‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 36 sur 215 · LOYOLA PREMIER GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LOYOLA PREMIER GÉNÉRAL

pour laquelle Dieu l'avait choisi. ** L'abnégation de sa propre volonté vaut mieux que de resusciter les morts „ axiome admirable et fertile en conséquences importantes. Dans un tel combat il ne connaissait pas la peur : " Aucune tempête n'est aussi mauvaise que l'acalmie, et aucun ennemi aussi dangereux que de ne pas avoir d'ennemis. ^

Cettecause paraissait à Ignace tellementsublimeetd'une importance tellement transcendante, que tous les moyens lui semblaient bons pour la servir et pour la favoriser. ** Une prudence exquise, dit-il, jointe à une sainteté médiocre vaut mieux qu'une plus grande sainteté avec moins de prudence. „ Est-ce que toutes les erreurs morales, dans lesquelles les jésuites sont tombés, ne sont pas contenues en germe dans ces paroles, si étonnantes de la part d'un homme qui autrefois s'était voué a la piété mystique ? Tel est le génie espagnol ; jamais mystique néerlandais ou allemand n'aurait pu proférer une telle sentence ! — On sait que les jésuites ont toujours été d'excellents pécheurs d'âmes. Eh bien, c'est saint Ignace de Loyola lui-même qui leur a enseigné cet art peu enviable : " Un bon chasseur d'âmes doit d'abord laisser passer bien des choses en silence, comme s'il ne s'en appercevait point ; plus tard, lorsqu'il se sera emparé de la volonté, il pourra diriger le disciple de la vertu partout où il le voudra. ^ — ** Il ne faut pas parler de prime abord d'aflfaires spirituelles aux gens noyés dans les intérêts du siècle : cela serait pêcher sans amorce ni leurre. ., — Quels étaient cependant les hommes que ce prêtre, si humble, à ce qu'il disait, devant la divine providence, voulait recevoir dans sa société } Son secrétaire intime, le

62 LA FONDATION DE L'oRDRE DES JÉSUITES.

père Polanco, nous édifiera sur ce sujet „ Loyola regardait moins, dit-il, chez ceux qui se présentaient, à la bonté purement naturelle qu'à la fermeté du caractère et à Thabileté pour les affaires ; car il était d'avis que ceux qui n'étaient pas propres aux affaires publiques, ne convenaient pas à la compagnie. „ (^) La piété ne comptait évidemment que fort peu, lorsqu'il s'agissait des intérêts temporels de l'ordre de Jésus. Dans une lettre très explicite adressée au recteur du collège de Coïmbre, en 1 55 1 , (^ Polanco énumère les qualités que le père général désire trouver dans les novices de la compagnie. Ce sont surtout " des dispositions naturelles et de la capacité soit pour les sciences, soit pour les bonnes œuvres extérieures. „ On veut des jeunes gens d'une certaine taille, d'un physique convenable, " comme l'exigent notre genre de vie et nos rapports avec le prochain. „ Pas un mot de vocation religieuse, de haute piété comme condition indispensable à ceux qui demandent à entrer dans la compagnie : de l'intelligence et du savoir-faire, un extérieur agréable — voilà tout ce que Loyola exige! Ce programme jette un grand jour sur le caractère de St-Ignace et de la société à laquelle il donna le nom de Jésus.

Un tel personnage, mélange de piété, d'abnégation, de fanatisme, de ruse, d'énergie sauvage et sans scrupules, nous est certes peu sympathique aujourd'hui, où la franchise et la droiture sont considérées comme les premières vertus de l'homme. Mais nous ne pouvons nous

(*) Polanco, Dichos y kcchos cU Loyola; cité par Genelli (irad, franc.) II. 239.

(•) Alckzkr^ //isior/a ToUtanof prinifictoi S. J. (Madrid 1710).

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