‹ La contrefaçon du ChristChapitre 148 sur 150 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

4. Toutefois, là comme partout, le critique ne perd pas l'occasion de se contredire : « Le merveilleux n'était pas pour lui Fexceptionnel ; c'était l'état normal. » P. 41. « ...Ces actes ont tenu une grande place dans la vie de Jésus. Les plus belles choses du monde se sont faites à l'état de fièvre; toute création éminenle entraîne une rupture d'équilibre, un état violent pour l'être qui la tire de lui... » P. 453. D'où nous voyons que « l'état normal» équivaut « à l'état de fièvre », à « la rupture d'équilibre », à « un état violent ». « O mon père et ma mère! que je vous en veux, de m'avoir laissé ignorer tant de belles choses. » 0 Molière, que n'es-tu en vie!

exprime ainsi : « Le merveilleux n'était pas pour Jésus Texceptiomiel : c'était l'état normal. »

Oui certes, l'état normal, non seulement de son âme plongée dans l'atmosphère des vérités et des amours divines, mais l'état normal de son être physique qui dégageait le miracle comme ce que j'oserais appeler une naturelle transsudation.

Et si vous me le permettez, pour clore cette conférence, je hasarderai une explication que je me déclare prêt à abandonner, non lorsqu'un homme de science prétendra le contraire, car autant j'admire le savant dans la mise en œuvre qu'il fait des forces naturelles, autant je lui dénie toute autorité dans l'interprétation qu'il tente de ces forces; mais au cas où l'autorité théologique légitime jugerait mon opinion erronée ou offensive de la doctrine religieuse dont TÉglise a le contrôle et la sauvegarde.

Or, Messieurs, j'estime ceci. Il n'y a dans la nature qu'une seule puissance active que j'appellerai, faute de pouvoir créer un mot adéquat, l'énergie vitale. Chaque fraction d'être en a reçu une parcelle ; il n'est pas une créature de l'ordre le plus inférieur qui n'en soit à un degré quelconque dépositaire. Cette participation créée de la vie incréée qui est en Dieu, travaille, fermente, évolue dans les milliards de réceptacles où elle est éparpillée. Diversifiée à l'infini, elle s'appelle ici lumière, là

mouvement, ailleurs électricité; en bas instinct, plus haut sensation, au sommet enfin raison et liberté; mais partout c'est l'énergie qui vient de la vie et qui va à la vie. A travers tous ces êtres passe I un inapaisable courant qui les relie les uns aux autres : affinités moléculaires, attractions physiques, sympathies morales, que sais-je; courant qui n'est pas autre chose que l'effort de cette énergie pour se dégager des myriades de cangaes nobles ou infimes qui l'enferment, et refaire son unité. Si un agent plus pénétrant que ne l'est l'esprit humain et servi par des instruments supérieurs, pouvait dans un creuset géant précipiter des masses considérables de matière, réduire à leurs éléments premiers une énorme quantité d'êtres qui occupent l'espace, soyez assurés que dans la quintessence qui demeurerait au fond du creuset, il y aurait une telle accumulation d'énergie vitale que notre imagination est incapable de se la représenter. Dépouillée de ses empêchements matériels, concentrée en un point, ramassée en un minimum de surface, cette puissance active contiendrait en elle tous les attributs qu'elle ne révèle qu'à l'état divisé dans les êtres multiples où elle était auparavant dispersée.

Or, s'il est vrai que le corps de l'homme soit un résumé de la matière universelle, et que pour le composer, la Nature ait condensé tout ce

qu'elle a réparti de pur et de puissant dans les divers étages du monde minéral, végétal et animal, il faut conclure que nous devons porter en notre chair même cette mystérieuse puissance dont je parle. Et je n'entends pas faire allusion à rinfluence de Tâme à travers les parois des sens. Non, je ne parle que du corps humain. Je dis que Dieu a déposé en lui un degré plus intense d'énergie vitale, parce qu'il est le perfectionnement et un commencement de condensation de toutes les matières inférieures. La science s'arrête troublée devant certains phénomènes de magnétisme, d'irradiation, d'hypnotisme dont elle hésite à reconnaître la source dans nos organes physiques. Le fait est que nous portons dans chacun des atomes de notre être physique, des ressources dont nous ne nous rendons pas compte ou dont notre volonté ne peut user, parce que notre volonté est amoindrie, anémiée et frappée d'impuissance par le Seigneur de la nature. Car il plaît au maître de toutes choses de ne point nous laisser le libre usage de cette formidable réserve de forces, tant que notre méchanceté en pourrait user pour troubler l'harmonie des êtres et empêcher l'œuvre de bonté de s'accomplir dans la création.

Mais survienne un saint, c'est-à-dire un homme qui établit sa volonté en conformité avec la vo-

lonté divine, un homme dont toutes les puissances sont tendues vers la réalisation du plan de Dieu dans la nature et dans rhumanité, un homme qui ne recherche dans l'emploi de ses facultés ni le plaisir, ni l'orgueil, ni la satisfaction de ses intérêts propres, mais toujours et en tout, le bien général, alors Dieu lui livre la pleine possession des énergies diffuses à travers tout son être physique. Au commandement de cette volonté sainte, chaque parcelle de la force vitale se dégage et agit. Parles yeux, par les mains^ par la voix, par Tombre même du corps de cet homme, jaillit la lumière, le fluide vivifiant, la vie même. Autour de lui, les boiteux marchent,, les aveugles voient, les morts ressuscitent.

