PROLOGUE
J E suis coûtent de ma journée ; De mes poétiques travaux , Ma diligente matinée A vu naître les fruits nouveaux* Près de mon humble cheminée J'ai rassemblé mes amis les plus chers , Amateu rs, comme moi, des beaux arts, des beauxyers , Éclairés par Fusage et polis par l'étude , Que chaque soir, dans mon humble réduit^ Auprès de moi l'habitude conduit ; Non l'habitude routinière , ' Qui , se traînant dans son ornière, t)ans la même assemblée et dans les mêmes lieux , S'en va porter sa face coutumiëi;ie £t ses propos fastidieux ^
24 LA CONVERSAtlON.
Mais l'habitude libre et fière Qui,cbez ses bons amis ^ les mêmes qu'autrefois , S'acheminant par goût et s'arrêtant par choix , Dans sa visite journalière ,
Sans faste, sans bruit , vient à pied ,
Avec sa grâce familière ,
Vider , en causant , la tbelère , ,
Ou le flacon de l'amitié'.
Par une amère et douce souvenance Nous sommes remontes aux jours de notre enfance : Ces jours d'insouciance et de captivité j
Ces jours de crainte et d'espe'r^nce ,
Et de tristesse et de gaîte'.
Nous aimions à revoir y dans cette douce image, El les fruits de l'ëtude et les fleurs du jeune âge ;
Nos peines , nos amusements ,
Nos raquettes , nos rudiments , La liberté des champs , les barreaux du collège ;
En hiver nos boules de neige y
Et dans l'été , nos ricochets ; Nos frivoles plaisirs, nos douleurs passagères, Pour tromper nos pédahts , nos ruses mensongères ,
Et leur férule et nos hochets , La balle , le sabot tournant sous la courroie ;