‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 39 sur 215 · GRANDE ACTIVITÉ DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

GRANDE ACTIVITÉ DES JÉSUITES

des attaches et trouver des intérêts autres que ceux de l'ordre. Il expédiait, au contraire, les Français en Portugal, les Espagnols en France, les Italiens en Espagne. Il voulait faire de ses jésuites des cosmopolites aptes à tous les ser\'ices, se retrouvant dans tous les pays, ne connaissant d'autre patrie que la Compagnie elle-même. Dans les premiers temps, il les fit voyager continuellement dans les régions les plus éloignées, où chacun d'eux ne restait que peu de mois, pour les faire paraître plus nombreux qu'ils ne l'étaient, pour montrer partout aux souverains et aux peuples l'activité de l'ordre nouveau, et d'un autre côté, pour éprouver l'obéissance aveugle de ses subalternes. Il leur défendait du reste tout penchant exclusif à l'ascétisme, à la prière ou à la contemplation, leur commandant de vaquer surtout aux études et aux devoirs dont il les chargeait dans l'intérêt de sa société et du siège apostolique. Q

Les effets de ces mesures habilement calculées furent merveilleux. Six ans après la fondation de la Société, le monde entier retentissait de son nom et ses disciples se comptaient par centaines. Ignace ne s'était jamais tenu au nombre obligatoire de soixante membres. Par une sorte d'herméneutique très hardie, il ne comprenait dans ce chiffre que les jésuites de plein droit, les Profès, qu'il n'augmenta que fort peu pendant tout son généralat, réservant ce grade suprême à ceux qu'il croyait complètement imbus de son propre esprit et spécialement utiles et nécessaires à la Compagnie. (^)

(«) Orlandin-o lib. VIIl cap. 8 p. 224. (') Orlandino lib. IV cap. 1 p. 101.

Il développait lui-mcmc ces principes avec une entière franchise : ^ Quoiqu'il se sentît attiré vers ceux qui faisaient des progrès louables dans l'érudition et les sciences, il s'occupait pourtant, à cause des circonstances difficiles de l'Eglise, moins de ceux qui excellaient dans la doctrine, que de ceux qui connaissaient bien le monde et se distinguaient dans la société humaine par une position élevée : croyant que la Compagnie tirerait bientôt de ces membres-là des fruits importants. „ (*) Du reste, déjà en 1545, il était devenu assez rigoureux dans la réception de membres nouveaux et dans leur avancement à des emplois importants.

Les papes augmentèrent sans cesse les privilèges d'un ordre qui se montrait si utile aux intérêts du Saint-Siège et du catholicisme en général. En 1545, Paul III lui donna les facultés les plus étendues pour l'administration de l'eucharistie, de la confession et de l'absolution dans toutes les parties du monde ainsi que pour la prédication. Deux ans plus tard, il délivra les jésuites pour toujours de la surveillance des couvents de femmes, afin qu'ils pussent se livrer entièrement aux devoirs particuliers de leur Compagnie. En 1549, il leur conféra en bloc tous les privilèges des ordres monastiques, surtout celui d'absoudre des péchés réservés, par le droit canon, à la seule connaissance du Siège apostolique. Cette dernière faculté était suspendue ordinairement pendant la durée du Jubilé, mais Jules III fit une exception en (iueur des jésuites pour lesquels cette restriction ne devait jamais exister. Ce pontife, (jui favorisait l'ordre de Jésus de tout son pouvoir,

(«) llûd. I. V cap. 2 p. 144.

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