II. Dans d’autres cas, eux aussi extrêmement rares
les contractures prédominent au niveau des mains et
TO
Teur donnent cet aspect spécial que l’on a considéré comme caractéristique de la fétanie.
III. Enfin, il est possible de voir survenir des hémicontractures qui simulent une contracture pyramidale.
Dès maintenant, nous insistons sur la fréquence relative des contractures pseudo-méningées et sur l’extrême rareté de toutes les autres manifestations dont la nature purement urémique est loin d’être prouvée, comme nous le verrons.
C’est ainsi que nous devons faire remarquer que dans sa thèse, inspirée par Sapelier, Duroisel a décrit, en 1902, sous le nom « d’urémie musculaire », toutes les manifestations motrices qui peuvent survenir au cours du mal de Bright. Il les classe sous trois chefs : 1°) Une forme hypertonique ou tétanique consistant en une exagération du tonus, elle comprend : les convulsions, le lumbago brightique (contracture des muscles dorso-lombaires), le trismus brightique, le torticolis et enfin la contracture des extrémités ; 2°) Une forme hypotonique ou parétique consistant dans la diminution du tonus : hémiplégie complète ou'localisée, ptosis ; 3°) Une forme caractérisée à la fois par des phénomènes de contractures et des phénomènes de parésie. L’auteur ne mentionne pas les myoclonies. Le seul énoncé de cette conception permet de se rendre compte, combien elle est critiquable.
Tout d’abord actuellement, il paraît à peu près démontré que le ptosis et les paralysies dites urémiques n’existent pas, envisagées du moins comme des
ne
manifestations qu’expliquerait seule l’intoxication urémique ; de même on n’admet plus la possibilité d’un torticolis ou d’un lumbago urémique.
Mais surtout, lorsqu'on lit la thèse de Duroisel, on ne peut s'empêcher de faire un certain nombre de remarques qui font mettre en doute l’étiologie urémique des manifestations musculaires décrites par cet auteur.
1° C’est tout d’abord l’absence habituelle d’autopsies complètes. Sur trois observations avec vérification anatomique, il y en a deux où l’autopsie des centres nerveux n’a pas été pratiquée et où il s'agissait de sujets âgés : on sait la fréquence de lésions cérébrales chez de tels malades. Dans la seule observation où Duroisel étudie les centres nerveux (il s’agissait d’un sujet mort d’une pneumonie), il a joué de malheur : nous le voyons écrire en effet : « Congestion intense des méninges. Rien de particulier à la coupe. Méninges extrêmement épaissies, dures, très injectées et infiltrées d’un exsudat qui forme par transparence des plaques jaune-vert. Pas de liquide dans les méninges à Ja coupe, pas de foyer de ramollissement » ; ne semble-t-il pas que l’on puisse affirmer dans ce cas, la méningite pneumococcique ?
2° C’est ensuite une série de caractères spéciaux et déconcertants des manifestations cliniques qu’il a observées :
La fréquence tout d’abord de ces accidents, sur 351 brightiques, Duroisel en a noté 72 cas, soit 20 %. Or, il est certain que les troubles qu’il décrit sont, sinon exceptionnels, du moins beaucoup plus rares.
L'association avec des localisations atypiques que
Lie
l’on n’a pas l'habitude de rencontrer dans l’urémie : trismus, atteinte des muscles du cou et de la nuque, réalisant soit un torticolis spasmodique, soit le syndrome de la tête ballante : apisthotonos dans un cas, ptosis dans un autre. La fréquence des troubles dyesthésiques (sensation de fourmillement) qui, eux, sont absolument exceptionnels dans les cas authentiques.
Une évolution spéciale : les parésies et paralysies procèdent par accès, d’une durée de quelques heures et avec un début souvent progressif.
L’aspect bizarre des attitudes du malade qui présente un mélange curieux de parésie et de contracture. |
On peut dire que dans la suite on ne trouve dans aucune observation ces manifestations urémiques à caractères vraiment étranges rapportés par Duroisel. Une hypothèse vient tout naturellement à l'esprit : d’après cet auteur il y aurait eu, sept ans auparavant, à la Maison Départementale de Nanterre, où il a puisé ses observations, une série d’intoxications par des farines avariées et mises sur le compte de l’ergotisme. Il paraît parfaitement légitime, étant donné cette notion et le caractère atypique des faits observés, de soupçconner que ce que Duroisel a décrit comme une urémie musculaire n’était, le plus souvent, qu’une intoxication spéciale, s’apparentant à celle constatée 7 ans auparavant. Duroisel envisage cette hypothèse, mais pour la rejeter formellement. La lecture de sa
thèse ne nous a nullement fait partager son opinion.