‹ La conversion d'un romantique, manuscrit de Jacques Delorme, publiéChapitre 12 sur 46 · LORD ORMOND · texte numérisé non relu

LORD ORMOND

Qui chante ainsi ? C'est quelque fou , Ou Rochester ! Lui-même ! . . . Allons , sur son genou Le voilà griffonnant !

» Il ne manque à Rochester que la guitare du joyeux Barbier. Ces deux personnages ont plus d'un trait de ressemblance : ils sont tous deux intrigants et gais; mais Figaro est spirituel et d'une gaîté franche ; celle de Rochester est triste , grimacière et dénuée d'esprit. Il n'y a , par exemple, rien de plaisant dans l'obstination de Rochester à lire au premier venu un madrigal d'une extrême fadeur. Sur le refus d'Ormond de subir une telle lecture, Rochester lui apprend qu'il est devenu amoureux de lady Francis, la plus jeune des filles du Protecteur. Il l'a vue à la fête

d'un romantique, io5

Que la cité de Londre Donnait au vieux Cromwell. Di-eu veuille le confondre! J'étais fort curieux de voir le Protecteur. Mais quand , de son estrade atteignant la hauteur, J'eus aperçu Francis, si belle et si modeste. Immobile et charmé, je n'ai plus vu le reste. Ivre , en vain , en tous sens par la foule pressé , Mon œil au même objet restait toujours fixé ; Et je n'aurais pu dire , en sortant de la fête , Si Cromw^ell en parlant lève ou penche la tête , S'il a le front trop bas ou bien le nez trop long , Ni s'il est triste ou gai , laid ou beau , noir ou blond.

» Ces plaisanteries sont d'un goût détestable , et d'un style dont l'incorrection est frappante. Mais je m'abstiendrai de remarques critiques sur l'emploi du langage : elles seraient trop nombreuses ; et d'ailleurs nos jeunes maîtres mettent au nombre des droits acquis au romantisme celui de dénaturer la langue et de faire impunément des solécismes. Ils ne veulent pas emprisonner leur génie dans les règles de la grammaire : ce serait une imitation trop servile du classicisme caduc. 1:1 evenons à Cromwell ! Rocliester finit sa tirade par ces mots :

Je suis fou.

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