M. DCCC. XXII
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Ui^E société de personnes spirituelles et polies , réunies pour s'entretenir ensemble et s'instruire , dans une conversation agréable , par la communication mutuelle de leurs idées et de leurs sentiments , m'a toujours paru la plus heureuse représentation de l'espèce humaine et de la perfection sociale. Là , chacun apporte son désir et ses moyens de plaire , sa sensibilité , son imagination , son expérience , le tout embelli par la politesse et contenu par la décence ; là , se montre ,un instinct miituel d'afTections bienveillantes , un doux sentiment de confiance , inspiré par le caractère et fortifié par l'habitude ; là , sans règlement , sans contrainte ^ s'exerce une douce police , fondée sur le respect qu'inspirent les uns aux autres les (hommes réunis, sur le besoin qu'ils ont d'être bien ensemble , et sur une sorte de pudeur qui , devant un grand nombre d'audi-
leurs et de témoins , repousse tout ce qu^il y a d'offensant ^ de maladroit et d'injuste ; là , un mot , un coup-d'œil , fait sortir un aveu , prévient une inconvenance , commande un^ égard , réveille l'attention , réprime la pétulance ; là , l'esprit exercé par l'observation et par l'expérience , lit dans les yeux , sur le visage , dans le maintien de x^hacun , ce que son aniour-propre craint ou désire d'entendre , et , assurant à la société l'équilibre des prétentions opposées et des vanités rivales, forme de tout ce qui pourrait d^énérer en luttes et en combats , l'accord le plus harmonieux ^ rend agréables les uns aux autres les hommes réunis , leur inspire le désir de se revoir , et sème la veille les jouissances du lendemain.
Quand je me suis décidé à composer un* poème sur l'art de converser, il m'a fallu choisir entre ^eux moyens différents , celui des préceptes qui conduisent à l'art de plaire , et celui des portraits qui, en peignant les ridicules et les travers incommodes à la société , avertissent les interlocuteurs de les éviter. Lorsque , dans une ville de l'antiquité ,
on voulut tlétourner la jeunesse de l'ivrognerie, on fit jeter dans la place puhlique un esclave ivre , qui , se montrant dans toute la difformité de son vice , contribua beaucoup à en dégoûter les spectateurs. Un trait historique moins connu et non moins digne de Fétre , nous apprend qu'un souverain , ami passionné de la peintuiie , érigea , pour Finstruction des jeunes peintres , un monument où se trouvaient placées , d'un côté les productions estimables , de l'autre les compositions défectueuses des peintres connus à cette époque. Là , les artistes trouvaient dans la même galerie les défauts qu'il fallait éviter , et les beautés qu'il fallait atteindre. *
La morale et les arts étant le choix de ce qui est beau et bon , et la préférence donnée par le talent et la ver lu à tout ce qui est digne d'admiration et d'estime , j'ai cru que la .peinture fidèle des quaUtés et des caractères qu^ la société craint ou chérit le plus , pouvait donner à mon ouvrage tout l'intérêt et toute l'utilité donf le sujet est susceptible , et que , dans les portraits que j^ai tracés , le double
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exemple dir bien et du mal pouvait tenir lieu de préceptes et de leçons. Renonçant donc à la forme didactique , toujours un peu froide et un peu monotone , j'ai fait passer sous les yeux du lecteur les travers de Tesprit et du caractère les plus remarquables ^et qui nuisent le plus à Fagréraent de la société.
Les torts de l'esprit sont Fobjft 'du premier chant ; ceux du caractère composent le second ; dans le troisième , je leur ai opposé la peinture de l'homme aimable , dont on chérit également le bon goût et la moralité.
Les personnages une fois choisis, il ne suffisait pas de les faire voir , j'ai dû les faire entendre , et rapprocher de la comédie ce genre qui lui est inférieur sous tant d'autres rapports.
Chaque portrait bien tracé est une scène comique , àrwis conuxdia. Chacun doit donner lui-même la clef de son caractère , et se rendre ridicule par ses propres discours. .
Laurent , serrez ma haire avec ma discipline , £t priez que toujours le ciel tous illumine.
Si Ton vient pour me Toir , je vais aux prisonniers Des aumônes que j^ai partager les deniers.
Voilà les premiers vers que prononce le Tartuffe f et rien de ce que l'on dit de lui dans le reste de la comédie , ne le peint d'une manière plus comique et plus piquante. Le premier soin que doit s'imposer un peintre de portraits, c'est de bien connaître et de ^ien tracer les traits principaux de chaque caractère. Qu'on me permette de prendre dans mon ouvrage un exemple de ce genre de mérite. Le babillard veut garder pour lui le plus de temps possible , et en laisser le moins aux autres; il a pris en haine l'écriture et l'impression » parce qu'elles u^ent d'avance ce qu'il se promet de dire et de conter. Le poète pouvait nous l'apprendre ; mais il vaut mieux que le babillard nous l'apprenne lui-même ; c'est ce qu'il fait dans les vers suivants :
Je vois des voyageurs , de leur itinéraire , Qui pouvait enrichir la conversation ,
A leur retour a {Tabler un -libraire , Et d'un manuscrit téméraire
Avant ^e temps risquer Timpression.
lO PREFACE.
