JEUNESSE DE LOYOLA
réserve aux deux plus nobles familles du pays, d'être convoquée nominalement à l'acte solennel de 1 hommage féodal. Ignace, le plus jeune de treize enfants, Q) fut élevé pour être soldat et courtisan, et partant son instruction fut fort restreinte. En effet, il servit d'abord comme page le roi Ferdinand le Catholique, et plus tard, comme cavalier, le duc deNajara dont les aïeux avaient toujours patronne les Récalde de Loyola. C'étaient surtout les idées de chevalier qui remplissaient son esprit romanesque et son jeune cœur : les aventures amoureuses, les faits d'armes, la gloire militaire, la vanité de sa personne, de ses armes, de ses chevaux. 11 voulait exceller dans toutes ces choses, briller entre tous. Déjà l'ambition était un des traits dominants de son caractère. Il choisit la dame de son cœur parmi les princesses royales : elle était plus que comtesse ou duchesse, avoua-t-il plus tard à un de ses confidents. Q IJAmadis des Gau/es était sa lecture favorite. Mais il était en môme temps un catholique ardent. Il composait une romance en l'honneur de St-Pierrequ'il vénérait comme son patron et protecteur partitulier, il s'abstenait soigneusement de proférer les jurons formidables si ordinaires à cette époque dans la meilleure société.
Lorsqu'en 1521, les Français attaquèrent la Navarre, le duc de Najara, vice-roi de ce pays pour l'empereur Charles-Quint, plaça une petite garnison dans Pampelune, capitale de Navarre. Loyola s'y trouvait avec sa compagnie et il s'y distingua par sa bravoure. Il défendit vaillamment d'abord la ville, i)uis la citadelle contre les assauts victorieux des ennemis, bien supérieurs en nombre.
(*) Maffei, Ignatii llUi, lib. I. cap. 1.
(') L. Gonzalez, dans les Ac/a Sanct. Jul, VIL 634,
Mais le 20 mai 1521, sur la brèche de la citadelle, un boulet français lui fracassa la jambe droite et un éclat de pierre détaché du mur le frappa au pied gauche. Après sa chute, la garnison se rendit aux ennemis qui, du reste, le traitèrent avec beaucoup d'égards et firent transporter le blessé à son château paternel qui n'était pas fort éloigné. La chirurgie se trouvait alors dans son enfance; on manquait surtout de bons médecins dans ce coin reculé du pays basque. Le traitement d'Ignace fut très maladroit ; les os fracturés furent mal rejoints ; il fallut les casser encore deux fois ! Comme, par suite de la blessure, une des jambes était devenue plus courte que l'autre, on l'attacha à une machine de fer qui la tira avec violence. Ce supplice n'empêcha pas le pauvre martyr de rester boiteux. Il souffrit des douleur terribles qu'il supporta avec un stoïcisme héroïque. Pendant les longs mois de sa maladie, il cherchait dans la lecture un remède pour chasser les ennuis d'un désœuvrement forcé et pour oublier autant que possible ses souffrances. Tout naturellement, selon sa coutume; il demanda des romans de chevalerie. On n'en trouva pas dans la maison (^), et on lui donna, pour se distraire un peu, la Vie du Christ et les Fleurs des Saints ^ en espagnol. 11 s'intéressa de plus en plus à cette lecture nouvelle. A son âme aventureuse, excitée par les douleurs et par la fièvre, le martyre et les hauts exploits des saints, surtout ceux de St-Dominique et de St-François d'Assise, parurent bientôt non moins glorieux et non moins enviables que ceux des héros et des chevaliers errants. Son ambition toujours vivante et forte fut attirée de ce côté.
(*) RiBADKNiiRA, VitQ Jgnatti ; Act. ss. Jul. VII 670.