‹ La conversion de pétrone; comédie en un acteChapitre 3 sur 12 · B LUETTE · texte numérisé non relu

B LUETTE

Jolies pluases! Et la femme, elle, que doit-elle faire ?

René.

Comme nous, aimer et oublier, s'épar2;ncr de souflrir de l'amour en en souriant . . .

Bluette.

Le ilirt universel alors? La belle invention !

René.

Je pourrais prendre brevet.

Bluette.

Inutile, il n'y aura pas de contrefaçon! Tous tes paradoxes ne peuvent rien contre la vraie notion de l'amour : quelque chose à la fois de doux et de grave qui seul donne un sens à la vie et lui assigne un but et qui n'est une joie que parce que c'est un devoir.

René.

Sens . . . But . . . Devoir ... Tu écris ces mots avec des majuscules -^

Raille si tu veux; mais permets-moi de préférer mes naïves illusioi s à tes brillantes gageures. Du reste, messieurs les jolis raisonneurs, \ous avez beau faire . . .

René {chantonnant).

... et beau dire.

Bluette.

. . . toutes vos virtuosités ne prévaudront point contre ce qui est l'essence banale et sublime de l'amour : communauté de pensées et intimité de cœur; marcher à deux dans les allées ensoleillées du bonheur, traverser à deux les bourrasques de l'adversité !

René.

L'amour ombrelle et l'amour parapluie! A ton tour de prendre brevet!

Bluette.

Oh! {jue tu m'agaces !.. Et puis vcux-tu que je te dise, tu n'es qu'un snob, oui un snob ; et toutes tes spirituelles variations sur l'amour prouvent uniijuement que tu n'as jamais aimé.

René.

Et toi:-'

Bluette.

Qu'en sais-tu? ■

René.

Je te le demande.

Et je ne te réponds pas.

Parce que ?

Bluette.

Pane que . . . Parce que . . . Laisse-moi tranquille. [Silence. — Bhictlc praid un livre et Rend un journal^

René {jelanl biiisqiicine)it le journal).

Au fait, je suis un sot de n'avoir pas deviné plutôt le pourquoi de toutes ces théories sur 1 amour . . . Tu es éprise n'est-ce pas? . . . De qui? Comment? . . . Pourquoi vouloir me laisser pressentir cela par le chemin détourné des circonlocutions, au lieu de me dire nettement et franchement les yeux clans les yeux : « René, mon frère, un tel m'aime, j'aime un tel; dans quelques semaines mon bras sous le sien, je quitterai cette chère maison ancienne pour aller ailleurs, vers des choses inconnues et des visages étrangers, prodiguer à un autre une affection que je te devais! «...N'est-ce pas ainsi? Allons, avoue-le, avoue-le donc! . .

Bluette (à part).

Oh! je n'oserai jamais . . .

René {s' approchant d'elle et lui prenant la main).

Ou plutôt, non, n'avoue point; dis-moi bien vite qu'il n'en est rien et que je me suis trompé et que j'ai été méchant ! Toi partir, me quitter, suivre ta fantaisie et ton caprice, rompre brusquement le contrat d'affection conclu de\ant maman, non, ce ne serait pas Bluette, ce ne serait pas toil

Et que deviendraîs-je moi, seul ici, dans ces grandes ihambrcs froides et vides que ta maternelle présence réchauHc et remplit ! Tu es ma gaîtc et . . • comment dirais-je? . . . ma pudeur . . . Oui, prends garde, si tu me délaisses, qu'à une noce je ne réponde par une noce . . . d'un autre genre.

Bluette {à part).

Oh ! je n'oserai jamais ... Et puis, en ai-je bien le droit? . . .

René.

Reproc hc-moi mon égoïsme si tu veux, mais sache ijue cet égoïsme est fait de tendresse, de confiance et d'angoisse; si je te perdais, je le sens si bien, le peu que j'ai encore de bon en moi s'en irait à la dérive.

Bluette.

Qui te choisirait tes cravates?

René.

Et qui me les nouerait?

Bluette.

Bah ! tu ne porterais plus iiue des plastrons!

René.

Et qui me roulerait mes cigarettes ?

Bluettk.

Tu les achèterais toutes faites!

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