Misérable paru dont il faut se défendre !
Celui qui vous a lu ne veut plus vous entendre j Et y pour entretenir la curiosité , D faut un peu de nouveauté.
Je réprouvai cent fois ; aussi les gens qae j^aime De mes récits ont toujours la primeur \ Je ne fais point dire par Tiiftprimeur Ce que je puis dire moi-même.
Aux mêmes lieux réunis une fois , Nous pourrons converser enfin de vive voix.
Dans Tabsence on a beau sMcrire , Le papier transmet.tout , mais il n^explique rien :
C^est en parlant qu^on s^entend bien ; £t combien nous avons de choses à nous dire !
Pour donner plus d'effet à ces caractères , peut-être faudrait-il placer à câté l'un de l'autre deux personaages dominés p.ar la même passion ; mais alors il faut que l'un des deux porte plus loin que l'autre le vice ou le travers qui leur est commun. Là , se trouve le mérite de la difficulé vaincue. C'est ce que )'ai essayé de faire dans la peinture de l'avare.
£n sortant il rencontre un rival d^avarice :
Deux Harpagons ensemble : quel bonheur !
Oh ! que Molière en eût ri de bon cœur !
L« premier, saisissant Pbccasion propice ^
PRÉFACE. lï
Dit au second : « Monsieur , mille pardons , » Je vous ai , Tan dernier , fait passer de mes vignes » Quelques vins , qui de vous n'étaient pas b-op indignes ;
» Si vous pouvez renvoyer les poinçons , » Et les flacons vidés , et même les bouchons ,
w Je vous saurai gi'é du message. ,'
» C^est vous faire descendre à de bien petits soins ; . » Mais vous vous-occupez comme moi du ménage , » Et sûrement , si vous m^en aimez moins , )) Vous m'en estimez davantage. »
Ce genre de poésie étant privé de l'intérêt de l'action et des deux grands ressorts de là crainte et de l'espérance , la variété est presque le seul moyen d'attacher les lecteurs. Il faut , quand on le peut , y joindre l'artifice des oppositions et des contrastes ; je l*ai employé le plus souvent qu'il m'a été possible. J'ai opposé au nouvelliste qui voit tout en bien , celui qui voit tout en mal ; à la maussaderie de l'humoriste chagrin , l'insipide adulateur ; à tons les deux , la circonspection vaniteuse de i'honmie réservé, qui
Demeure retranché dans sa grave sottise , Doute par vanité de tout ce qu^il apprit ,
Et meurt sans avoir eu Tesprit
De se permettre une bâtise^
Jf'aî dit que je m^étaîs proposé de donner aux portraits qui composent mon ouvrage quelque ressemblance avec le genre comique.
Il a donc fallu que la peinture de chaque caractère , que j'appelais taut-à-1'heure une * courte comédie , fût une scène , qu'elle eût son action et ses personnages. Pour ajouter au petit intérêt dramatique dont le sujet est susceptible , j'ai dû les placer dans des situations telles , que leur caractère , irrité par l'obstacle et la contrariété , eût plus de force comique. Je suppose que le poète place un homme possédé de la manie déparier, entre deux hommes du même genre , dont l'un raconte l'histoire ^de ses procès , et l'autre celle de ses amours ; voilà déjà une situation embarrassante pour la personne contrariée , et amusante pour les spectateurs ; mais si l'on suppose que le babillard , appelé dans un cercle nombreux et dans lequel il désire vivement de réussir , ait préparé tous ses sujets de conversation , et qu'en arrivant il rencontre dans le salon les préparatifs d'une longue lecture et un auditoire déjà envahi par l'écrivain à la
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mode , U situation devient encore plus forte et plas comique.
Je demande la permission de citer, le pas^ sage où j'en ai placé le tableau.
n frémit si quelqu^un commence tJn récit détaillé de procès ou d'amour ;
n sait combien , en racontant leurs rixes , . Les plaideurs sont diffus , et les amants prolixes^ Mais à quel saint n'aura-t-il pas recours , Si , préludant à sa gloire future , L'écrivain à la mode , entre un double flambeau. Et son Terre et son sucre , et sa carafe d'eau , Dans son fauteuil cherchant une posture , Et tenant en main son rouleau , *
Vient , de son chef-d'œuvre nouveau , Aux assistants proposer la lecture !
Quels beaux moments va lui coûter Cette épouvantable aventure ! **
Une soirée entière on eût pu l'écouter !
