LA. GO-NVERS-ION
procédés sont mains plaisants... Préoccupés d'atteindxeceux du dehors, plusieurs n'ont pas assez songé à ceux du dedans et se sont installés dans la maison du Père de famille un peu trop comme en pays conquis. Camment par exemple s'étonner que d'excellents catholiques puissent être blessés d'entendre un converti d'hier ou d'avant-hier clamer qu'un officier, un prêtre peuvent être des épiciers selon l'esprit et le sont malheureusement presque taus, comme si l'esprit chrétien ou même Fesprittout court se mesurait nécessairement au mépris pour l'Académie française et à Fadmiration pour tel ou tel littérateur qui n'en fit pas partie? Il n'est pas, je crois, de liberté, si franciscaine qu'on la suppose^, qui permette à un nouveau venu de porter de tels jugements. Pour rappeler une. piquante observation du R. P. de la Broise% à propos de certaines conversions un peu tapageuses, la joie de la , brebis retrouvée n'est pas une raison, pour elle ou pour ses anais, de « bousculer, à cette occasion., les quatre-vingt-dix-neuf autres » ; cela,
t. Dans les Études, t. lxxiv (189S), p. 283.
« c'est ajouter au texte » de l'Evangile.
Cette attitude réservée qu'expliquent rhabitude du repliement intérieur et aussi le souvenir de défaillances récentes, après de beaux et peut-être trop bruyants débuts, n'estnuMementirréductible. Une âme chrétienne ne peut que se plaire à des récits, où l'œuvre de la grâce est décrite en toute simplicité, discrétion, humilité. Loin de se montrer chagrine, elle remerciera Dieu et ceux qui lui procurent la joie très pure d'admirer le travail divin dans la trame d'une vie humaine.
Ces confessions de convertis ont d'autres avantages que de faire monter vers Dieu un hymne de reconnaissance. Elles offrent aux théologiens et aux apologistes matière à méditations fécondes. Il est vrai que l'utilisation en est assez délicate. Nous n'atteignons directement ni la substance de notre âme ni la présence de ce Dieu qui, suivant le 'mot de saint Augustin, nous est plus intérieur que nous-même. Il faut juger cies moteurs invisibles, âme et Dieu, par les effets, et les effets sont complexes, fluents, subtils. L'homme qui vit, emporté par le courant de l'action directe, n'est pas ton-
jours doublé d'un observateur qui note chaque péripétie de sa vie spirituelle. Suivant les justes remarques du Cardinal Vaughan dans son Introduction à Roads to Rome, « prendre la résolution de se faire catholique peut sembler une démarche très simple ; elle l'est de fait, si par là on entend simplement le dernier pas, le dernier acte de réception dans l'Eglise. Mais avant qu'un converti en arrive à ce dernier pas, peutêtre aura-t-il passé une vie entière à chercher, consciemment ou inconsciemment, avec des alternatives d'avance et de fixité, pesant les motifs, doutant, enquêtant. Sa nature morale et intellectuelle, ses préjugés et ses instincts, toute sa vie et son caractère ont été soumis, peut-être d'une façon imperceptible, à Faction souple d\iae longue période de croissance. » Beaucoup sont incapables de retracer pleinement cette longue élaboration de la foi. « L'espace, le temps ou l'habileté leur manquent pour reproduire cette vie intérieure, qui a été le champ d'action où la grâce de Dieu a travaillé secrètement pendant des années . »