Luc, XXII
ajoutons la corde de rindignation qui siffle et flagelle pour la Justice. Laissons muettes les cordes de la harpe qui voudraient chanter la science divine de Celui qui lisait dans les cœurs comme dans l'avenir, et baissons-nous pour ramasser une poignée de ces cordes grossières dont se servit le Maître lui-même pour châtier les profanateurs du Temple.
M. Renan a menti, et impudemment menti, quand il a profané « Celui qui est plus que le Temple », en essayant de faire des textes sacrés les complices de la vile caricature qu'il nous trace de Jésus-Christ.
Il a menti, quand il fait du Sauveur des hommes, le produit spontané de son pays, comme si son pays ne l'avait repoussé et condamné, parce que tout de Jésus dépassait les cimes les plus hautes du génie, de la moralité et de l'idéal de sa race, comme le mont Hermon, couronné de neiges étincelantes, dépasse la cave profonde de la mer Morte où s'est ensevelie Gomorrhe.
Il a menti, quand il a fait de la morale évangélique l'émanation de la Galilée idyllique et charmante, quand il savait que les Galiléens répondirent à la prédication de leur compatriote, en essayant de le mettre à mort, quand il savait que la pastorale du paranymphe avait pour couplets :
« Bienheureux ceux qui pleurent!
Bienheureux ceux qui souflFrent persécution !
Si ton œil te scandalise, arrache-le!
Si ta main te scandalise, coupe-la!
Renonce-toi, prend ta croix et suis-moi!
On te persécutera, on te mettra à mort à cause de moi! »
et qu'enfin « ces aimables plaisanteries du charmant rabbi, si bien accommodées à l'imagination riante des Galiléeiis », s'achevèrent par ces paroles qui durent être particulièrement agréables à « la bande de joyeux enfants » qu'étaient les habitants du paj^s : « Malheur à toi, Ghorazin! malheur à toi, Bethsaïde! car si Tyr et Sidon eussent vu les miracles dont vous avez été témoins, il y a longtemps qu'elles feraient pénitence! Et toi, Capharnaûm, qui crois t'élever jusqu'au Ciel, tu seras abaissée jusqu'aux enfers, car si les miracles qui ont été faits en ton sein eussent été faits à Sodome, Sodome existerait encore aujourd'hui' ! »
Il a menti quand il a fait de la religion, fondée par le Christ, je ne sais quel vague sentimentalisme prêché par un Vicaire Savoyard de second ordre ; de la charité divine qui vêt d'une même pourpre sanglante l'Époux en croix et l'Église militante, une espèce de mièvrerie amoureuse