Traduction de M. Meignan, Correspondant , 25 octobre
que montrent les pauvretés qu'il débite sur les premiers Évangiles.... Le mérite littéraire n'empêche pas de voir que l'auteur est au-dessous de sa tâche. Il est bien loin de dominer son sujet et d'être maître de la matière ; il offre un livre superficiel à un public qui ne Test pas moins. Le fait ressort également de la manière dont Renan parle de saint Jean. Une naïveté de ce genre ne serait certes pas possible en Allemagne. » Et le loyal continuateur de Baur ferme son étude sur la nouvelle Vie de Jésus par ces rudes lignes : (( Tel est le livre récent qui a été si avidement dévoré par un siècle qui a soif de vérité. C'est un beau livre, mais de la beauté d'un roman ayant l'air de trancher de grandes questions et n'en résolvant aucune.
« On dirait de nouveaux mystères de Paris, inspirés par les idées du jour, écrits, comme tout ce qui s'imprime aujourd'hui au courant de la plume, dans le but d'amuser un public de profanes sur les marches du temple... Le livre de Renan est nul pour le savant qui ne saurait y rien trouver à son usage. Quand on a dit de ce volume : il peut donner l'idée d'écrire mieux qu'on ne l'a fait la Vie de Jésus, on a tout dit, il faut passer à l'ordre du jour. »
Je relisais ces condamnations des docteurs rationalistes d'outre-Rhin, lorsque se représenta à
ma mémoire un passage qui les souligne d'un trait bien remarquable et leur donne une véritable conclusion : « La plus grande marque de Fauthenticité d'un livre est lorsque depuis longtemps on travaille à saper son antiquité pour Tenlever à l'auteur à qui on l'attribue, et qu'on n'a pu trouver pour cela que des raisons si frivoles, que ses ennemis mêmes déclarés daignent à peine s'y arrêtera »
Or, qui parle ainsi, qui condamne ainsi la stratégie frivole de Ptenan et prend la défense de l'authenticité des Livres saints? Les Encyclopédistes.
On ne s'attendait pas sans doute à trouver cette réponse ad hominem sous la plume des adversaires les plus résolus de toute révélation. Mais, suivant la belle parole de saint Hilaire, « il y a une telle puissance dans la Vérité, que lors même qu'elle ne veut se laisser pénétrer, sa lumière éclate dans tout ce qu'on peut lui opposer- ».
Laissons donc Renan exécuter dans le vide le « looping the loop » de ses conjectures. Laissonsle se consoler de l'absence de toute raison scien-
1. Dict. de V Encyclopédie. Art. Certitude, dans Consid. philos,, p. 99.
2. « Magna vis est verilalis, quse cum per se intelligi nonpossit^ per ea tamen quee ei adversantur, elucet. » (Hil. Pict., lib. Vll^
de Trinit.)
tifique par un raffînement d'acrobatie littéraire ; laissons-le, pour se venger d'avoir été contraint de reconnaître Tauthenticité de l'Évangile de saint Jean, traiter le sublime vieillard de Pathmos, de collègue haineux et jaloux, n'écrivant son Évangile que par le désir de faire triompher sa vanité sénile en racontant des choses qu'il savait beaucoup mieux que les autres, en qualité de dernier survivant des témoins oculaires ^ ; laissons-le pour dissimuler sous le fiel, la pureté angélique des discours de Jésus, les attribuer « aux arrière-pensées d'un écrivain sectaire », les traiter de « tirades prétentieuses, lourdes, mal écrites, de gnose obscure et de métaphysique contournée^ ». Laissons-le faire inconsciemment son propre portrait dans cette ébauche qu'il trace de saint Luc : « il émousse les détails pour tâcher d'amener une concordance entre les différents récits; il adoucit les passages qui étaient devenus embarrassants au point de vue d'une idée plus exaltée de la Divinité de Jésus ; on sent l'écrivain qui travaille sur les textes et se permet de fortes violences pour les mettre d'accord... Il interprète les documents selon son sens particulier^... » Ce qui revient bien à appliquer l'in-