CHAPITRE XIV
Coup d'œil avant le 18 Brumaire
Le dernier chef capable d'électriser la chouannerie lui avait été ravi. Ses mouvements désordonnés et convulsifs, comme ceux d'un corps à Tagonie, se confondront de plus en plus avec les actes de brigandage dont souffrira le midi, jusqu'au rétablissement d'une police saine par Napoléon.
L'idéal mourait dans la personne de ses champions. Non seulement ses vieux et anonymes soldats, éclaircis, s'interrogeaient sur le devoir et sollicitaient en vain des directives, mais ils étaient doublés d'éléments louches propres à toutes les besognes. Tour à tour septemhrisseurs avec Marat et l'huissier Maillard, chauffeurs ou garotteurs avec les ratés de l'insurrection, sans culottes ou Compagnons de Jehu, voleurs de grand chemin, avec Moneuse « la Terreur du Hainaut », et Schliderhannes dans l'Est, tous ces individus vivaient du désordre qui paye.
C'est pourquoi ils évoquent le souvenir de crimes épouvantables dont la sauvagerie plongeait dans l'hébétude des contrées entières. Ils se bar-
bouillaient le visage de suie. La crainte précédait et suivait leurs groupes hirsutes, généralement dépenaillés, effrayants à voir ; la quiétude désertait les foyers comme le cyclone aspire les moissons gerbées.
Profitant de T anarchie ils attaquaient les maisons isolées, assassinaient les femmes et les enfants et soumettaient au supplice ceux qu'ils soupçonnaient avoir de l'argent dissimulé, le tout en prononçant de grands mots et en s' entourant d'un cabotinage naïf pour donner le change.
Hélas! ils n'y ont que trop bien réussi, puisqu'on les confond encore aujourd'hui avec les « honnêtes gens » — pour employer l'expression de l'époque — qui se soulevaient pour leurs convictions.
On ne les avait jamais vus lorsque la morale de circonstance imposée par les chefs contre-révolutionnaires, sauvegardait encore les foyers établis en dehors des lieux de combat, et les faibles qui les habitaient.
Ces criminels prenaient une étiquette pour justifier leurs crimes. Ils en changeaient d'ailleurs avec une facilité qui confondait la police impuissante. Il en est qui se paraient de la cocarde blanche. Cela leur permettait de mettre en coupe réglée les acquéreurs de bien nationaux.
Mais c'est le plus souvent en s' abritant derrière le masque du bien public qu'ils parcouraient,
a62 hA CONTRE-RÉVOLUTION DANS LE MIDI
la torche à la main, ces malheureuses provinces déjà trop livrées au trouble.
D'autres se présentaient comme percepteurs des contributions. On possède des procès- verbaux où les paysans se plaignent que ces « messieurs du fisc » leur font chauffer la plante des pieds pour leur faire verser davantage.
Quelques-uns en ont fait des agents politiques. On les disait payés par l'Angleterre ou conduits par des émigrés rentrés. S'il est vrai que la nécessité poussa d'anciens compagnons des Charette, des Puisaye, des Charrier, des Précy, à recourir aux rapines pour subsister dans une société qui les rejetait, il n'est pas moins vrai que la passion a dénaturé la plupart des événements auxquels ils ont pris part.
Les chemineaux, les contrebandiers, les détrousseurs coudoyaient d'autres hors-la-loi, leurs semblables, qui avaient une bien plus haute origine que la leur. Ils étaient unis dans une sorte de confrérie criminelle.
La guerre civile les engendrait, comme les vers poussent svlt une viande d'orage.
De cette confusion naissait un intense dégoût de la politique et de tout ce qui s'y rattachait.
On s'éloignait des débats publics. La frivolité des goûts, la légèreté du caractère, longtemps
comprimées, reprenaient le dessus. Dn Forum, on passait à T Opéra, des tribunes on se transportait sur le boulevard. A Paris, les Bains-Chinois faisaient, comme café à la mode, plus grosse recette que le pavillon de la rue de Vaugirard (i), siège du gouvernement, oii on ne se rendait que pour réclamer et pester contre la dureté des temps.