Et nous crions : Miracle! Miracle! Oui, mais crions surtout : Ignorance! Ignorance! Notre esprit enténébré ne sait pas surprendre la cause cachée de ces prodiges. Seul le Christ connaissait l'origine de ces énergies miraculeuses dont il disposait.

« Quelqu'un m'a touché, disait-il, j'ai senti qu'une force vitale s'est détachée de moi. » Et en effet, la femme malade qui avait baisé sa robe en disant : « Si je puis seulement le toucher, je serai guérie », s'était relevée saine sous l'émanation de cette puissance que dégageait le corps du Christ.

Faire du corps humain la source inépuisable ses miracles, dans la personne de Jésus-Christ, peut paraître à beaucoup une hypothèse chimérique. Je ne prétends pas, cependant, par cette position exclure l'intervention de la nature divine. Le Verbe était l'agent, si vous le voulez, mais il employait les éléments matériels en réserve dans le corps auquel il était uni.

C'est qu'il ne faut pas oublier que l'être physique en Jésus, tout en étant d'une nature identique au nôtre est d'une perfection absolue. Cette opération que je réclamais tout à Tlieure pour élaborer la matière universelle, la triturer, pour ainsi dire, cette opération a été faite en sa faveur. Toutes les scories humaines ont été écartées, toutes les substances matérielles ont été traitées, travaillées, lavées, afin de produire un corps humain qui fût la réalisation intégrale et comme la condensation de la chair en toute sa perfection et enla possession de toute l'énergie vitale. C'est pourquoi Dieu voulut, pour creuset, un vase immaculé et tel que pouvait le présenter au feu d'en haut une Vierge qu'aucune souillure n'avait atteinte, et Lui-même prit dans cette divine alchimie le rôle d'agent qu'en toute génération humaine il délègue à l'homme.

Cela n'est plus une hypothèse, c'est la réalité. Et comme les choses divines ont dans les choses

dlci-bas une sorte de reflet, je veux vous montrer dans une découverte qui date d'hier et qui va rénover la science de demain, la vraisemblance de la théorie que vous venez d'entendre.

Vous avez tous et toutes entendu parler du Radium. Le Radium est un nouveau corps simple qui vient de faire son apparition dans la liste des connaissances... Que dis-je? le Radium est le sphinx qui vient, conduit par deux vaillants explorateurs du mystère, deux savants français qu'il faut saluer respectueusement, M. et M'"'' Curie, mettre en déroute toutes les connaissances scientifiques, renverser nos échafaudages de systèmes physiques et chimiques, et convaincre de sottise la critique qui ose dire : « Il n'y a plus de mystère ! »

Le Radium est précisément cette parcelle demeurée au fond du creuset où se sont réduites et quintessenciées des masses de matière. Pour obtenir un milligramme de cette substance, il faut traiter des millions de kilogrammes de minerai. Mais quelle condensation d'énergie vitale ! Quel dépôt merveilleux laissé dans cette parcelle d'être par la masse formidable que la science a dépouillée de son capital !

Or, il se trouve que cette parcelle possède à un degré inconcevable les forces ensevelies dans des milliers d'êtres et où nul ne les pouvait saisir.

Elle est un foyer de lumière. Ses rayons acquièrent une vitesse de 300.000 kilomètres par seconde. Elle communique sa lumière aux objets qu'elle atteint, les rend lumineux et capables de dégager eux-mêmes des rayons.

Elle est une source d'activité. Elle communique la chaleur et élève de plusieurs degrés la température ambiante. Quelques centigrammes suffiraient à chauffer le plus vaste hôtel. Chose admirable ! Elle dégage des radiations calorifiques sans s'épuiser, sans se consumer aucunement. Indéfiniment la parcelle demeure la même, sans que le débit de chaleur qu'elle produit diminue.

Comme elle communique la chaleur et la lumière, elle communique l'électricité. Enfermée dans un tube de plomb, elle ne cesse d'être puissante ; ses rayons électriques agissent à travers le tissu métallique et font sentir leur influence sur des instruments placés loin de cette prison close où travaille le sphinx terrifiant.

Est-ce tout? Non, cette joarcelle mystérieuse est un réservoir de forces. Ses rayons émettent de véritables projectiles, une véritable pluie d'êtres microscopiques, chargés d'énergie au point que les calculs de la science nous apprennent que « rien que pour un gramme de radium.

l'énergie ainsi rayonnée est de plusieurs milliards de chevaux-vapeur 1 ».

Enfin, non pour achever Ténumération de ces propriétés merveilleuses, mais pour éviter d'être infini, ces rayons porteurs de lumière, de chaleur et de force, ne connaissent pas l'obstacle des corps opaques. Ils traversent toutes les surfaces solides.

Quel éblouissement. Messieurs ! Quelles ténèbres aussi! Sommes-nous en face de l'atome constituant la matière universelle? Sommes-nous en présence de la substance élémentaire qui va demain renouveler le monde? Nous l'ignorons. Mais tout va subir l'influence de cette parcelle où l'énergie vitale s'est condensée : l'industrie, l'art, les sciences exactes, la médecine, l'homme tout entier dans son corps et dans ses moyens d'action.

Et ce que la nature obscure contient, vous allez le refuser à Dieu ! Et ces propriétés d'un résidu de minerai, vous allez les disputer au corps du Christ qu'un illustre docteur appelait avec raison « la fleur de toutes les natures - » !

Et cette énergie d'un milligramme de Radium qui déjà provoque des impressions lumineuses

1. Voir, pour les détails, A. Berger, le Radium et les nouvelles radiations. Libraire Universelle, 33, rue de Provence, Paris.

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