Chapitre vi
L'opposition des Espagnols, des Allemands et des Français.
Allemands, Français, Rspagnols demandent la réforme des abus de la hiérarchie ; les Italiens et la curie romaine s'y opposent. — La grave question de l'institution divine de l'épiscopat. — Arrivée h Trente du cardinal de Lorraine et des évêques français. — Craintes que Lorraine inspire au parti papal. — Scènes scandaleuses entre Italiens et Espagnols. — Libelle de reforme français. — Opposition de la curie h toute réforme fondamentale. — La formule de Rector univer salis Ecclesiae. — Les travaux du concile complètement enrayés par la discorde. — L'emptreur h Innsbruck. — Grande affluence de princes et de prélats h Innsbruck. — Délibérations h la cour impériale sur la situation du concile. — Ferdinand I", désespérant du concile, s'adresse directement au pape pour exiger des réformes sérieus'^s. — Fermeté du pape. — Les propositions françaises également rep-^ussées. — Mort de deux légats. — Ils sont remplacés par Morone et Navagero.
La prochaine session avait été fixée au 12 novembre. La curie espérait qu'elle serait la dernière ou du moins r avant-dernière, et qu'on pourrait clore les séances du concile en décembre au plus tard (*). Cependant elle n'eut lieu que beaucoup plus tard et sous la présidence d'autres légats, après des difficultés qui souvent avaient semblé insurmontables !
(') Dépèche de Lisle, 28 septembre; Le Plat. t. V, p. 514. — Dépèche de Vargas, 8 octobre, Dôllingeb, Beitraege, t. 1, p. 450.
Pour que le parti papal les pût vaincre, Pie IV comptait surtout sur ses théologiens favoris, les jésuites. En effet, à Trente, les jésuites se conduisaient en maîtres. Ils montraient toute Tintrépidité, pour ne pas dire l'arrogance, qui a toujours caractérisé leur position dans l'Eglise. Un des leurs, Salmeron, y assistait dès le commencement en qualité de théologien du pape, et — le 21 juillet 1562 — il avait profité de cette situation pour enfreindre l'ordre des votes et même les commandements des légats, en parlant pendant toute une reunion de la congrégation générale, en dehors du rang qui lui avait été attribué. Il déclara effrontément qu'il n'avait pas à obéir auxlégats. Ceux-ci s'en étant plaints à Pie IV, le pontife avait humilié un peu l'orgueil du bon père. Lainez, en arrivant à Trente, avait exigé immédiatement une place au-dessus des généraux des ordres mendiants, et les présidents s'étaient empressés de lui accorder un siège tout à part ; ce qui avait indisposé beaucoup de prélats, hostiles à cette superbe du jésuite Q. Il se montra continuellement l'adversaire acharné du pouvoir épiscopal et de toute concession aux novateurs, le défenseur passionné de l'omnipotence papale et de la plus stricte orthodoxie traditionnelle.
La première matière que les légats proposèrent à la discussion, fut le sacrement de Tordre. On avait réuni, pour les faire condamner par le concile, sept maximes hérétiques: telles que de soutenir que Tordre de prêtrise n'était pas un sacrement, que tous les chrétiens étaient prêtres, qu'au-
(') DÔLLINOBR, Berichte und Tagebuecher, t. II, p. 22, 24 : Journal de Musotii.
508 l'opposition.
cun ordre de prêtres n'était mentionné dans le Nouveau Testament, que les évêques étaient les égaux des prêtres ordinaires, etc.
Mais aussitôt on vit surgir des obstacles nouveaux de la nature la plus dangereuse.
D'abord les ambassadeurs français et impériaux qui toujours marchaient ensemble, se rendirent auprès des légats pour se plaindre que l'on continuât la discussion de dogmes qui, puisque les protestants n'assistaient pas au concile, n'étaient combattus par personne, et dont la fixation définitive se ferait bien mieux après Tarrivée des évèques français, polonais et allemands qui se trouvaient déjà en route Q), Est-ce qu'il ne serait pas beaucoup plus utile, disaient-ils, de s'occuper sans retard des réformes réellement essentielles et dont l'Eglise avait un besoin si pressant } Les légats répondirent, comme à l'ordinaire, que le concile avait adopté la coutume de traiter les deux matières à la fois. Mais les ambassadeurs blâmèrent, en outre, que les légats ne leur communiquaient les articles de réforme, à eux et aux prélats, que deux jours avant les congrégations, de sorte que personne n'avait le temps de les examiner suffisamment. Enfin ils réclamèrent qu'on accordât, comme aux synodes antérieurs, aux plénipotentiaires des puissances temporelles le droit de soumettre eux-mêmes leurs propositions aux pères assemblés, et ils menacèrent de conseiller le vote par nations Q, mode qui était détesté des Romains, parce qu il aurait enlevé la majorité aux Italiens serviles pour la donner aux indépendants.
(') Paleotto, p. 591.
(*; MusoTTi, p. 25.