Act., I
genèse de Jésus un élément de surnaturel.
Aussi s'ingénie-t-il à faire de Marie une femme vulgaire et du berceau de l'Enfant Dieu, audessus duquel chantent les Anges et s'allument les étoiles, la couche banale où gît la créature qui n'apporte au monde que la double misère combinée dont Font chargée ses auteurs.
Pour cela, il lui faut mentir aux textes et à l'histoire et se donner comme un initiateur osé dans les terres vierges de la critique, alors qu'il n'est qu'un tardif plagiaire des hérésiarques dont les docteurs lointains n'ont laissé que de lamentables débris.
Il est même assez curieux que dans le portrait que nous trace de l'un de ces hérétiques du m'' siècle le savant Père Petau, on soit comme contraint de reconnaître le génie de M. Renan. Il s'agit d'Apollinaire, chef des négateurs de la virginité perpétuelle de Marie que saint Épiphane appelle du nom compliqué de « Antidicomarianites ». C'était un homme, dit Petau, qui légitime toutes les sottises qu'on peut lui prêter : « ut erat intemperantis et profusi stili ». Car il était d'une telle intempérance de style qu'il aimait à s'enivrer de ses propres théories : « et in opinando mutabilis ac prœceps », et si changeant dans ses hypothèses qu'il donnait, tête baissée, contre l'angle de toutes les contradic-
tions ^ N'est-ce pas que réminent Jésuite semble avoir tracé, d'un coup de plume saisissant, deux siècles d'avance, la silhouette de notre néo- Apollinaire?
Pour ne citer que les principaux de ces ancêtres de Renan, rappelons que Gennadius, évêque de Marseille, nous entretient d'un certain Helvidius qu'il appelle « scriptor inpiinis et putidiis^ », un écrivain impur et infect.
Bientôt après apparut Jovinianus, issu de l'hérésie d'Helvidius, comme la larve de la fange, et qui trouvant devant lui la terrible massue de saint Jérôme, s'effondra en une misérable débâcle sans dignité. Il avait commencé par porter la robe dans un monastère de Milan, il finit par chanter les plaisirs de la vie libre et mérita, de son puissant adversaire, le surnom d'Épicure chrétien 3. Ainsi du iv^ au xix^ siècle, vont, parles mêmes chemins, du sanctuaire aux parfums d'encens jusqu'aux malodorantes retraites de l'abbesse de Jouarre et du prêtre de Némi, les renégats qui ne peuvent trahir le fils sans insulter la mère.
Le pauvre homme ne finit cependant pas sa vie aussi confortablement que son successeur