanderons ce que vaut la doctrine de Freud au point de vue qui nous occupe. Elle a été et est encore, à l'heure actuelle, très discutée, surtout en France; elle règne par contre en maitresse en Angleterre et en Amérique.

Tschich aurait observé 11 hommes et 6 femmes, sans tare aucune, atteints de névrose d'angoisse par suite de coït interrompu.

Krafft-Ebing cite des cas analogues.

Pour Lôüwenfeld, les obsessions de cette névrose tireraient leur origine de l'hérédité des malades et seraient déterminées par une cause occasionnelle, comme un choc émotif.

Pour Féré, le coûtus reservatus serait sa principale cause.

Si Tournier admet l'influence de la sexualité dans la genèse de la névrose d'angoisse, il fait intervenir non seulement la privation de satisfaction sensuelle, mais encore le manque de satisfaction morale. De plus, il tient compte de l'éveil des sens sexuels. Chez un continent, toute cause capable d'éveiller les sens le mettra dans des conditions propices au développement de la névrose anxieuse. Si cette cause ne survient pas, il supportera facilement la privation de rapports.

Pour Gattel et Hartenberg, il faut distinguer entre la continence résolue et toujours observée et la continence en expectation, c'est-à-dire celle qui est momentanée et succède à une période d'activité sexuelle. Or la névrose d'angoisse semble apparaitre seulement dans les cas du second genre, c'est-à-dire quand il s’agit d'une interruption des fonctions génésiques.

Dernièrement, Ballet a enseigné qu'il est extrêmement rare de voir la vie génitale jouer un rôle important dans la genèse de la névrose d'angoisse. La plupart du temps, il s'agirait d'une névrose constitutionnelle. En effet, en étudiant les antécédents des malades, on remarquerait que dès leur jeune âge c'étaient des êtres anormaux, inquiets, tourmentés. Plus tard, la névrose éclaterait sous l'influence d'une cause morale comme les chagrins d'amour, l'incompatibilité d'humeur entre les époux, etc.

Enfin, Pitres et Régis ne croient pas à l’origine uniquement sexuelle des états obsédants. L'étude approfondie des obsessions, l'analyse scrupuleuse des observations leur a permis de noter le rôle de l'hérédité et du choc émotif. L'hérédité est le facteur prédisposant, le choc Le facteur occasionnel. Et, fait très important, ils ont vu que les obsessions, dans plus de 50 p. 100 des cas, commencent dans l'adolescence avant la fin de la quin-

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zième année ou même dans l'enfance, par conséquent à un âge où les faits visés par Freud ne peuvent être incriminés.

Aussi croyons-nous pouvoir conclure avec ces auteurs que « La satisfaction incomplète des excitations sexuelles n'est pas la cause spécifique des névroses anxieuses ».

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