‹ La contrefaçon du ChristChapitre 118 sur 150 · Vie de Jésus, p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p

terpoler son œuvre et d'intercaler, de-ci, delà, des passages entiers, pour rendre le tout ridicule. Puisque cela s'est fait pour les évangiles de l'Aigle et de l'Ange, pourquoi n'aurait-ce pas eu lieu pour l'évangile du Serpent?

Si je ne craignais de vous fatiguer, je vous montrerais qu'il faut entendre par une religion sans prêtres, une église constituée; par un chef très brutal, un bon administrateur; par un dogmatisme outré, un état de choses où le dogme n'a aucune part; par responsabilité nationale, une injustice dont une nation a le droit de se plaindre.

Mais en vérité, malgré la fatigue, vous ne sauriez m'en vouloir de mettre en lumière la sincérité historique de Técrivain qui a inventé la théorie que vous savez sur la sincérité dans l'histoire.

Donc, dit Renan, ce que veut Jésus c'est : « un culte pur, une religion sans prêtres et sans pratiques extérieures ^ ». Tournez les pages : « Ce qui prouve bien que Jésus ne s'absorba jamais entièrement dans ses idées apocalyptiques, c'est qu'au moment même où il en était le plus préoccupé, il jette avec une rare sûreté de vue les bases d'une Église destinée à durer ^. »

Ne trouvez-vous pas « qu'en termes exquis ces

1, Vie de Jésus^ p. 85, 290.

choses-là sont dites »? La sûreté de vue d'un (( jeune charpentier » qui prend un groupe de pêcheurs et de paysans pour en faire les monarques éternels de la conscience civilisée, nous semble, à nous aussi, phitôt « rare ». La rareté de cette sûreté de vue nous affecte à tel point que nous nous déclarons incapables d'en découvrir un second exemple dans les fastes de Thistoirc.

Mais passons.

Il s'agit de Pilate que Fauteur nous présente d'après son ami Flavius Josèphe.

« Pilate, dit-il, avait eu avec ses administrés des difficultés qu'il avait tranchées d'une manière très brutale. Il se vit engagé dans des répressions très sanglantes qui, plus tard, finirent par amener sa destitution ^ »

Mais il en est de Pilate comme de la Galilée tout à la fois idyllique et sanglante. « Tous les actes de Pilate, qui nous sont connus, se hàtc d'ajouter Fhircocerf, nous le montrent comme un bon administrateur. »

Et voilà comme quoi la bonne administration consiste à avoir des difficultés avec ses administrés, à les trancher d'une manière très brutale et par des répressions sanglantes, et finalement à

t. Vie de JésuSf pp. 401, 402.

manœuvrer de telle sorte que l'on y gagne... sa destitution...

Quel dommage que Renan ait échoué, lorsqu'il se présenta devant les électeurs. Avec de telles idées politiques, il fut sûrement parvenu aux plus hautes fonctions. Et quelles admirations n'eût pas suscitées à travers le pays son administration sage « à l'instar » de Pilate!...

A propos du motif de la condamnation de Jésus, il serait bien désirable pour la thèse renanienne d'établir que le Christ n'est pas mort, suivant sa parole, « pour rendre témoignage à la vérité », c'est-à-dire pour affirmer son titre de Fils de Dieu. Aussi notre critique va-t-il essayer d'attribuer le jugement à des considérants politiques et non religieux.

(( C'était, dit-il, le roi des Juifs, non le dogmatiste hétérodoxe qu'on punissait » ; mais il oubliait à quatre pages de distance qu'il avait écrit ceci : « Les Juifs le dirent avec une franchise simple et vraie : « Nous avons une loi et « selon cette loi, il doit mourir... » Cette mort fut donc légale, car Jésus, sans nul doute, attaquait le culte établi et cherchait à le détruire ^. »

Enfin, pour achever, cette dernière contradiction qui cherche à effacer le verdict de la nature

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