Luc, II
substance même des connaissances du Maître^. L'opinion contraire a prévalu. Le progrès intellectuel fut réel dans l'intelligence de Jésus. Ayant pris la nature humaine complète, il se soumit à tous les modes de son évolution. Comme tout fils de l'homme , il voulut devoir à l'effort de son esprit, à ses recherches, à l'expérimentation des objets créés, les notions sans l'acquisition desquelles la faculté la plus noble de la nature eût été chez lui sans raison d'être. Mais s'il acquit par le travail personnel, il ne dut rien au magistère d'autrui. Des deux modes de connaissance, il choisit le plus noble : l'expérience, et ne se soumit pas à l'enseignement. .
Saint Thomas d'Aquin reconnaît lui-même, après avoir tout d'abord penché pour le sentiment contraire -, qu'à cause de l'intégrité des facultés dans la nature humaine de Jésus, il faut y reconnaître toute une série progressive de connaissances expérimentales.
Là où le Sauveur ne faisait pas intervenir les
1. Saint Athanase, Orat. IX, contra Arianos. — Grégoire de Nazianze, Epist, i* ad Cledonium. — Cyrille d'Alexandrie, S^ contra Nestorium, — Jérôme, Comm. in Hieremiam. — Theodoret, Jean Damascenis, etc. — Cf. Petau , de Incarn., lib. XI, cap. II.
2. Saint Tbomas, p. ni% q. IX et q. XII... « et ideo, quamvis aliter alibi scripserim (3 Sentent., q. JII, art. m, q. V), diccndum est in Christo fuisse scientiam acquisitam..., quam quidam experimentalem nominant... »
agents naturels pour enrichir son esprit de quelque notion nouvelle, son âme pouvait laisser rejaillir sur l'intellect quelque reflet de la science universelle qu'elle tenait de son union hypostatique avec le Verbe ^ Et ainsi, la mentalité de Jésus, comme un fleuve qui reçoit à la fois le torrent splendide qui se précipite des hauteurs et les mille rivulets qui accourent de la plaine et des forêts, thésaurisait les opulences infuses de la science éternelle et les connaissances fragmentaires de la science acquise. Renan peut donc dire avec justesse que Jésus ne se réclama d'aucun de ces titres qui donnent aux yeux du vulgaire les droits du savoir. Le Maître tire ses titres de plus haut.
Lorsque les Juifs s'étonnaient de son savoir sans origines connues, il répondait : « Ma doctrine n'est pas de moi, mais de Celui qui m'a envoyé. » Telle est la source authentique du savoir du Christ.
Toutefois, il n'est pas nécessaire d'y recourir, pour répondre à cette étrange affirmation que Jésus n'était au courant d'aucun élément de la langue ou de la culture grecque. « Je donnerais un an de ma vie, s'écriait un jour, dans son enthousiasme pour la langue des Hellènes, Gladstone, le grand homme d'État, à qui pourrait me prouver