‹ La conversion [microform]Chapitre 32 sur 48 · Les Témoins du renouveau catholique, p · texte numérisé non relu

Les Témoins du renouveau catholique, p

tée, fera dater de ce moment la conversion.

Un théologien catholique, qui n'est pas captif de la même erreur^ poussera l'analyse plus avant et se demandera s'il n'y avait pas déjà auparavant foi véritable, adhésion intérieure à l'Eglise catholique.

Il est des cas où la réponse est claire. La lutte engagée dans l'âm-e d'un Théodore Ratisbonneou d'un Paul Claudel, après sa subite illun\ination, se livrait autour d^une foi déjà existante. C^était la grande tentation qui visait à renverser un arbre nouvellement planté et dont les racines n'avaient pas encore tracé à travers tout le système intellectuel et moral des nouveaux convertis. Et de même, comment douter que la jeune Anglaise, qui devait devenir M™® d'Arras, au milieu de ses angoisses et de ses doutes n^adhérât déjà intérieurement à la véritable Église, elle qui portait au cou dans un sachet de soie un papier sur lequel elle avait écrit : « Si je meurs, je meurs catholique » ?

Il est des psychologies qui se laissent moins aisément débrouiller. Rien de plus difficile pour une âme désolée que de savoir exactement ce qui se passe en elle, puisque,

comme le remarque excellemment saint Ignace, le propre de la désolation, c'est d'enténébrer râme\ A plus forte raison, rien de plus difficile, surtout à plusieurs années de distance, que de tracer le graphique exact de cette période tourmentée.

On trouve des catholiques, qui passent parfois par des bourrasques si violentes ou une insensibilité spirituelle si grande qu'à les en croire il n^estplus sûr qu^iis aient la foi. En réalité il n'y a là qu'une épreuve, et l'arbre tient toujours. Les Lettres de direction de M§'' d'Hulst nous offrent un exemple fort instructif de ces états d^âme complexes, se prolongeant pendant des années. Que de fois Féminent Directeur n'eut-il pas à rassurer sa correspondante dans cette nuit douloureuse, dans ce « trou noir », où Dieu pourtant agissait, puisqu'il devait se rendre le maître de cette âme et rengager dans les voies de la plus haute perfection 1 Supposez la même personne sans l'appui d'une direction lucide. Peut-être aurait-elle dit avec Newman : « Dix mille difficultés ne font pas un doute. » Mais n'est-il pas plus

1. Règles da discernement des esprits (1" semaiae) : qua trième règle.

probable qu'elle aurait été tentée de confondre ses ténèbres et ses difficultés avec des doutes réels, son insensibilité avec l'absence de foi ?

De même tel converti, au souvenir des agitations qui ont précédé le premier geste public de foi catholique, jugera qu^il n'adhérait pas encore à l'Église, alors que la foi existait, mais combattue, secouée parla tempête. Des nuées sophistiques traversaient un ciel qu'une lumière divine éclairait déjà. Souvent la formule la moins éloignée de la vérité serait un aveu d^ignorance% comme celui de Pierre van der Meer

1. Certains témoignages de gens ayant perdu la foi donneraient lieu à des observations analogues, en ce sens qu« quelqu'un pourra n'être plus chrétien avant qu'il se l'avoue explicitement à lui-même et se décide à agir en conséquence. Tel aurait été le cas de Jouffroy, s'il faut s'en rapporter à ce qu'il a raconté dans ses Nouveaux Mélanges philosophiques, p. 82 : « C'est sur cette pente que mon intelligence avait glissé, et que, peu à peu, elle s'était éloignée de. la foi. Mais cette mélancolique révolution ne s'était point opérée au grand jour de ma conscience ; trop de scrupules, trop de vives et saintes affections me l'avaient rendue redoutable pour que je m'en fusse avoué les progrès. Elle s'était accomplie sourdement, par un travail involontaire dont je n'avais pas été complice, et depuis longtemps je n'étais plus chrétien, que dans l'innocence de mon intention, j'aurais frémi de le soupçonner ou cru me calomnier

de Walcheren : « Depuis quand ai-je donc la foi? Je l'ignore, je ne saurais le dire. » Aussi plusieurs de ces histoires drames troublées et agitées ne peuvent-elles être utilisées qu'avec grande délicatesse et réserve.

Ce n'est pas à ces cas obscurs d'éclairer une explication de la foi, mais bien plutôt à une théorie ferme d'y projeter sa lumière. Et comnae les théories varient entre les théologiens, il se peut aussi que les interprétations divergent.

Le R. P. Maina^çe, dans sa Psychologie de la conversion^ a analysé quelques-unes de ces conversions tourmentées, Thayer^ Miss Baker. Il a cru pouvoir déterminer à quel moment précis s'est placée Fadhésion intérieure au catholicisme, qu'il ne nous semble pas toujours distinguer suffisamment du changement de vie proprement dit.

D'autres hésiteront à découper avec cette netteté les scènes de drames aussi complexes, dont les acteurs n'étaient peut-être pas capables, au moment même ou après

de le dire » — Inutile d'ajouter que je ne me porte nullement garant de l'inaocence des intentions de Jouffroy, tout au long de l'évolution psychologique qui aboutit à la perte de la foi.

<;oup, de démêler exactement toutes les péripéties. En tout cas, ce qu'ils ne sauraient admettre, c'est l'existence d'ua assentiment qui viendrait se superposer à la perception certaine de la vérité du catholicisme. Quiconque prononce intérieurement, avec pleine conviction : « L'Eglise catholique est divine», celui-là a la foi. Cette foi, avant de s'extérioriser^ avant de déterminer la ferme résolution d'un changement de vie, la conversion du cœiir^ pourra connaître des combats, des assauts, elle existe.

Autre chose aussi est la représentation 'des arguments, autre chose, la perception de la connexion, la synthèse ; et nous ne saurions non plus admettre que dans la conversion l'évolution intellectuelle soit terminée avant la foi, et que de ce point terminus on passe à l'adhésion de foi, par une simple poussée de la volonté, sans qu'il y ait rien de nouveau intellectuellement. Il se peut qu^il n'y ait rien de nouveau comme présentation d'arguments, comme objet à connaître. Mais la nouveauté sera du côté du sujet qui verra clairement là où auparavant il n'avait ni la pleine lumière, ni la pleine certitude. C'est le sujet qui est inté-

82 LA. CONViiRSION

rie ure ment chaagé ; auparavant il n'était pas accordé au surnaturel, il n'était pas nu point, il s'y met librement par sa CQQpératioii à la grâce ; suiv-ant le ;mot-'de samt Jean^j Dieu lui donne une nouvelle « intelliç-ence », un ai o.u. veau pouvoir vd-e discernem^nt et d'interprétation du réel, -qui le rend susceptible des vérités proposées. Et fcela c'est bien aussi un changement intellectuel, précisément le terminus de l'évolution intellectuelle, l'acte de foi.

Souvent les convertis;, évadés de la tour de Babel du protestantisme, s'étonnent, dans leur retour sur le passé, des longues années qu'ils ont mises à iranchir l'étape.

iLeur ancienne erreur leur apparaît aussi énorme que celle de l'-liomme à demi éveillé qui prendrait « une pile de couvertures blanches pour un outs polaire- ».

« Comment se fait-il, se dematndait après tant d'autres M°' Croke Robin-soa, qu'il ait fallu si longtemps pour découvrir ce qu'iun moment de sérieuse réflexion et l'exercice du simple bon sens iauraient dû suffire, ce semble, à révéler? Commentée fait-îlque

i. ia Joannis, V, 20.

Page 1