‹ La contrefaçon du ChristChapitre 149 sur 150 · Flos omnium naturarum. Origène · texte numérisé non relu

Flos omnium naturarum. Origène

sur la rétine d'un aveugle, produit sur le corps humain des effets à distance, et qui, mieux connu bientôt, sera peut-être Télément le plus actif de la santé physique, cette énergie vous allez la refuser à ce Radium divin, à ce Radium vivant qui ouvrait les yeux des aveugles, redressait les paralytiques, guérissait les morts, en disant : (( Je suis la Lumière, je suis la Vie ^ ! »

Et cette puissance de pénétration à travers le chêne et le plomb que vous reconnaissez dans un grain de matière inexpliquée, vous oseriez la refuser au corps de l'Être parfait qui traversait glorieusement les portes fermées et saluait les disciples en disant : « Ne craignez pas! C'est moi! » expliquant ainsi l'origine céleste de son miraculeux pouvoir que rien de terrestre n'empêchait de se manifester!

Certes, c'est là le mystère et le miracle dans

1. La comparaison entre le Radium et le Christ n'est-elle pas tout enUère dans cette strophe de la séquence de Noël qui se chante, suivant le rit de Tordre de saint Dominique :

Sicut sidus Radium

Profert Yirgo Filium

Pari forma.

Neque Sidus Radio Neque mater Filio Fit corrupta.

(( Comme un astre émet son rayon, ainsi la Vierge produit son Fils, de même nature qu'elle.

« Ni Fastre par son rayon, ni la mère par son fils ne sont blessés ! »

foute sa gravité. Une seule posture est digne de l'esprit loyal en présence de semblables phénomènes qui le dépassent : l'humilité.

La nature est pleine de miracles autant que la religion. Seule l'accoutumance des premiers nous les rend acceptables, tandis que l'existence exceptionnelle des seconds leur garde le cachet d'admirable qui les rend insupportables aux yeux de l'orgueil. Le premier homme qui vit sortir d'une motte de terre une plante verte, une fleur, une tige de blé dont il fît du pain, une grappe de raisin dont il fit du vin, se trouva en face du surnaturel et du miracle. Il ne fut pas moins étonné que les invités de Cana et que les foules du désert qui virent, sous la parole du Christ, le vin et le pain se multiplier. De fait, des forces de la nature qui travaillent dans les sillons, ou de l'énergie vitale qui agissait par la parole de Jésus, laquelle est la plus admirable?

Le premier homme qui vit venir à la lumière un petit enfant semblable à lui, ne fut pas moins étonné que les hôtes de Béthanie qui virent sortir du tombeau Lazare mort depuis quatre jours. De fait, des forces de la nature qui insinuent la vie dans un germe inerte ou de l'énergie vitale qui, par l'appel de Jésus, la restituait au cadavre de son ami, laquelle est la plus admirable?

Nous passons indifférents devant les miracles

incessants de la nature ; nous nous cabrons à Tapparition des miracles de Tordre religieux. Prenons conscience de la réalité supérieure qui agit ici et là avec une même aisance. L'instrument change, l'artiste est le même. Mais quand Fartiste descend des hauteurs des cieux et vient travailler lui-même, selon la parole du Christ « tant que mon Père travaille, moi aussi je dois faire les œuvres qu'il fait », il se passe de Tintermédiaire des forces et des lois de la nature; il sort de lui-même les activités qu'il a confiées aux saisons, aux espaces, aux éléments, et faisant en un instant et sans labeur ce que le ciel et la terre n'exécutent qu'avec le temps et l'efïbrt, il donne le miracle comme la preuve suprême de ce qu'il est : le Maître de toutes choses.

Voilà notre foi, à nous chrétiens. Il me semble qu'elle vaut, raisonnablement parlant, l'incroyance de la Critique.