Coup sur coup, on apprend le désastre de la Trebia, qui désarticule notre armée d'Italie, et celui de Novi, où le jeune Joubert trouve la mort. Mais c'est avec un visage serein qu'on les accueille.
Le ressort de l'esprit public s'était rompu pour avoir été trop tendu. Il laissait s'écouler une vie quotidienne et ordinaire ; les uns l'occupaient de fêtes, les autres de travail.
Paris qui avait été trois ans plongé dans la nuit de la Terreur ne songeait plus, au réveil du 9 thermidor qu'à se livrer à la joie.
Les discussions qui avaient embelli les années de la Révolution, ne réveillaient plus les échos des clubs ; on les remplaçait par des ballets. Entre deux entrechats, on essayait, dans les réceptions officielles, de mettre les affaires en équilibre.
(1) Le Luxembourg actueL
La bonne compagnie et la pègre se coudoient au bal. C'est un branle général. On s'abonne pour avoir le droit d'y entrer. On fait la queue depuis le début de l'après-midi pour pénétrer à huit heures du soir. On imagine des salles de rechange pour la commodité des cavaliers porteurs de pantalons couleur chair, vite salissants...
Au milieu des jardins anglais, les Incroyables folâtraient avec des merveilleuses dont k toilette dans le genre antique flottait en répandant des nappes de parfums.
La nuit, ces groupes circulaient sous la lumière en dansant. Les plus tendres se retiraient sous des tentes. Il semble que les femmes n'aspiraient qu'à ce moment où la pudeur sombrait dans les transfvorts de l'amour car elles faisaient tout pour le provoquer. Elles sollicitaient les déclarations qui tardaient. A l'aide de maintes agaceries, elles cherchaient l'aventure. Bientôt, quelques-unes d'entre elles se montrèrent à demi-nues.
De quoi s'occui>e-t-on ? De la menace étrangère, des conjurations? Point du tout. C'est le jeu, la Bourse, les promenades dans les folies des environs : Bagatelle, Montceau, Longchamp, Tivoli, qui sollicitent! L'amusement commande.
Dans ces lieux réservés aux plaisirs, les blasés venaient donner à leurs sens las les émotions que leur prodiguaient la perspective capricieuse des
jardins nouvellement plantés, le pittoresque des constructions, le mouvement de la foule, la variété des jeux.
Du côté de Clichy, dans le quartier des affaires, des parcs ingénieusement composés oii Ton fait bombance parmi les statues et les jets d'eau s'ouvrent comme des oasis.
Chez Frascâti, on savoure les glaces du fameux napolitain Garchi dans une atmosphère de griserie, de flonflons et d'impudeur. Ailleurs, on va voir des danses plus ou moins renouvelées des Grecs ; aux Champs-Elysées, guinguettes et cafés chantants sont pleins ; le jeu fait fureur et on cite des exemples de particuliers qui pour ne point quitter le tapis vert des échoppes du Palais-Royal, se font monter leurs repas.
Les belles manières reprenaient leur empire dans les salons, et la civilisation renaissait au sein même de la dissipation.
« Les toilettes, les lumières, les feux d'artifice, les équipages qui encombrent les avenues mondaines, font s'évanouir les images douloureuses. »
Pourtant la vie est dure. Les petites gens se débattent dans des difficultés toujours croissantes.
On cherchait à acquérir la stabilité par l'exercice de son métier, exercice problématique car l'industrie agonisait et les travaux se faisaient
rares. Plus de routes dont Tétat était une « calamité générale » ; les ouvrages publics tombaient en ruines ; les ports se comblaient ; les entrepôts vides s'affaissaient. Il était aussi difficile d'aller d'une province à une autre que de s'enfuir à l'étranger.
Celui qui en venait rencontrait avec surprise dans ses voyages une nation amorphe et comme décervelée.
Suivant le mot d'un contemporain, les êtres et les choses étaient dans un état convulsif .
