‹ La contre-révolution religieuse au XVIe siècleChapitre 40 sur 215 · PRIVILÈGES DES PAPES · texte numérisé non relu

PRIVILÈGES DES PAPES

confirma, en 1550, leurs institutions et tout ce (|ue son prédécesseur leur avait accordé,et les combla de bienfaits. L'année suivante, il menaça de l'excommunication majeure et de foutes les peines (jui en étaient la conséquence, ceux qui s'attaqueraient aux institutions, droits et privilèges de la Compagnie, ou qui entraveraient ses membres dans Texercice légitime de leurs fonctions.

Cependant les papes n'étaient pas les seuls dignitaires importants que Loyola cherchât à gagner dans l'intérêt de l'ordre de Jésus. Cet homme déployait la plus étonnante adresse pour arriver à ses fins. "" 11 savait s'attacher, dit avec complaisance l'historien officiel de la Compagnie, (*) non seulement le pape et les cardinaux, mais aussi les ambassadeurs des rois et des princes et tous ceux, ])armi les personnages de Rome, dont la position exigeait l'estime et dont l'autorité méritait qu'on leur fit la cour. 11 les visitait souvent lui-même ou les faisait visiter par ses compagnons et cherchait à les engager dans ses intérêts. Par suite de ces démarches obséquieuses, les princes se montraient accessibles, affables et pleins de bienveillance pour lui. „

Mais les paroles doucereuses et les humbles démonstrations n'étaient pas les seuls moyens par lesquels la société de Jésus essayât de se procurer la faveur des princes : elle avait des ressources plus sûres pour atteindre ce but tant désirable. D'abord elle leur promettait en échange de leurs bons procédés les secours de l'ordre entier dont on aimait à exagérer encore l'importance. On voulait montrer aux chefs d'Etat qu'il

C) Orlandino I. VII cap. 1 p. 198.

était de leur intérêt d'être en excellents termes avec les bons pères. (^) Et puis on proposait aux princes une affaire utile aux deux parties: on sollicitait leur consentement pour que les biens d'autres communautés religieuses fussent attribués en partie à l'ordre de Jésus à la condition que le pouvoir temporel s'emparât d'une autre partie de ces mêmes biens. Les jésuites décoraient cette belle affaire du nom pompeux de réformation des couvents. Les princes, naturellement, ayant intérêt à mettre la main sur les biens ecclésiastiques, entreprenaient cette mutation au profit commun de leur trésor et de la Compagnie de Jésus, d'autant plus volontiers que les pères savaient la mener à bonne fin par l'intermédiaire des cardinaux qui leur étaient dévoués. C'est ainsi que Loyola agit en Bavière et, sur une échelle plus vaste encore, en Espagne. II disait clairement, sur cette dernière entreprise, qu'il désirait " que l'affaire vînt à un bon et saint effet, tant pour Son Altesse — Charles-Quint — que pour ses indignes et très dévoués serviteurs — les jésuites — à la plus grande gloire de Dieu. „ ('^)

Quel mélange de ruse et d'hypocrisie ! — Au contraire s'ils avaient à annoncer aux princes une résolution désagréable pour ceux-ci ou utile seulement à la Compagnie, ils se retranchaient régulièrmcnt derrière la volonté du souverain pontife, même quand celui-ci n'y avait eu aucune part.

C'est à de tels moyens que l'ordre des jésuites doit en grande partie ses succès rapides.

(*) Exemples : Lettre de Claude Jay a Georges Stockkammer . 10 juin 1555, Druffkl, t. ï p. 407 ss ; et Menchaca, Epistolae Ignatii, p. 538.

(•) Druffel, I. c; Lettres de Loyola, chez Genelli, nr 39, ^0; et Menchaca, p. 325.

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