Combien faut-il que son supplice dure ?
Enorme est le cahier , et fine est l'écriture. Puis , de l'in-folio qu'il vient d'apercevoir , Le format menaçant aisément fait prévoir
L'éternité de la torture.
Adieu son espérance et ses projets du soir !
Quel tourment est égal au tourment qu'il redoute î Il venait pour parler , i) faudra qu'il écoute.
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Théophraste , chez les Grecs., et Là Bruyère (i) , en France , ont écrit avec un grand succès , des Caractères qu'on a regardés comme une peinture fidèle du siècle où ils ont vécu. On ne conteste plus la supériorité de l'écrivain français sur Técrivain grec qui lui a servi de. modèle , et dont Pouvrage n'a presque de commun avec le sien que le titre. Le temps et le peuple pour lesquels La Bruyère a écrit , lui ont donné de grands avantj^es sur son prédécesseur. Dans le siècle où Théophraste écrivit, la société, dans la Grèce, était encore loin du degré de politesse et de perfection auquel elle arriva sous Périclès. Aussi ^ dans ses Caractères , le lecteur se trouve souvent éti mauvaise compagnie. £n voyant passer devant soi les personnages qu'il décrit ^ on croit quelquefois être à la lisière des bois ^ au moment où les hommes , encore sauvages , sortaient de leurs forêts et de leurs caverne^^ Presque tous ses portraits offrent l'empreinte grossière d'un commencement de civilisation ; la'Volonté y paratt sans poblesse , le caprice sans esprit , la fantaisie sans grâce ; à chaque
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page, on trouve des descriptions dégoûtantes des fonctions les plus communes de la vie populaire , des marchés et des repas d'Athènes. La Bruyère , taptât dans les sociétés leà plus polijes , tantôt dans la cour la plus magnifique de l'Europe , entouré de personnes -distinguées par de grands noms , de grandes places ou de grandes qualités , d'extravagances et de sottises titrées^, tourne autour du crédit , de la puissance et de la gloire , en observe , en saisit le côté faible , et, sans malveillance comme sans flatterie , écrit la plus noble et la pluâ^ intéressante partie de l'histoire du monde ;, peint la ville et la cour mutuellement influencées , l'une par l'envie de dominer , l'autre par la manie bourgeoise de singer les manières des courtisans , et même leurs travers; saisit les rapports des petits et des grandie, » et montre tout-à-coup l'autorité suprême , remettant tous les rangs au niveau , et ramenant à soi toutes les illusions de la multitude idolâtre de la grandeur.
Le caractère du gouvernement influe peutillre plus encore sur celui de la société. Dans
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Athènes et dans Borne , la place publique et le Forum étaient le théâtre habituel des conversations politiques. Là , des ambitieux et des intrigants , poussés par des orateurs passionnés ^ traversaient ^ en l'excitant , une populace éfirénée ; la , ne s'entendaient ni les insinuations de l'amitié , ni les conseils de la prudence ; mais les cris violents de la faveur ou de la haine. Les spectateurs et les acteurs de ces scènes violentes les transportaient dans leurs sociétés particulières , aux lieux mêmes où les citoyens réunis venaient confék*çr paisiblement ensemble. Les fauteurs et les partisans de ceux qui se disputaient l'autorité , conservant les impressions qu'ils avaient reçue^ ou données , faisaient du «alon un champ de bataille ; aucun n'était lui : chacun était ou Marins ou Sylla , ou Pompée ou César , Antoine ou Auguste , et combattait pour un intérêt dont le désir de plaire ou de réussir avait fait le sien. Là , retentissaient encore les vociférations bruyantes et les mouvements impétueux qui avaient éclaté dans les places publiques.
PRÉFACE. If
Qadle différence entre ces assemblées iur« balentes , et ces sociétés aimables, où la France admettait avec plaisir les étrangers les plus, distingués par leurs titres ou leurs lumières , et qui , s'ils emportaient quelquefois cbe» eux des mécontentements chagrins , et des préventions jalouses contre les formes ordinaires de nos sociétés , plus souvent partaient surpris et charmés de tout ce que la vivacité de l'imagination , Tanfiabilité du caractère , la grâce du langage , la (inesse du tact , l'observation délicate des bienséances , les concessions mutuelles de la politesse, leur avaient paru jeter d'agréments et de charmes dans les rendez-vous délicieux de ces conversations polies^ souvent préférées aux fêtes les plus brillantes , aux divertissements les plus recherchés , et aux spectacles les plus magnifiques! C'est dans ces cercles polis, où tous les. rangs, tous les états , tous les âges contribuaient ou à l'ennui ou au plaisir commun , que La Bruyère étudia les hommes , choisît aes caractères , et forma sa morale*
Ce n'est ni dans leurs éludes , ni dans leuri^
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connaissances que les plus £ameux moraiisles ont pris leurs manières distinciives ; c'est dans leur naturel et dans leurs penchants ; on s'en aperçoit en lisant Montaigne et La Bruyère.