Les assignats diminuent de valeur. Ce sont d'énormes tas de feuilles mortes ; le billet de loo francs vaut quatre sous. Partout, tout est hors de prix. La viande est un mets de profiteur! le gigot vaut 1248 francs. De même l'habillement ; on paye une paire de bottes 1.200 francs. Plus de pain. Plus de bois pour se chauffer. La ménagère donne 100 francs pour avoir un litre de haricots et 140 francs pour une livre de pain. Le reste est à l'avenant.
On voyait des êtres fantomatiques chercher, en se traînant, sur les places publiques, leur pitance dans les résidus de la voirie. Les enfants meurent d'inanition, et cette effrayante extrémité est le prétexte dont se sert l'anarchiste Babeuf pour justifier ses théories séditieuses. J'ai vu sous mes yeux, dira-t-il, périr mon petit garçon faute d'un
peu de grosse nourriture que sa mère était dans r impossibilité de lui donner. En conséquence, il préconisait de donner l'assaut à la propriété et de tuer les politiciens pour instaurer la vraie souveraineté du peuple! Et de réclamer le rétablissement de la Terreur pour sauver la République.
Le peuple écoute mais ne suit pas. Il est avéré que le faubourg Saint- Antoine est vidé et que, quoiqu'il arrive, il ne bougera pas. La misère rétreint à la gorge et le courbe.
Il en est qui cherchent une liquidation dans le suicide, tandis que d'autres s'ébaudissent au spectacle et vont voir la lanterne magique.
Aussi,.,. « le pauvre murmure et craint l'hiver qui se fait sentir, . . »
On accuse l'agiotage qui s'empare des denrées de première nécessité et en décuple le cours en quelques années. On trafique de tout, et l'Etat est forcé de signer des marchés honteux pour subvenir aux besoins des armées qui errent dans des pays inconnus dans le plus complet dénuement.
Ecoutons le son lugubre de la phrase qu'un fonctionnaire jette dans son rapport :
a On s'étonne autour de moi que les défenseurs de la patrie vont pieds nus, sans vêtement, mourant de faim, tandis qu'on accable le peuple d'impôts ».
268 IvA CONTRE-RÉVOLUTION DANS LE MIDI
Ils vivent surtout sur le pays conquis. L* administration dont les employés sont payés de temps en temps est incapable. Elle manque d*unité et ne peut faire exécuter les décisions faute de moyens.
Les barrières de la morale sont abattues, et les hommes en place sont trop préoccupés de leurs intérêts personnels pour songer à soutenir celles des lois qu'ébranlent la cupidité et la misère en lutte.
Que de promesses ils distribuent cependant pour calmer les esprits!
Ils votent à tour de bras des motions qui ne seront jamais exécutées et qu'ils seront les premiers à enfreindre.
Le mouvement royaliste prostitué vivait dans le souvenir, se développait dans les aspirations de ses serviteurs silencieux.
Le tenace Cadoudal lui-même, ce conspirateurné, reconnaissait la sagesse de T abstention. Il écrivait dès 1796 :
« Il ne peut plus y avoir de projet raisonnable dfc renverser les forces immenses que nous avons contre nous... »
Les puissances de l'Europe avaient reconnu la République ; le pape traitait avec elle. Après s'être battues pour leur propre compte et non pour celui d'un prétendant français, comme on l'avait
IvA CONTRE-RÉVOLUTION DANS LE MIDI 269
cru en France des deux côtés, leurs troupes avaient été partout refoulées. De revers en victoires, servie par des êtres de fer, la valeur avait eu rai- ^n du nombre.
Forcés de renoncer à leurs projets de partage de notre territoire, nos voisins se hâtaient de liquider l'aventure. L'empereur Léopold d'Autriche avait déclaré: « Aucun souverain ne peut s'occuper de la constitution choisie par ses voisins; tant mieux pour lui si elle les affaiblit: il en profitera ! »
Georges le reconnaissait encore :
— Nous n'avons rien à attendre pour notre légitime souverain des nations qui nous entourent.
