‹ La conversion [microform]Chapitre 27 sur 48 · Qaodlibet II, a. G · texte numérisé non relu

Qaodlibet II, a. G

ont ceci de particulier qu'en fait la conversion coïncida avec la vocation. Même coïncidence dans le cas du Père Paul Ginhac, converti et déterminé à se faire jésuite par une grâce soudaine. Lors d'une grande procession de mission à Mende, en 1842, il aperçoit, au détour d'une rue, un brancard porté par des jeunes gens et sur lequel reposait un grand Christ. « Je le regardai, a-t-il raconté à sa sœur visitandine. Tout à coup il me sembla que cette figure était resplendissante de clarté et qu'elle transperçait mon cœur. Il me fallut baisser les veux et je me sentis intérieurement tout changé.

Je ne me reconnaissais plus. Depuis lors je suis dans la disposition de me donner entièrement à Dieu. )) Et à une autre personne, il ajoutait : a Pour ma vocation je fus entraîné avec une telle puissance que tout l'univers, armé contre moi, ne m'aurait pas ébi*anlé\ »

1. Le p. Pnul Ginhac (1824-1895), par ie P. Calvet, Tou^ louse, 1901, p. 18. —Dans un des articles précédemment cités du R. P. Dutilleul, Vocations religieuses an dix-sepiième siècle {ÉtndeSj t. cxxx, 1912, p. 2l0),je relève un autre cas typique de vocation proprement dite, déterminée par une inspiration soudaine qui ne laisse place à aucune perplexité. « Anne deBeauveau, chrétien incomparable,

Ici encore, il n'y a pas lieu de parler de suppléances subjectives de la crédibilité, puisque le motif est parfaitement suffisant pour fonder une foi objectivement certaine.

Ou si Ton admet la valeur objective de l'argument, mais que l'on requière la grâce pour sa perception, comme nous pensons qu'on doit le faire \ il faut poser les mêmes conditions pour tous les autres motifs. Il n'y a sous ce rapport aucune distinction à établir entre des signes qui sont tous,

réconcilié avec les Jésuites dont un frère coadjuteur avait guéri et soigné son fils aîné, vient è Pont-à-Mousson faire une retraite pour la seconde fois : Le samedi [raconte-t-il], pendant Toctave de la Visitation, l'an 1652, étant à genoux dans la tribune du fond de l'église des Jésuites à Pont-à-Mousson, regardant les images de saint Ignace et de saint François-Xavier représentées dans un étendard qui pend à la voûte, je me sentis subitement inspiré d'entrer dans la Compagnie de Jésus, et de m'y sacrifier au service des missions de l'Inde orientale, sans avoir contribué en aucune manière à cette pensée; l'inspiration de Dieu et mon consentement ne furent séparés d'aucun instant que je puisse comprendre, bien que je me souvienne que je considérai la seule vocation de l'Inde avec quelque réflexion, néanmoins si subite que je ne puis l'exprimer caname je voudrais, et ensuite de cette vue, ma volonté fut tellement emportée et si fort affermie dans ce dessein, que depuis elle n'a jamais chancelé. »

1. C'est ce que nous avons essayé de montrer dans un article des Recherckes de science religieuse (janvier-avril 1918) sous le titre: M.ira,cle et lumière de grâce.

LA CONVKBSION

suivant le mot de saint Thomas, des témoignages de la puissance divine et qu'il range également au rang des œuvres du Christ, opera^ : pas plus qu'il n'y a de raison d'établir deux castes de fidèles, les simples qui ont besoin de la grâce pour percevoir la vérité de la religion, et les doctes qui peuvent s'en passer.

La différence n'est pas là, mais dans le degré d'aptitude que possèdent ces motifs à être exprimés, développés, communiqués.

Les illuminations soudaines d'Alphonse Ratisbonne, du R. P. Ginhac, de Paul Claudel ou du R. P. Robert Bracey sont des faits strictement individuels. Il en est d'elles, comme de plusieurs expériences des mystiques et des saints. Elles suffisent à fonder une certitude parfaitement objective : saint Ignace de Loyola ne disait-il pas que, quand bien même les saintes Lettres n'auraient pas existé, il aurait trouvé une raison suffisante d'affronter le martyre dans ce que le Seigneur lui avait révélé à Manrèse^? Mais ces expériences sont de leur

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