Dans Migne, 'Dictionnaire des conversions, col. Iî
« La somme totale de m.es impressions d'alors était la sensation d'un immense désert spirituel dans lequel je me trouvais plongé et que dominait à l'horizon la Cité de Dieu, aperçue aussi clairement que des montagnes avant la pluie. Cette cité était là devant moi vivante et imposante comme une révélation, et je me tenais en face d'elle et la contemplais tout en me demandant si ce n'était pas un mirage ou parfois si ce n'était pas un monument illusoire construit par le démon pour me perdre. Le cardinal Newman a une phrase qui me semble définir excellemment ma condition mentale de cette période. Je savais que l'Eglise catholique était l'Eglise véritable ; mais « je ne savais pas encore absolument que je le savais M).
D'autres qui n'avaient pas à abandonner la religion de leur enfance, mais à y revenir, ont connu des luttes analogues.
On a lu précédemment le récit de la conversion de Paul Claudel : quatre ans sépareront l'adhésion intérieure et la premiière
1. Les Confessions d'un, converti, trad. de Wyzewa, 2' éd., Paris, 1914, p. 202-2013.
absolution, quatre ans de combats et d'angoisses.
« J'ose dire que je fis une belle défense et que la lutte fut loyale et complète. Rien ne fut omis. J'usai de tous les moyens de résistance et je dus abandonner l'une après l'autre des armes qui ne me servaient à rien. Ce fut la grande crise de mon existence,, cette agonie de la pensée dont Arthur Rimbaud a écrit : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d'hommes.
Dure nuit ! le sansf séché fume sur ma face M »
La crise s'apaise ordinairement, — il y a pourtant des exceptions, — dès qu'est posé un acte extérieur qui engage définitivement à la profession publique du catholicisme : abjuration pour les convertis du schisme et de l'hérésie, confession et corninunion pour les prodigues du catholicisme. Un psychologue comme William James, qui, par fidélité plus ou moins consciente au préjugé protestant, n'admet d'autre foi que la foi sentie, consolée, exal-