Le Directoire inondait les départements de commissaires dont le passé était rarement vierge. C'étaient des transfuges du Jacobinisme. Ils mettaient les autorités en tutelle et vivaient dans l'entourage des habitants. Ils avaient des instructions pour « converser » avec les citoyens et devaient « épancher leur âme dans celle de leurs semblables ». Qui saura jamais les sévices, les vexations de toutes sortes que cachait la candeur voulue de ces paroles?
On parlait de pacification. Le vent était à l'accalmie, et l'olivier étendait l'ombre de ses rameaux sur la France fatiguée.
C'est à la faveur de ces dispositions qu'on put réaliser la fameuse Constitution de Tan VIII, qui faisait présager un nouvel état de choses.
Pour ce faire, tout n'était point en ordre cependant. L'anarchie croyait au contraire retirer les fruits du mécontentement général.
Il manquait la garantie d'un gouvernement fort, car, pour réaliser les promesses qu'un apaisement comportait, on ne pouvait compter sur les Directeurs.
Ils redoutaient les royalistes, essayaient de contenir les jacobins sans pouvoir y parvenir. Les Conseils avaient eux-mêmes une tendance marquée à les tenir en quarantaine, et les tracassaient sur tout.
Sous quelle égide allait se placer le changement qui allait s'opérer? Tour à tour Hoche, le chevaleresque Joubert, Moreau, avaient été sollicités de jeter leur sabre à côté du sceptre des lois. Eussent-ils fait de bons dictateurs? Leurs caractères peuvent seuls nous donner une indication.
Le premier, homme d'une nature droite et impétueuse, n'entendait rien aux ménagements de la politique et ignorait l'art de la diplomatie. Fils d'un palefrenier, il s'était élevé par son travail et la grande vivacité de son intelligence. Il avait
h^ CONTRE-REVOI.UTION DANS LE MIDI 27 1
conservé de ces origines un esprit peu compliqué.
Son ambition était toute militaire. Il désirait rester avec les compagnons qui Pavaient tant de fois aidé à fixer la victoire. Sa santé, altérée par les fatigues inutiles que lui imposa son projet de débarquement sur les côtes d'Angleterre, ne se soutenait qu'à force de soins, et, petit à petit, la moindre occupation lui devenait une torture.
Si Ton songe que cet homme était resté sur une mauvaise gabarre, pendant trente jours, séparé de sa flotte et battu par la tempête, si Ton ajoute à cet accident les difficultés de la campagne de Vendée et celles qui consistaient à traverser la nature noyée par l'hiver du Rhin, on comprendra la volonté dont il a fait preuve pour maintenir les succès de son armée de Sambre-et-Meuse, et les exploiter.
Cependant, une véritable stupeur pétrifia les Français à l'annonce de sa mort. Un seul demeura impassible : ce fut Bonaparte.
On raconte que, au cours d'une soirée chez Madame Tallien, le vainqueur de Vendémaire, qui se piquait de chiromancie, avait prédit à son collègue « qu'il mourrait dans son lit ». On devine quelle vague d'incrédulité accueillit cette nouvelle, dans cette société dissipée qui avait cependant lancé la mode des diseurs de bonne aventure.
Quant à Moreau, Pami de Pichegru, sa carrière semblait être une gageure. Brave soldat, mais esprit hésitant, il avait successivement battu tous ses ennemis sans avoir trouvé à s'imposer. Toujours, par un étrange hasard, il s'était vu reléguer au second plan, sa tâche terminée. On le précédait dans la récolte des récompenses. Par trois fois la paix — une paix bâclée comme celle de Leoben, — lui en ôtait le fruit. Bt c'est en couvant ses espoirs mort-nés qu'il se tenait à l'écart de l'agitation générale. « Je me croyais fait, dira-t-il, pour commander aux armées, et je ne voulais point commander à la République ».
Il était merveilleusement doué pour les doublures ; cependant, toujours envieux des premiers rôles, il se sentait incapable de les remplir.
Plus scientifique que brillant, c'était l'homme des retraites prudentes et des situations difficiles. Son naturel sombre inquiétait. Il y joignait un entêtement proverbial qui en faisait la bête noire des fournisseurs concussionnaires et les eut fait châtier s'ils n'eussent été souvent de connivence avec les gouvernants. Au reste, vertueux comme un républicain antique, il était l'idole de ses soldats.