Né avec un désir extrême de se signaler , et par la singularité de ses idées et par celte de son style ,, Montaigne se place souvent à une trop grande distance des idées communes et des habitudes sociales. Un accent d'égoïsme se fai( entendre dans son langage philosophique : Je veux y je ne veux ptzs , je ne puis souffrir, je ne puis approuver , j'aime, je hais, Yoilà ises formules accoutumées ; il se rend raisonnable pour être extraordinaire ; il copie les anciens pour être neuf ; se fait trivial pour être énergique ; veut toujoTurs dire mieux , et surtout autrement que tout le monde. Il se fait une place à part par ses idées paradoxales, par ses principes tranchants ^ et par Faudace de son langage : aussi a-t-il dépassé quelquefois les limites de la morale et celles du bon goût. Dans La Bruyère , rien d'exagéré , riea de faclice ; en parcourant le monde , il marcha entre l'attention et l'indulgence ; il entre dan&
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la société sans intérêt et sans prévention ; il en sort sans engouement (t sans hiunear ; il traverse la foule sans la pousser et sans se laisseï' entraîner par elle ; il passe à côté des préjugés et des opinions reçues sans les heurter ni les caresser ; mais il accorde aux faiblesses humaines toute la condescendance que lui permettent la raison et la vertu ; ne se détache du monde que par des principes plus hauts et des idées plus justes ; se rend libre , sans être insociable , et se tient à l'écart ^ sans paraître isolé.
Pour peindre La Bruyère , il faudrait avoir son génie , et ce talent inimitable qui remferme tant de sens dans ane phrase , tant d'idées dans un mot , exprime d'une manière si neure ce qu'on avait dit avant lui , d'une inanière si piquante , ce qu'on n'avait pas encore dit. Son ouvrage est , de tous les livres de morale , celui qui donne .le mieux à la jeunesse la connaissance anticipée de ce inonde , où les mêmes passions , les mêmes vices ^ les mêmes ridicules , malgré quelques (:hangements passagers de costumes , d'usages,
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de modes et de mœurs , donnent à la génération . présente une grande ressemblance avec celles qui la précèdent ou celles qui la suivent.
Je n'ai emprunté de La Bruyère que deux portraits , légèrement ébauchés dans son excellent ouvrage , et que j'ai tâché de m'approprier par l'exécution. £n traçant des portraits, je n'ai pu lui dérober ses pinceaux ; mais j'ai long-temps étudié sa manière , et peut-être lui de vrai- je quelques-uns des suffrages que j'ambitionne. Les plus indulgents de mes lecteurs seront sans doute ceux qui savent les obstacles que me présentaient à vaincre l'exécution d'un ouvrage sans modèle dans aucune langue , la difficulté de distinguer tant de caractères , souvent voisins les uns des autres ; surtout le travail des transitions , dont Boileau félicitait, ou , .peut-être , accusait La Bruyère de s'être affranchi.
Je désavoue d'avance toutes les applications que la malveillance pourrait faire des caractères que j'ai tracés. Tous ont été pris dans ds^ns la connaissance générale du monde , et
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ne doivent rien aux observations que je puis avoir faites dans les sociétés où f ai vécu. VPai toujours méprisé ceux qui, admis dans des maisons choisies par leur intérêt ou leur vanité , au lieu de conserver , en les quittant ^ l'impression de Faccueil qu'ils ont reçu , de la bienveillance qu'on leur a témoignée , des ser~ vices qu'on leur a rendus, n'emportent que les froideurs de l'ingratitude , les observations de la malignité , quelquefois même les souvenirs de la haine ; et , par le plus horrible abus de l'hospitalité confiante , donnent une publicité scandaleuse aux torts ou aux riditules dont ils ont été les confidents ou les témoins. J'ai quelquefois usé de l'intimité à laquelle m'ont admis des personnes estimables , pour célébrer leurs vertus et leurs talents ; mais si j'en avais abusé pour publier leurs fautes ou leurs faiblesses , là , auraient commencé de mes repentirs le plus amer , et de mes chagrins le plus inconsolable.
Une femme poète (*) , déjà connue par une
{*) Madame de Vannoz^
2i PRÉFACE.
élégie intéressante sur les tombeaux de Saint- Denis , a , dans^ la plus niodeste des préfaces , annoncé son poème sur la Conversation , comme le précurseur du mien. Je voudrais m'acquitter envers elle de ce qu'elle a dit pour raoid'honorable et de flatteur ; mais ses éloges ont d'avance décrédité les miens , et mes louanges les mieux .méritées seraient toujours fuspectes de reconnaissance.
POEME
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