Vie de Jésus, p
en sa personne cette scène saisissante de Gœthe.
Faust va se livrer à l'empire du roi sombre qu'il a évoqué. Il va remettre sa destinée aux mains de Méphistophélè s. Cependant, il veut une fois encore consulter le Livre sacré. Ses yeux tombent sur la première page de l'Évangile de saint Jean : <( In principio erat Verbum! »
Au commencement était le Verbe!
(( Mais quoi, s'écrie-t-il, m'est-il possible d'accorder tant d'importance au Verbe? Il me faut l'entendre autrement. Je traduis :
« Au commencement était l'Esprit. »
Et pourtant se peut-il qu'il appartienne à l'Esprit de tout créer dans l'Univers et de tout ordonner? Non, non, il doit y avoir :
« Au commencement était la Force ! »
Ce n'est j^as encore cela, ajoute-t-il, mais ma pensée prend forme ; voici ce qu'il doit y avoir :
(( Au commencement était l'Action ! »
N'est-ce pas là toute l'histoire de l'exégèse de Renan? Il ne voit pas ce qui est, il voit ce qui doit y être, et ce qui doit y être, c'est en définitive l'idée que l'auteur se fait de toutes choses.
C'est son idéal à lui substitué en place de l'idéal de Dieu; c'est lui, Renan pensant, parlant, agissant avec sa mentaUté et sa moralité personnelles à la place de Jésus. Un rédacteur de rÉclair, un de ceux qui ont le moins de pen-
chant à ménager l'Évangile, faisait, et très finement, cette remarque, à propos des fêtes bruyantes de Tréguier :
« ... Ce qui gâte un peu les Études Historiques,., c'est qu'elles sont marquées de subjectivisme partout. Dans les origines du Ciiristianisme, M. Renan s'est mis ; il devient l'unique personnage. Son Jésus, n'est-ce pas lui-même? Qu'on relise le livre et qu'on l'examine en détail, on constatera la vérité de ce que j'affirme... etc.^ »
Et puisque tout à l'heure je citais Gœthe, permettez-moi de vous rappeler comment de son sublime et badin génie, il se moquait déjà en son temps de ce subjectivisme qui avait alors pour représentant Frédéric Bahrdt, l'auteur des « plus récentes révélations de Dieu ».
Un jour, dit Gœthe, que Bahrdt était assis à son bureau, voici que quatre voyageurs se présentent subitement à lui.
Ce sont les quatre Évangélistes, persécutés, traqués partout et qui viennent implorer un refuge de sa bonté.
L'auteur les accueille avec joie. Il les présente à la savante société qui se pressait dans sa maison et met pour unique condition à son hospitalité que ces nouveaux venus veuillent bien