‹ La conversion d'Augustin ThierryChapitre 12 sur 48 · LES APOTRES : L’ABBÉ HAMON · texte numérisé non relu

LES APOTRES : L’ABBÉ HAMON

terribles, avait toujours vu, aux heures décisives, les flots s’aplanir devant la barque de Pierre. Il dut sembler nécessaire à l'historien que le pilote d’un tel vaisseau füt assisté par une puissance providentielle, la puissance du bras divin calmant d’un geste le lac de Génésareth. À sa manière, il ne pouvait que se poser l'interrogation étonnée des apôtres : Qualis est hic, quia venti et mare obediunt eit?

En même temps qu'un ébranlement s’était produit chez lui dans cette sorte d'opinion que, par une perversion de langage, notre époque appelle la « foi politique », la foi religieuse, seule digne de son nom, s’était fait jour en son âme.

Si la société qu'attiraient dans son cénacle les agréments de sa conversation et le prestige de sa renommée était des plus choisies, en retour la plupart de ses membres demeuraient étrangers aux croyances et surtout aux pratiques chrétiennes. À côté de Montalembert, de M. Henri Wallon et du vicomte de Meaux, s’y donnaient rendez-vous: Fauriel, emporté par la mort en 1844, la même année que Mme Augustin Thierry; Mignet, qui écrira la notice des deux frères Augustin et Amédée; Vitet; Cousin, ancien confrère d’Augustin dans le carbonarisme ; Villemain; Sainte-Beuve; Tocqueville; Jean Wallon, Michelet, Henri Martin et ce J.-J. Ampère rapproché par l'esprit et par le cœur, par la communauté d’études et par la finale conversion de celui qui avait partagé, aux heures de jeunesse, ses premières aspirations religieuses ; le mauvais génie de la maison, Ernest Renan, et Le bon génie, l'abbé Deguerry, martyr de la commune.

En ce temps-là, M. Hamon, nouveau curé de Saint-Sulpice?, entreprit la visite de ses ouailles. Il n’ignorait point que le grand écrivain, son paroissien, joignait à une élévation d’esprit supérieure une remarquable sûreté de jugement et une parfaite droiture de conscience. Il n'hésita pas à se présenter. Une autre illustration du quartier, le baron Thénard était fervent catholique autant que célèbre chimiste. Sainte-Beuve lui-même, le futur évêque de la libre-pensée,

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