On avait pensé aussi à Beumon ville, l'ancien commandant de l'armée du Nord — un pur, celuilà.
La mort, la faiblesse des âmes, les longueurs tarirent bientôt ces ressources en hommes.
La chute du Directoire paraissait si prochaine que chaque parti cherchait à se la rendre profitable. Les royalistes, les républicains modérés, les jacobins de 93 — ceux qu*on désignait sous la dénomination de queue de Robespierre, à cause de leur origine — tous épiaient et comptaient les vacillations du régime.
Mais ils furent prévenus par quelqu'un qu'on n'attendait pas, et dont le lit avait été préparé par Barras et Sieyes, eux-mêmes.
T^e premier avait attiré ce nouveau venu par les femmes ; celui-ci, toujours en mal d'innovation, « cherchait une épée ».
C'était k manière du ci-devant comte Paul de Barras de placer ses belles amies dans les alcôves intéressantes. Il mit en rapport Bonaparte avec la veuve du général de Beauharnais, pendant qu'il jetait Thereza Tallien dans les bras du financier Ouvrard.
Voilà votre homme, lui avait confié Moreau : il fera votre coup d'Etat bien mieux que moi, en faisant allusion à son attitude dans les journées de Vendémiaire. Il avait ajouté avec une pointe d'ironie : il entend à merveille l'art de faire la guerre dans les rues de Paris.
274 l'A CONTRE-REVOLUTION DANS LE MIDI
On croyait, dans Tentourage du prétendant, que ce soldat allait préparer le retour du trône. Il reçut des propositions qui devaient monnayer sa peine. On n'admettait pas qu'il poursuivit un autre but.
Louis XVIII avait chargé un de ses agents à Paris, Tabbé de Montesquiou, de nouer des négociations. Peine perdue. Bonaparte s'élevait sur les débris de deux régimes. Il tirait de lui-même les conditions de son développement.
Ce n'était ni Cromwel, ni Monck, c'était César!
C'est ainsi qu'il fut donné à un petit général, qu'on appelait dans son entourage t le chat botté », de prendre les rênes du pouvoir.
Bonaparte, en fidèle observateur, voyait qu'il y avait quelque chose à faire pour lui. Répondant aux vœux de ceux que sa gloire écrasait et profitant de la timidité du Directoire, il laissera son armée dans les sables d'Egypte entre les mains de Kléber, qu'il n'aimait pas, pour accourir prendre sa part.
Il avait essayé de sauver sa tentative de suprématie orientale en s'ouvrant un chemin en Syrie. Il s'était heurté à la place forte de Saint-Jeand'Acre, défendue par Sydney Smith et Phelippeaux, un de ses anciens camarades de Brienne.
Ces deux évadés du Temple le dégoûtèrent de son rôle de protecteur de T Islam.
On le croyait mort. Il échappa par miracle à la flotte anglaise qui le tenait bloqué. La frégate sur laquelle il avait pris place manœuvra supérieurement : elle passa.
Après quelques semaines d'hésitation, il prendra son parti de « chasser les avocats » du pouvoir. Une fois en place, il voudra faire disparaître les traces de la Révolution qu'il exècre.
Il fera efFacer les inscriptions faites sur les murs des Tuileries par les anciens occupants. Il apportera un soin particulier à ce nettoyage. Des ornements nouveaux les décoreront.
Le palais reviendra à son affectation primitive, et c'est bien sous ses lambris dorés qu'il couchera.
Il élargira au profit de sa politique les mesures de clémence déjà esquissées timidement les années précédentes. La révision des listes d'émigration lui permettra d'attirer une partie du personnel du gouvernement de Louis XVI.
Enfin il traitera avec les chouans, signera le Concordat avec la collaboration de l'un d'entre eux, l'abbé Bemier, et fera rentrer dans son giron les hommes courageux qui cesseront d'espérer contre l'évidence.