‹ La contrefaçon du ChristChapitre 145 sur 150 · Vie de Jésus, p · texte numérisé non relu

Vie de Jésus, p

tant quelques points que nous ne pouvons laisser passer sans réponse.

En prétendant que les miracles étaient, à l'époque de Jésus, une nécessité de temps et de milieu, l'auteur a pour but caché de faire croire que les œuvres merveilleuses du Christ se sont exécutées au milieu d'une multitude superstitieuse, livrée à toutes les supercheries des charlatans comme à toutes les illusions de la stupidité. Rien n'est moins historique.

Les maîtres de la loi, les pharisiens ergoteurs. les scribes astucieux possédaient, tout en croyant au diable, un sens critique aussi développé que celui de Renan. Us avaient la persuasion aussi difficile, les exigences aussi considérables, et j'ajouterai la mauvaise foi et la rancune aussi développées. Ils ne se contentent pas des miracles faits spontanément : ils en réclament selon leur mode et avec les conditions qu'ils spécifient. Ils n'acceptent pas le fait brutal, mais ils assemblent un jury pour l'examiner. Ils ne se rendent pas à l'évidence, mais leur haine s'en accroît, et après la guérison du sourd-muet, comme après celle de Faveugle-né, comme après la résurrection de Lazare, nous saisissons dans les spectateurs du miracle des dispositions hostiles qui ne le cèdent en rien à celles des rationalistes de notre temps.

Qu'est-ce que cela prouve? Le contraire de ce qu affirme Renan, que « les miracles passaient à cette époque pour la marque indispensable du divin et pour le signe des vocations prophétiques ». Cette époque était celle du triomphe du philosophisme et de la Libre Pensée. Toutes les superstitions païennes étaient battues en brèche par la plume des moralistes comme par celle des poètes. Tandis que Lucrèce niait Dieu et déifiait la nature, comme le font de nos jours les adorateurs de la science, Ovide ridiculisait les divinités de l'Olympe dans ses Métamoi^phoses, Épicure avait gagné à sa doctrine matérialiste, en plein cœur du Judaïsme, une multitude de prosélytes , que nous voyons s'agiter autour du Christ et des Apôtres dans la personne des Sadducéens. Nous entendons leurs objections sur l'existence de l'âme et l'immortalité, et les réponses de Jésus n'obtiennent de leur épais scepticisme qu'un rire insolent et des plaisanteries. Le stoïcisme qui prêchait la morale sans sanctions religieuses, absolument comme nos rationalistes actuels, avait de fervents partisans parmi les habitants de la Judée conquise par les idées romaines autant que par sa puissance politique.

Tous ces éléments d'opposition enveloppaient Jésus en même temps que les entêtements théo-

cratiques des pharisiens demeurés fidèles à la loi. De part et d'autre le miracle rencontrait une véritable résistance.

Si le peuple réclamait de Jésus des cures merveilleuses, ce n'est donc pas qu'il y fût porté par un tempérament illusioniste — où Renan a-t-il pris que le peuple Juif soit idéaliste et sujet àTillusion? — mais bien parce qu'il constatait que le pouvoir du miracle était inhérent à l'activité de Jésus. Sa foi était le produit, non de son imagination tendue vers le prodige, mais de l'impression du prodige lui-même. Ainsi donc, ici comme en mille endroits de son œuvre, notre critique s'est plu à nous donner la cause pour l'efTet et l'effet pour la cause.

Il est si vrai que seule la réalité des miracles opérés par Jésus a pu déterminer dans Topinion de son temps la croyance à ces faits extraordinaires, qu'ils ne sont attribués qu'à lui.

S'ils avaient été « la marque indispensable de la vocation prophétique », il est un personnage contemporain de Jésus qui n'eût pas manqué de la porter. Il s'agit de Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste est le prophète par excellence, le plus grand des prophètes, a dit le Christ. L'impression qu'il produisit parmi ses compatriotes est indéfinissable. C'est lui que la multitude voulait reconnaître comme Messie, et vous

VOUS souvenez de cette sublime protestation du Baptiste : « Je ne suis pas l'Époux, je ne suis pas l'Envoyé... Je suis la voix de celui qui parle! Je ne suis pas digne de dénouer les cordons de sa chaussure. »

C'est lui qui groupait les plus enthousiastes tenants des traditions nationales. Ses disciples se multiplièrent de toutes parts. Au temps de la prédication de saint Paul, ils formaient un noyau compact, en Asie Mineure i. A l'heure qu'il est, ils existent encore à l'état de secte autochtone et opposée au christianisme, en plusieurs lieux de l'Orient.

Or, il y a une chose frappante. Jamais Jean- Baptiste qui réclamait la mission prophétique ne s'est attribué la puissance des miracles. Jésus au contraire se l'attribue constamment. Pourquoi l'un se fût-il trouvé contraint à le faire, et non l'autre?

Aucun des Évangélistes qui rapportent les faits du ministère de Jean-Baptiste et les louanges qu'il reçut des lèvres du Christ, ne fait allusion à un seul miracle opéré par le précurseur; tous au contraire tissent leur Évangile des miracles de Jésus. En aucune occasion le peuple qui reconnaît la sublimité de l'œuvre et de la vie de Jean, ne

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