Nous croyons aux miracles de Jésus, comme à des moyens proportionnés à l'action qu'il a exercée, pour n'être pas contraints d'admettre l'existence d'une grande chose, sans lui pouvoir assigner de « grandes causes ».

En fait, le miracle de l'Évangile n'est pas tel ou tel fait matériel inexplicable par les arguments scientifiques. C'est la Personne même dui Christ. Elle est le miracle central de riiumanité.

Renan l'avoue en mille endroits de son mauvais livre. Tout de Jésus dépasse les cimes de sa race : la pensée, la volonté, les sentiments, la vertu, l'œuvre accomplie. Ses prodiges ne sont que des œuvres proportionnées à son être et du même ordre. Aussi voyons-nous qu'ils sont comme le rayonnement naturel de sa Personne, sa respiration, son geste normal. Le seul miracle absolument inexplicable qui pourrait prendre place dans la vie du Christ, serait l'absence d'œuvres miraculeuses. Il y aurait alors une opposition radicale entre l'Être divin et l'acte purement humain, entre la sublimité de la Personne et la vulgarité des œuvres, quelque chose de comparable au soleil qui ne verserait sur le monde que des ténèbres.

Il nous faut achever. Certes, nous n'avons fait qu'effleurer un sujet qui eût réclamé, pour être traité mieux que superficiellement, et un autre talent et de plus longs travaux. Mais par le peu que nous avons vu, par les contradictions que nous avons surprises, par les impuissances critiques que nous avons constatées, nous pouvons conclure avec droit, en l'appliquant à Renan, ce qu'un écrivain de haute valeur disait de Strauss :

(( Il nous semljle qu'un pareil système renferme encore plus de contradictions qu'il n'en compte dans les récits évangéliques, et que ce grand ennemi du surnaturel exige de notre part, pour accepter ses théories, une foi plus robuste que celle qui est réclamée pour admettre les plus étonnants prodiges ^ »

Ces quelques rapides études n auront pas été, malgré leur imperfection, tout à fait inutiles. Elles auront, je Fespère, affermi dans nos consciences éclairées le respect des documents divins.

Chaque évangéliste est tout à la fois un chanteur admirable, et un instrumentiste qui fait entendre à la terre des sons d'une douceur et d'une puissance infinies. Qui consentirait à remplacer la mélodie d'en haut, la « chanson qui berce toute misère humaine » parla rhapsodie discordante delà critique impie et mensongère?...

La mythologie raconte que par une belle soirée d'étoiles, sous le ciel d'Italie, Eunome chantait. La lyre dont il accompagnait sa voix avait des sons harmonieux pour célébrer la mort de Python, la victime d'Apollon. Soudain une cigale sauta sur l'une des cordes de son instrument et la brisa. Et la cigale suppléant à la corde

1. M. de Pressensé, Histoire des trois premiers siècles de VÉglise chrétienne, V siècle, p. 322.

brisée se mit à chanter, si doucement, ajoute la fable, qu'elle valut à Ëunome le prix de la musique 1 .

Eunome chante, chante toujours sous les cieux dorés et sous les cieux noirs; je veux dire le Verbe de Dieu. Il s'accompagne de la lyre Évangélique. La critique, cigale intempérante et criarde, en se posant sur la corde sacrée a cru la rendre silencieuse en la brisant.

Mais la lyre vibre toujours.

Que les ménestrels et les cigaliers de la terre natale de Tartarin décernent à Tinsecte chanteur le premier prix de style musical. Nous, nous préférons au bruit de la cigale le chant des anges. Et si notre amour de la Beauté Idéale qui se manifeste dans la Personne de Jésus-Christ, telle que nous Font peinte les quatre Évangélistes , avait besoin d'être réchaufle, il suffirait pour cela du spectacle des impuissances d'un homme de génie se voulant sacrer cinquième Évangéliste, et ne réussissant qu'à créer un monstre de laideur morale, dans son odieuse et ridicule « Contrefaçon du Christ » .

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