F, Martin, p
théorie nouvelle que de démolir un système, Gorini a composé moins une suite de traités historiques ou dogmatiques qu’une série de réfutations partielles. Il a riposté successivement à des erreurs de toute provenance réunies par lui en groupes homogènes, et relevé des amas d’inexactitudes, recueillies une à une à travers les ouvrages les plus diffé« renis.
Ce procédé est négatif. Le reproche n’a pas été ménagé à Pauteur; mais il avait prévu. Sa méthode était adaptée à son but. Il visait à renverser plus qu’à édifier, à saper plus qu’à construire. |
Sans doute pareille besogne était peu attrayante. Prendre indéfiniment en flagrant délit d’erreur ou d’improbité des adversaires que l’on eût préféré croire plus exacts ou plus honnêtes, c'était la monotonie de l'enquête ou du réquisitoire contre une même espèce de coupables.
Mais la variété des sujets et des époques, la progression des lumières, la convergence vers l’unité du but donnent une véritable vie à cette patiente instruction. Le conseil que donnait Guizot pour étudier une civilisation ou une institution, il l’a suivi : longtemps il s’est assis au berceau de l’Église. Puis, entrant avec elle dans sa carrière mouvementée, il Pa suivie d'étape en étape, de siècle en siècle jusqu’au treizième. De saint Pierre à saint Louis, quel chemin! A mesure qu'il s’avance, il ne s’attarde pas aux détails de pure et mince érudition, mais il va droit sa route, s’attaquant aux erreurs les plus dangereuses et dégageant sa marche au milieu d’un fourré parfois inextricable de préventions, de mensonges et de calomnies.
Analyser ici son ouvrage serait un long hors-d’œuvre. Nous ne résumerons même point les deux principaux chapitres où il est aux prises avec Augustin Thierry : Clovis et le clergé gaulois, et Saint Grégoire 770 Sa méthode s'oppose à tout essai de synthèse. D'ailleurs, en ce qui concerne les Æécits mérovingiens, le terrain s’est dérobé à la fois sous les pieds des deux adversaires. Ils recouraient aux sources, ce qui étaitune supériorité sur les âges précédents, mais ils ne diseu-
1, Défense de l'Eglise, t. X, p. 307 sgq et t. LIT, p. 177 sgg.
taient guère la valeur de ces mêmes sources, en quoi ils ont été laissés bien loin par la critique nouvelle. Ce que Gorini avait dit de quelques théologiens se « trémoussant » pour ramener à une interprétation orthodoxe certains textes ou certains faits reçus, alors qu’en vérifiant dans les documents originaux ils se fussent trouvés en face de textes tronqués, supposés ou interpolés, et quelquelois de « rien! », lui est arrivé à lui-même pour saint Grégoire de Tours. Ni lui ni Augustin Thierry ne songeaient à révoquer en doute l’Arstoricité de tout ce que rapporte l’auteur de l’Æistoire ecclésiastique des Francs?. L’exploration philologique n’y avait pas encore fait la part des divers éléments constitutifs, ni discerné l’origine épique de plus d’un récit. Fauriel le premier avait soupçonné dans la prose du chroniqueur des fragments de chants anciens. J.-J. Ampère avait signalé comme débris d’épopées perdues l’histoire de Childéric et la guerre contre les Thuringiens. « Augustin Thierry, qui a renouvelé
en France, écrit M. Godefroid Kurth, l'étude de l’époque méro- -
vingienne, a passé devant la question sans la voir. » Et l’éminent savant constate que l'attitude des écrivains catholiques, tels que Charles Lenormant et l’abbé Gorini, indique la même absence de préoccupation ultérieure: l’un et l’autre acceptent les faits traditionnels sans la moindre réserve, se bornant à « les expliquer ou à les atténuer ». Les travaux sur Grégoire VII n’ont pas fait moins de progrès, et si l'apologie de M. Aubineau, qualifiée «excellente » par Gorini, était déjà jugée insuffisante à cette époque par le futur cardinal dom Pitra”,