‹ La contrefaçon du ChristChapitre 117 sur 150 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

<c Honore ton père et ta « Jésus, comme tous les

mère, disait Jésus. Celui qui hommes exclusivement prc-

maudira son père et sa mère occupés d'une idée, arrivait

mourrai » à tenir peu de compte des

liens du sang ^. »

c( Toute la ville sortit au- « On le choyait... le

devant de Jésus; et l'ayant charme de sa parole et de sa

vu, ils le prièrent de quitter personne captivait les popu-

les confins de leur terri- lations... les bons Gali-

toire;... parce qu^ils avaient léens^. » très grande peur^. »

Mais encore une fois, il faudrait tout citer, et le plaisir de prendre un homme de talent en délit d'imposture n'est pas assez considérable pour m'absoudrc de la tâche fastidieuse que je m'imposerais de confronter chaque texte évangélique avec la traduction renanienne et de vous en infliger la lecture.

Il est bon toutefois de surprendre en praticjue, dans la personne même du critique, sa théorie sur les changeantes couleurs de la vérité, et de voir comment, sur une même parole sacrée, le génie contradictoire sait exécuter les variations les plus complètes. — Écoutez donc :

« Rendez à César ce c[ui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

1. Matth., XV, 4. — Marc, x, 3. Vie de Jésus, p. 42. 19. 4. Ibicl, p. 139.

2, Matth., vni, 34. — Luc, vni, 37.

Au chapitre vu de son livre, Renan n'a pas assez d'anathèmes contre cette parole de Jésus. Il écrit donc :

« Établir en principe que le signe pour reconnaître le pouvoir légitime est de regarder la monnaie (quel français! Le signe... est de regarder!), proclamer que l'homme parfait paie l'impôt par dédain et sans discuter, c'était détruire la république à la façon ancienne, et favoriser toutes les tyrannies. Le christianisme, en ce sens, a beaucoup contribué à affaiblir les devoirs du citoyen, et à livrer la morale au pouvoir absolu des faits accomplis. »

Ne vous effrayez pas toutefois de voir la leçon d'obéissance et de soumission donnée par Jésus se transformer en cours d'anarchie ; le chapitre XXI du même commentateur va remettre les choses au point :

(( Mot profond qui a décidé de l'avenir du christianisme ! mot d'un spiritualisme accompli et d'une justesse merveilleuse, qui a fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a posé la base du vrai libéralisme et de la vraie civilisation.

Donc, une simple parole du Christ est, à la fois, principe de tyrannie et de libéralisme, d'affaiblissement des devoirs du citoyen et de vraie civilisation, de spiritualisme et de brutalité du fait accompli!

Comme il se connaissait bien l'ondoyant écrivain, quand il disait de lui-même : « J'étais prédestiné à être ce que je suis... un tissu de contradictions rappelant l'hircocerf de la scolastique, qui avait deux natures. Une de mes moitiés devait être occupée à démolir l'autre, comme cet animal fabuleux de Ctésias qui se mangeait les pattes sans s'en douter. »

L'aveu est délicieux. Aussi ne résistons pas au plaisir de regarder l'animal philosophique en train de se manger encore un bout de patte.

« ... Bien loin, dit-il, que Jésus soit le continuateur du judaïsme, il représente la rupture avec l'esprit juif... La grande originalité du fondateur reste donc entière; sa gloire n'admet aucun partage... »

Ne vous réjouissez pas trop vite, cependant, car (( la Synagogue était riche en maximes. Jésus adopta presque tout cet enseignement moral. La morale évangélique est peu originale en ellemême. Avec des maximes plus anciennes, on pourrait la recomposer presque tout entière ^ »

Il n'est pas possible d'opposer plus habilement un membre de phrase à l'autre; c'est à se demander si quelque ennemi personnel de Renan ne lui a pas joué le mauvais tour d'in-

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