BIBLIOTHECA
Monsieur Eloi SERAND,
^Archiviste de la Société florimontane
d'Annecy,
hommage respectueux, A. M.
in 2011 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/laconversiondemmOOmetz
Ce livre a pour but de ramener à ses proportions humaines la figure historique de Madame de Warens et de préparer l'édition critique des livres II à VI, Xn partie, des Confessions. Il est très délicat de juger une femme coupable. Xotre travail se bornera donc à citer les documents. Ils parleront, mieux que tout commentaire, le langage de la vérité. La conscience du. lecteur suppléera au laconisme du livre.
Le premier chapitre nous présente un curieux tableau de l'état social de la Savoie, peu d'années après la mort de Madame de Warens et de Jean- Jacques. Il fixe le paysage naturel des Charmetles, après leur idylle. Au deuxième, se déroule le récit officiel de la conversion de la baronne, tel que le clergé le mit en œuvre. Au troisième, les extraits curieux, que fournit à la critique la biographie de l'évêque convertisseur, donnent vue idée exacte du caractère de la ri, religieuse à Annecy, au début du XVIIIe siècle. Rousseau vécut dans cette atmosphère mystique. Il est curieux de rapprocher les indiscrétions des Confessions, aie sujet de Madame de Warens, de la naïveté du père Boudet. Son évèquet subissant pendant trois heures l'assaut d'une femme " distinguée par sa naissance et sa beauté., nous permet de croire, en pensant aux divulgations de Jean- Jacques, que de semblables indiscrétions se commettaient alors, couramment, sans penser à mal. roint essentiel, gui se dégage des faits : François de Sales avait amené Jeanne de Chantai à la vie religieuse; l'êvêqut d B( rm x crut avoir trouvé l'étoffe d'une sainte en Madame de Warens. Il se trompa. La dame ne fut pas le fleuron de sa couronne céleste; par contre, la
Providence voulut qu'elle couvât un aiglon étrange, le père futur de la Révolution française.
L'acte de renonciation de Madame de Warens à sa fortune est interprété, à fond, par le mari, dans la terrible lettre qui donne le véritable motif de la conversion. Tout commentaire de cette lettre serait une superfétation. Elle dévoile le mobile qui poussait certains nouveaux convertis, et, concernant la Visitation, anéantit la légende, mise en œuvre par la baronne, consignée par Rousseau, recueillie par Boppet. Le passage où le mari dit nue " après un long dialogue, elle s'y prit de telle façon qu'elle le porta à avoir quelque condescendance pour elle „, prouve que la dame connaissait l'argument ad homiiicm. Elle devait en user, du reste, fréquemment, selon les circonstances. Sa famille, sa naissance, son éducation la portaient à vivre la vie d'une honnête femme ; elle oie le voulut pas et ne sut se plaire, ni chez les siens, niàla Visitation, ordre dont un curieux chapitre donne les éléments, de 1034 à 1791. L'évêque la protégea constamment ; le miracle de IT2H et son testa ment témoignent de son incessante sollicitude. Mais le roi de Sardaigne, tout en lu i> nsionnant, ne cessa défaire surveiller les agissements de la convertie. A la Cour, on ne fut pas complètement dupe, d'elle. Cependant sa conversion parut sincère à la plupart des contemporains, ainsi que le prouve la lettre de M. de Conzié, qui termine notre volume. Le gentilhomme savoyard s'étonne que Rousseau ne se soitpas pri 'vê il < tout, pour venir en aide à sa bienfaitrice. Peut-être, dans su. pauvreté, Jean- Jacques avait-il mieux à faire que de fournir des ressources au faux ménage du perruquier bernois, qui se faisait appeler le cln rulier tir Cottriilles. Le lect* ur en jugera. Il fera la critique exacte des documents, que ce livre publie, en écoutant simplement la voix de sa conscience.
UN PELERINAGE
AUX CHARMETTES
EN 1789 ^Extrait ^Mortuaire de ;\ima de )Varens
UN PELERINAGE
AUX CHARMETTES