‹ La contrefaçon du ChristChapitre 23 sur 150 · E. Ledrain, l'Eclair, 14 septembre · texte numérisé non relu

E. Ledrain, l'Eclair, 14 septembre

quitter leur costume démodé et s'habiller selon le goût du jour.

Les vêtements sont justement là sous sa main. Il les leur tend. Mais, chose étonnante, aucun de ces persécutés ne veut renoncer à la persécution à ce prix. L'un après l'autre, ils s'esquivent de la maison, Jean donnant le signal du départ.

Et l'auteur demeure si mécontent de n'avoir pu décider les Évangélistes à ce travestissement, qu'il jure de s'en venger sur leurs écrits. N'en soyez pas surpris, conclut Gœthe : Quelques instants avant la subite entrée de ces visiteurs, Bahrdt venait de formuler la loi de la substitution de Técrivain à son héros, en déclarant après avoir traduit à sa manière une page de l'Évangile : « Voilà comment je parlerais si j'étais le Christ. »

Et moi, je dis : Ne soyez pas surpris des outrages que Renan fait subir au texte sacré, par ses doutes sans fondement, par ses conjectures puériles, par ses hypothèses gratuites, par ses négations doublées contradictoirement d'affirmations, tout cela était nécessaire à sa substitution à la personne divine de Jésus, afin de montrer à tous comment il parlerait et agirait s'il était le Christ

Ce Christ contrefait que nous allons voir se levé des pages maculées du saint Évangile, ce Christ tour à tour bucolique, charlatan, faussaire, dé-

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ment, c'est donc Renan lui-même, et vous toucherez du doigt la vengeance de Dieu qui ne permet à un homme de génie de porter la main sur la figure de son Fils, eût-il la prétention de Tembellir, que pour en briser l'harmonie et livrer au mépris public son propre portrait, sous la forme d'une monstrueuse caricature.

Vous comprendrez comment le romancier n'orne son héros de toutes les vertus que pour exciter chez le lecteur une sorte d'autolâtrie : « Ici, dit-il, comme dans toutes les autres créations religieuses, l'admirable, le céleste, le divin, reviennent de droit à l'humanité.

« Il faut sans hésiter adorer le Christ, . . . car l'éternelle beauté vivra à jamais dans ce nom sublime, comme dans tous ceux que l'humanité a choisis pour se rappeler ce qu'elle est, et s'enivrer de sa propre image. Voilà le Dieu vivant, voilà celui qu'il faut adorer ^ . »

Mais en même temps que vous apprécierez la religion nouvelle de ce Narcisse humanitaire, vous pourrez juger de son œuvre, au critérium que l'auteur pose au début, comme un faisceau (le verges dont il veut être lui-même flagellé : « Dans les histoires du genre de celles-ci, le grand signe qu'on tient le vrai, est d'avoir réussi à

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