Vie de Jésus, p
(( Étrangère à la théorie des récompenses individuelles que la Grèce a répandue sous le nom d'immortalité de l'âme, la Judée avait concentré sur son avenir national toute sa puissance d'amour et de désir. Elle crut avoir les promesses divines d'un avenir sans bornes. . . , on rêva la restauration de la maison de David, le triomphe de la théocratie et du culte de Jéhovah sur les cultes idolâtres...
« Israël invoqua le Messie comme Juge et Vengeur des peuples... Si Israël avait eu la doctrine dite spiritualiste (quel mépris ne trahit pas un pareil style!), qui coupe l'homme en deux parts, le corps et l'âme, et trouve tout naturel que, pendant que le corps pourrit, l'âme survive, cet accès de rage et d'énergique protestation n'aurait pas eu sa raison d'être... Mais les anciens écrits hébreux ne renferment aucune trace de rémunération ou de peines futures K Finalement (qui se serait attendu à voir paraître l'empereur Alexandre dans la genèse d'un dogme!) avec les complications que le monde avait prises depuis Alexandre, la masse de la nation ne pouvait se contenter de cela... Les uns crurent à une survivance dans la mémoire de Dieu et des hommes, les autres
eurent recours au dogme cle la résurrection i. » D'ailleurs, « Tabsence totale de rigueur dogmatique faisait que des notions fort contradictoires pouvaient être admises à la fois sur un point aussi capital. Tantôt le Juste devait attendre la résurrection ; tantôt il était reçu dès le moment de sa mort dans le sein d'Abraham. Tantôt la résurrection était générale, tantôt réservée aux seuls fidèles- ».
Tout cela est bien remarquable, mais ce qui Test davantage, c'est l'influence qu'en ressentit le Christ. En effet, « Jésus, dès qu'il eut une pensée, entra dans la brûlante atmosphère que créaient en Palestine les idées que nous venons d'exposer ^ ».
Vous allez peut-être objecter : « Mais vous nous avez dit que Jésus n'avait subi le joug
1. Ici l'auteur affirme que la résurrection est une idée totalement différente de rimmortalité de l'âme. Il est très facile de se représenter un corps ressuscité sans son âme, un corps revenu, dit l'auteur, « pour un monde dont ils seront rois et juges; ils assisteront au triomphe de leurs idées et à l'humiliation de leurs ennemis ». P, 54. L'auteur affirme en plus que la «résurrection sortait très naturellement des doctrines antérieures et de la situation du peuple... » Et cette conclusion sort surtout très naturellement du charabia historique qui précède.