Chapitre il
La fondation de l'Ordre des Jésuites.
Union de l'esprit chevaleresque et du mysticisme religieux en Espagne. — Elle explique la carrière de Loyola. — Jeunesse de I^oyola. — Sa blessure et sa conversion. — La veillée darmes au Montferrat. — L'ermite de Manrèse. — Son voyage à Jérusalem. — Loyola étudiant. — Loyola prisonnier de l'Inquisition. — Il va étudier à Paris. — Ses premiers disciples. — Les vœux du Montmartre. — Loyola à Venise. — Ses rapports avec Caraffa et les Théatins. — Premières grâces accordées aux Loyolites par le pape. — La Compagnie de Jésus. — Loyola accusé k Rome. — Le vœu de l'obéissance. — Adversaires et amis de Loyola.
— L'Ordre des Jésuites est approuvé par le pape. — Caractère de la nouvelle société. — Loyola premier général. — Ses idées et ses buts.
— Principes suivis dans le recrutement de la Compagnie. — Jugement général sur Loyola.
L'cpoque où la civilisation particulière du moyen-âge s'est épanouie dans son développement le plus riche et le plus brillant, est surtout caractérisée par l'union intime dcTesprit chevaleresque et du mysticisme religieux, union née des croisades qui pendant deux siècles ont ému et entraîné l'Europe entière. Cet amalgame extraordinaire, ayant perdu sa force dans le reste de l'Europe vers le commencement de l'ère moderne sous l'influence de la Renaissance et du scepticisme général, ne s'était maintenu que dans un seul pays de l'Occident: en Espagne. L'histoire
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même des Espagnols explique suffisamment ce phénomène exceptionnel. Leurs guerres interminables contre les Arabes et les Mores avaient donné à toutes leurs entreprises militaires uik couleur religieuse et en avaient fortement imprégné l'esprit national. Par un enchaînement bizarre de circonstances, l'expulsion définitive des Musulmans de la péninsule, la fin des guerres arabes coïncidait avec la découverte de l'Amérique, avec le commencement d'une série d*entreprij>es destinées surtout à convertir au christianisme, les barbares d'un monde nouveau. Encore une fois, comme pendant les huit siècles de luttes contre l'Islam, la propagation de la foi catholique était intimement liée à la grandeur et à la gloire du nom espagnol. Le gentilhomme, le soldat, \ç: conquistador q^c^tillans, en combattant pour leur propre honneur, pour leur roi et leur patrie, combattaient en même temps pour l'honneur du Christ et de la Vierge. Le roman d'Amadis, écrit à cette époque même, entre 1492 et 1508, et ses innombrables continuations et imitations reflètent fidèlement cette tendance catholique, mystique de l'esprit chevaleresque chez les Espagnols. Qu'y a-t-il d'étonnant alors qu'un capitaine de Charles-Quint soit devenu le fondateur d'un ordre, destiné à réunir l'esprit militaire à l'esprit religieux, et à combattre par toutes les armes les ennemis de la foi .^
Don Ifiigo (Ignace) Lopez de Récalde naquit en 1 49 1 au château de Loyola dans la province basque de Guipuzcoa. Sa famille était une des plus considérables du pays : à l'avènement d'un nouveau monarque et dans d'autres occasions extraordinaires (^), elle jouissait du privilège,
(•) Acta Sanctorum m. Julii. t, VU, p. 422.