‹ La contrefaçon du ChristChapitre 45 sur 150 · Isaïe, LUI, 2 et seq · texte numérisé non relu

Isaïe, LUI, 2 et seq

niers rejetons qui se recueillaient loin du théâtre des révoltes, pour être prêts à recevoir l'Envoyé, « quand les cieux s'abaisseraient pour pleuvoir le Juste », cette absence, dis-je, ne prouve donc nullement leur disparition de la scène du monde.

Permettez-moi une comparaison qui mettra en relief ma pensée.

Supposons que, dans quelques centaines d'années, — vous voyez que je suis accommodant, puisqu'il faudrait réclamer dix-neuf siècles pour que l'intervalle fût égal au temps qui s'est écoulé entre la naissance du Christ et nous, — supposez donc que, dans quelques centaines d'années, un grand empire se soit constitué sur un point quelconque de notre planète. Le monarque qui le gouverne se réclame du sang des vieux rois de France. Il se dit petit-fils authentique de saint Louis et veut prouver qu'à une certaine période de l'histoire, à la fin du xix^ siècle, par exemple, ses ancêtres vivaient, retirés, déchus, attendant le providentiel événement qui devait remettre sur le trône un rejeton de leur race.

Mais voici qu'un critique se lève.

Il secoue la poussière des vieilles chroniques, il examine les grands faits de l'époque ; il analyse les diverses tentatives de restauration qui se sont produites, en cette dernière fin du siècle. « J'aperçois, dit-il, les Asmonéens, j'entends les héros

de la Commune; j'aperçois le général au cheval noir, Boulanger, suivi de ses enthousiastes, — j'aperçois le poète paladin et ses patriotes, Sadokites etBoëthuses modem style. Des révolutions, des soulèvements, des complots; la justice militaire et la haute-cour!

(( Si la famille de saint Louis formait encore un groupe distinct et ayant de la notoriété, s'objecte le Renan des temps futurs, comment se fait-il qu'on ne la voie jamais figurer dans les grandes luttes du temps?

« Il est vrai que Hillel, Gamaliel, je veux dire Orléans et Carlos sont donnés comme étant de la race royale ; mais ce sont là des allégations très douteuses...

(( Donc, la race de saint Louis était, à ce qu'il semble, éteinte depuis longtemps... »

Toute comparaison cloche, mais celle-ci ne cloche pas tellement qu'elle ne puisse nous donner nne idée suffisante de la logique de l'adversaire.

Passons donc. Passons même sur l'imputation audacieuse que l'auteur fait au caractère de Jésus, d'une duplicité qui serait indigne d'un simple honnête homme. Nous n'aurons que trop largement l'occasion de reprendre ce grief dans une prochaine conférence. Disons simplement que l'illogisme de Renan nous donne, comme

d'habitude, des armes pour le combattre. Car si, comme il le concède, cette proposition : « Jésus est fils de David » était la conséquence immédiate de cette autre proposition : « Jésus est le Messie », il est clair que le Christ n'avait pas à se préoccuper d'établir ses titres à la descendance royale. Il lui suffisait de prouver par ses œuvres et sa doctrine qu'il était le Messie promis et attendu, pour que, de là, la nation pût nécessairement conclure à sa fdiation davidique.

Et ce fut l'unique politique de toute sa vie. 11 accepta le titre de fils de David, mais en ayant soin de revendiquer pour lui une origine supérieure à celle de David ^, comme il eut soin de réclamer une existence antérieure à celle d'Abraham ^.

Voyez comme il soulève l'esprit formaliste de ses adversaires jusqu'à une cim.e qui dépasse le trône royal de son ancêtre : « Les Pharisiens étant assemblés, Jésus les interrogea en disant : Que pensez-vous du Christ? De qui est-il Fils?

(( Ils lui répondirent : de David.

(( Et Jésus leur dit : Comment donc David, animé par l'Esprit, Fappelle-t-il Seigneur, lorsqu'il dit : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.

Page 1