LA SENTINELLE
Tout va bien ! Veillez- vous?
gromWell.
( Il pose son mousquet à terre yet répète : ]
Tout va bien! Veillez- vous?
» Pendant que les sentinelles se répondent, leô bouffons de Cromwell , qui sont comme lui dans le secret de la conjuration , «se blo-
l88 LA CONVERSION
)) tissent sur un banc de gazon , derrière une 7) charmille. y>
GRAMADOGH.
Cachons-nous là tous !
GROMWELL.
Oui , c'est mon hôuffbn qui rentre !
GRAMADOGH , bas à 8€s cmnarades.
Du drame sur ce point l'action se concent|:'e. D'ici nous verrons tout.
TRIGK, bfiS.
Il faudrait l'œil d'un clerc.
Voir! » Dans le four du Diable il faitcent fois plus clair !
( Ils se taisent et demeurent immobiles, ]
» Gromwell, qui fait sentinelle à la poterne , s'amuse j en attendant l'arrivée des conjurés, à moraliser sur la destinée de son bouffon ; il se trouve beaucoup moins heureux que ce fou.
D'UN ROMANTIQUE. jSq
GROMWBLL,
Que lui fait Tavenir ! Il aura bien toujours , L'hiver, pour se vêtir, un lambeau de velours , Un gîte, un peu de pain mendié par des rires , Sans disputer sa vie aux embûches des sbires. Il dort toutes les nuits , n'a point de songe àfi&eux } Jamais , troublé la nuit de pensers ténébreux , Il n'a, pressant le passons quelque voûte sombre, . Craint de tourner la tête et d'entrevoir une ombre.
» Cromwell compare sa situation avec celle de ce bouffon , et regrette d'avoir une autre destinée; il se plaint que la nuit est glacée; les discours impertinents du juif astrologue ont altéré sa raison ; il tremble.
( Le beffroi commence à sonner lentement minuit. )
CROMWELL
Minuit ! et je suis seul ! Si j'invoquais les saints !
( Un bruit de pas derrière les arbres. ) Oh ! je suis rassuré ) voici mes assassins !
y> Un vieil Espagnol pusillanime et superstitieux aurait pu penser à invoquer les saints ; mais un puritain! mais Cromwell! Comment M. Victor Hugo peut-il ignorer que Vtnvocation des saints était une de ces pratiques idolâtres que les sectes protestantes reprochaient avec le plus d'amertume à l'Église de Rome? Quelque indulgence qu'on ait, il est diflScile d'excuser une pareille bévue.
(( Les cavaliers entrent à pas de loup ^ lord ï) Ormondet lord Roseberry entête. Grands » chapeaux rabattus ^ amples manteaux noirs )) soulevés par de longues épées. Us se par- » lent à voix basse. — Cromwell remet son » mousquet sur son épaule , et se place dans » l'ogive de la poteriie. »
)^ Les détails de cette scène, qui devraient offrir quelque intérêt, sont d'un ennui morte\. C'est toujours le même jargon burlesque , ia même absence de raison et de naturel.
» Cromwell laisse pénétrer les royalistes
d'un romantique »^ 191
dans le palais , et pendant qu'ils s'emparetit de Rochester, le Protecteur continue sa garde, çn faisant la conversation , d'abord avec un sir William Murray , le plus insipide personnage qu'on puisse concevoir j et ensuite avec le juif astrologue dont les paroles ont déjà troublé son imagination. Je passe sur la découverte d'une bourse appartenant à Richard Cromwell, et j'arrive au moment critique où les cavaliers , qui s'imaginent avoir saisi le Protecteur dans son lit , délibèrent sur le parti qu'ils doivent prendre à son égard. Lord Clifford et quelques uns de ses compagnons sont d'avis de le tuer sur-le-champ.
Il faut noter que Cromwell, que son travestissement a rendu méconnaissable, assiste à la délibération. Le docteur Jenkins s'oppose à l'assaî^sinat proposé^ attendu que Cromwell n'est pas mis en jugement, et que la loi serait violée. Les conjurés se mettent à rire d'un pareil scrupule; mais au moment où ils lèvent l'cpée pour frapper leur captif, Richard Crom well, qui a compris leur dessein, se jette devant eux , et fait à Rochester , toujours endormi , un rempart de son corps. On se
ig2 LA GONTBBSION
presse, ôd se débat, le tumulte est au comble. Rochester est enfin réveillé par tout ce vacarme.
LORD ROGHBStBti , Criant.
Vous m'étranglez !<Aa Diable !
Les conjurés, surpris, peuvent à peine en croire leurs j^eux.