LB DOCTEUR JENKINS
Violemment aux lois vous pouvez nous soustraire ! Qu* importe l'^ouB mourrons, mais de more arbitraire. Et seulement de fait !
y> Jenkins poursuit ses arguments ; il pense à la mort avec indifférence , pourvu qu'il ne meure que de fait , et soit vivant de droit.
Cromwell , qui n'y regarde pas de si près , se moque des conjurés.
CROMWELL
Dans quelques heures , Quand le jour renaissant blanchira ces demeures , Vous serez tous pendus ! — Allez , priez pour moi !
y> Tout le monde se retire, à l'exception des quatre bouffons, qui sortent de leur cachette, pour décider lequel de tous les personnages qui viennent de sortir est le plus fou. L'un d'eux tranche ainsi la question :
ig^i LA GONVBRSIOf(r
GRAMADOGH.
Et pourtant , quoiqu'il porte un monde sur son cou j De ceux dont nous parlons Cromwell est le plus fou^
» Après cette belle décision , les bouffons quittent la scène ^ et le quatrième acte est fini.
» Dites* moi s*il est possible de prendre quelque intérêt à une action si absurdement conduite, à des personnages qui ne disent jamais ce qu'ils doivent dire , et agis^ sent comme des insensés. On se plaint avec quelque raison que y dans certaines tragédies françaises , le vers manque de vérité et de naturel , défaut qu'on ne peut reprocher à nos grands poètes dramatiques , comme il serait facile de le prouver. Mais cette uniformité de ton elle-même n'^-elle pas préférable à cette bassesse continuelle de pensées et de lan* gage , à cette déplorable incorrection de style, qui gâterait seule les scènes les mieux conçues et les plus habilement préparéeSé Cette
d'un romantique. igS
facilité de jeter, par milliers, des lignes exactement rimfes , qui ne sont ni vers , ni prose , doit tenter la médiocrité , qui s'irrite de son impuissance. Il ne faut donc pas s'étonner si quelques jeunes gens adoptent avec enthousiasme le nouveau système. Il leur offre un autre avantage : c'est qu'avec ce système, on peut se passer d'étude et d'observation ; ils .n'ont besoin de connaître ni les passions humaines , ni les effets naturels qui en résultent. La partie morale manque dans leurs drames; tout y est matériel. Le remords chez eux n'est point le mouvement d'une conscience agitée : c'est là crainte du diable et des spectres. Ils dépouillent l'amour du sentiment qui en fait le charme , et ne cherchent la source des émotions que dans les dangers présents, et les souffrances physiques. Les convulsions de l'agonie , les derniers cris des mourants , les douleurs même causées par des meurtrissures , comme dans Henri III , tels sont les moyens qu'ils emploient pour toucher et émouvoir les spectateurs. C'est la décadence complète de l'art ,
et la honte de la littérature. Si un pareil sys-^
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tëuie réussissait parmi nous , ce serait la preuve d'une absence totale d'élévation dans les sentiments et de délicatesse dans les moeurs. Nous ne pourrions offrir pour excuse l'ignorance et la barbarie de l'époque : car nous avons une scène qui a fait jusqu'ici notre juste orgueil, et dont la supériorité est partout reconnue, excepté parmi nous (1). Nous en reconnaissons le mérite, nous en admirons les beautés ; c'est une école de patriotisme et de civilisation.
(f ) Chose remarquable ! tandis que des écrivains français s'accordent à dénigrer les auteurs dramatiques de Tépoque qui restent fidèles au goût et à la raison, leurs ouvrages sont accueillis par le reste de l'Europe : les comédies de MM. Alexandre Duval , Casimir Delavigne , de Laville , Casimir Bonjour, d'Epagny, sont traduites dans toutes les langues et représentées sur tous les théâtres. Les Anglais ont de Shakspeare une Jeune femme colère a The taming of the shrew, » qu'ils ont abandonnée pour la charmante comédie de M. Etienne. Nous l'avons vu jouer à Paris : la traduction est littérale.
( Note de l'éditeur. )
d'un romantique. ' ig'j
Mais on ne veut plus que le drame ait un but ; et cependant , puisque le drame est destiné à agir sur les masses, Al ne doit laisser dans l'àme des spectateurs que dés impressions morales : autrement le théâtre deviendrait funeste aux mœurs , et , par une conséquence inévitable, funeste à la liberté , saxorruption serait bientôt celle de la société. J'ai trop bonne opinion de la jeunesse française pour imaginer qu'elle se laisse séduire par l'amour de la nouveauté , jusqu'au point de préférer les conceptions informes de nos dramaturges aux chefs-d'œuvre des maîtres de la scène , aux productions plus modernes des écrivains qui se montrent dignes de cultiver leur héritage. Je vous l'ai déjà dit , une demi-douzaine de novateurs téméraires, quelles que soient leur morgue et leurs prétentionis , ne sont pas précisément ce qu'on doit nommer la jeune France. Je voudrais que ma voix fût entendue ! . . . .
» — Elle le sera , ,dis-je à M. Dumont' :
c'est moi qui m'en charge. Mais revenons, je vous prie, au drame de Crom-
well : je suis curieux d'en connaître le dénoùment.
» — II n'y a point , à proprement parler , de dénoûment , parce qu'il n'y a jpoint de nœud dans la pièce. Rien n'y est lié^ ni suivi; on pourraijt transposer la plupart des scènes , sans qu'il fàt possible de sentir la transposi* tion. C'est en général le défaut dejs théâtres anglais et allemand. Nous voulons sur la scène française un ensemble dont les parties s'enchaînent, et gardent entre eUes cette proportion harmonieuse , mérite incontestable de toutes les hautes productions de l'art , soit qu'il s'applique à l'imitation théâtrale , soit qu'il inspire l'architecte ou le peintre. Mais il faut du talent , du goût , de la réflexion y pour arriver à cette perfection qui constitue les chefs-d'œuvre , ou pour en approcher.
Il est plus commode de s'affranchir, sons prétexte d'indépendance, de toutes les règles, et de se livrer aux caprices d'une imagination désordonnée qu'on appelle du génie. Encore s'il résultait quelques beautés de ce dévergondage ; mais non ! Vous ave^ vu que rien dans
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le Cromwell de M. Victor Hugo ne rachète la licence de la composition.
» Le cinqnième acte, dont il me reste à vous entretenir , s'ouvre par une scèùe d'ouvriers qui préparent le trône où Cromwell doit s'asseoir; puis, surviennent les conjurés républicains, qui trouvent tout simple de discourir dans la salle même du trône sur la manière dont ils frapperont le Protecteur , lorsqu'il posera la couronne sur sa tête. On voit bientôt arriver la foijle des citoyens de toutes les classes, attirés par la nouveauté du spectacle. Le peuple joue son rôle dans cette scène , et voici quel est son langage :