‹ La conversion d'Augustin ThierryChapitre 20 sur 48 · LA CRITIQUE RATIONALISTE : E. RENAN · texte numérisé non relu

LA CRITIQUE RATIONALISTE : E. RENAN

Le retour du grand historien à la religion, demeurant indéniable et dans ses origines et dans ses suites, appuyé qu’il est sur la déposition des témoins les plus respectables, sans songer à le révoquer en doute, on a essayé d’en atténuer le plus possible la portée.

Deux écrivains n’ont pas reculé devant cette besogne : l’un renégat, l’autre protestant : Ernest Renan et M. J. Bonnet.

De Ia part du premier, il fallait s’y attendre. Comme Voltaire, au dernier siècle, s’attaquait à la racine de ce qu’il y a de plus sacré, cherchant à tout corrompre de son perfide venin, il n'est guère de choses saintes auxquelles le trop célèbre apostat moderne n'ait appliqué sa haineuse critique. Ne s’y mélait-il pas ici quelque méchante rancune? Élu, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, successeur d’Augustin Thierry, l’ex-séminariste de Saint-Sulpice obtenait un commencement de satisfaction pour une ambition que la lâcheté des pouvoirs et de l’opinion combla à satiété jusque dans la tombe ; mais il y avait un revers à la médaille. Lui, déserteur de l’Église catholique, devait prononcer l'éloge d’un prédécesseur dont la conversion était trop éclatante pour qu’il la passät sous silence, trop justifiée pour ne pas lui sembler un gênant reproche de sa défection.

Avec cette hypocrisie doucereuse qui fut une de ses plus savantes habiletés, Renan n’eut garde de s’en prendre à la religion; durant cette période il affectait encore de la défendre, l’enveloppant toutefois d’un vague indéfinissable et d’un mysticisme nuageux. Il insinua seulement qu'Augustin Thierry, cet homme au goût délicat, savait trop l’art de « construire une belle vie » pour n'avoir pas porté dans la mort ce « sentiment des convenances et cette merveilleuse entente » qui ne l'avaient jamais abandonné. Il traita son mouvement religieux de « singulier! », le montra « novice et

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