‹ La conversion d'un romantiqueChapitre 15 sur 29 · LA SENTINELLE · texte numérisé non relu

LA SENTINELLE

Tout va bien ! Veillez- vous?

gromWell.

( Il pose son mousquet à terre yet répète : ]

Tout va bien! Veillez- vous?

» Pendant que les sentinelles se répondent, leô bouffons de Cromwell , qui sont comme lui dans le secret de la conjuration , «se blo-

l88 LA CONVERSION

)) tissent sur un banc de gazon , derrière une 7) charmille. y>

GRAMADOGH.

Cachons-nous là tous !

GROMWELL.

Oui , c'est mon hôuffbn qui rentre !

GRAMADOGH , bas à 8€s cmnarades.

Du drame sur ce point l'action se concent|:'e. D'ici nous verrons tout.

TRIGK, bfiS.

Il faudrait l'œil d'un clerc.

Voir! » Dans le four du Diable il faitcent fois plus clair !

( Ils se taisent et demeurent immobiles, ]

» Gromwell, qui fait sentinelle à la poterne , s'amuse j en attendant l'arrivée des conjurés, à moraliser sur la destinée de son bouffon ; il se trouve beaucoup moins heureux que ce fou.

D'UN ROMANTIQUE. jSq

GROMWBLL,

Que lui fait Tavenir ! Il aura bien toujours , L'hiver, pour se vêtir, un lambeau de velours , Un gîte, un peu de pain mendié par des rires , Sans disputer sa vie aux embûches des sbires. Il dort toutes les nuits , n'a point de songe àfi&eux } Jamais , troublé la nuit de pensers ténébreux , Il n'a, pressant le passons quelque voûte sombre, . Craint de tourner la tête et d'entrevoir une ombre.

» Cromwell compare sa situation avec celle de ce bouffon , et regrette d'avoir une autre destinée; il se plaint que la nuit est glacée; les discours impertinents du juif astrologue ont altéré sa raison ; il tremble.

( Le beffroi commence à sonner lentement minuit. )

CROMWELL

Minuit ! et je suis seul ! Si j'invoquais les saints !

( Un bruit de pas derrière les arbres. ) Oh ! je suis rassuré ) voici mes assassins !

y> Un vieil Espagnol pusillanime et superstitieux aurait pu penser à invoquer les saints ; mais un puritain! mais Cromwell! Comment M. Victor Hugo peut-il ignorer que Vtnvocation des saints était une de ces pratiques idolâtres que les sectes protestantes reprochaient avec le plus d'amertume à l'Église de Rome? Quelque indulgence qu'on ait, il est diflScile d'excuser une pareille bévue.

(( Les cavaliers entrent à pas de loup ^ lord ï) Ormondet lord Roseberry entête. Grands » chapeaux rabattus ^ amples manteaux noirs )) soulevés par de longues épées. Us se par- » lent à voix basse. — Cromwell remet son » mousquet sur son épaule , et se place dans » l'ogive de la poteriie. »

)^ Les détails de cette scène, qui devraient offrir quelque intérêt, sont d'un ennui morte\. C'est toujours le même jargon burlesque , ia même absence de raison et de naturel.

» Cromwell laisse pénétrer les royalistes

d'un romantique »^ 191

dans le palais , et pendant qu'ils s'emparetit de Rochester, le Protecteur continue sa garde, çn faisant la conversation , d'abord avec un sir William Murray , le plus insipide personnage qu'on puisse concevoir j et ensuite avec le juif astrologue dont les paroles ont déjà troublé son imagination. Je passe sur la découverte d'une bourse appartenant à Richard Cromwell, et j'arrive au moment critique où les cavaliers , qui s'imaginent avoir saisi le Protecteur dans son lit , délibèrent sur le parti qu'ils doivent prendre à son égard. Lord Clifford et quelques uns de ses compagnons sont d'avis de le tuer sur-le-champ.

Il faut noter que Cromwell, que son travestissement a rendu méconnaissable, assiste à la délibération. Le docteur Jenkins s'oppose à l'assaî^sinat proposé^ attendu que Cromwell n'est pas mis en jugement, et que la loi serait violée. Les conjurés se mettent à rire d'un pareil scrupule; mais au moment où ils lèvent l'cpée pour frapper leur captif, Richard Crom well, qui a compris leur dessein, se jette devant eux , et fait à Rochester , toujours endormi , un rempart de son corps. On se

ig2 LA GONTBBSION

presse, ôd se débat, le tumulte est au comble. Rochester est enfin réveillé par tout ce vacarme.

LORD ROGHBStBti , Criant.

Vous m'étranglez !<Aa Diable !

Les conjurés, surpris, peuvent à peine en croire leurs j^eux.

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