RosLds to Rome, Introduction, p. VI et VII
38 LA CONVERSIG'N
Avec la meilleure sincérité du monde, un converti pourra ne fixer qu'un côté du réel et laisser dansrombre des aspects non moins importants. Ici, surtout dans les conversions subites, la grâce a des allures si triomphantes qu'on oublie de signaler, à plus forte raison de souligner la part de la liberté. Ailleurs, les éléments affectifs sont si fortement marqués qu'on ne voit plus jouer l'autre pièce, l'intelligence. Une assertion trop absolue devra être corrigée par la comparaison d'un auteur avec lui-même ou avec d'autres.
« Comme vous le voyez, mon ami, écrivait Donoso Cortès, ni le talent ni le raisonnement n'ont eu aucune part à ma conversion. Avec mon faible talent et ma misérable raison, je serais arrivé à la tombe avant d'arriver à la vraie foi. Le mystère de ma conversion est un m3^têre d'amour.
Je n'aimais pas Dieu et il a voulu être aimé demoi, et je l'aime ;etjesuis converti parce je l'aime'. »
Paudra-t-il en conclure que cette conversion est d'ordre tout affectif^ qu'elle s'est
1. Cité par Ms' Baunard, la Foi et ses victoires, 1. 1, p. 208 (6' édition, Paris, 1893).
opérée sans le concours d'aucun argument qui éclairât riatelligence?Non, puisque le niéme écrivait dans une autre lettre :
« Pendant mon séjour à Paris, j'ai vécu intimement avec M..., et cet homme m'a subjugué par le seul spectacle de sa vie, que j'avais à toute heure sous les yeux.
J'avais connu des hommes droits et bons, ou pour mieux dire, je n'avais connu que des hommes droits et bons; cependant entre la droiture et la bonté de ces hommes et la droiture et la bonté de celui-ci, Je trouvais une distance incomn^iensurable. Ce n'étaient pas seulement deux degrés de vertu, c'étaient deux sortes de vertus de tout point différentes. En y réfléchissant, je vis clairement que cette différence venait de ce que la vertu des premiers était simplement naturelle et celle du second surnaturelle ou chrétienne. M... me fit faire connaissance avec vous et avec plusieurs autres personnes unies par les liens des mêmes croyances : ma conviction s'enracina alors plus profondément dans mon âme et si profondém.ent qu'elle devint invincible^ »