‹ La conversion [microform]Chapitre 35 sur 48 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les faits de conversion et l'apologétique.

A leurs utilités théologiques^ les récits de conversion en ajoutent qui regardent spécialement Tapologiste : les unes sont d'ordre plus immédiatement pratique, les autres concernent plutôt l'apologétiquethéorique. Le premier service est d'aider l'apôtre à connaître la psychologie concrète de ses contemporains , leurs tendances, leurs aspirations, les obstacles qui arrêtent ceux qui sont en marche vers la vérité, les arguments qui paraissent les plus propres à les frapper.

Sous ce rapport, le recueil publié par le R. P. Mainage, sous le titre : les Témoins du renouveau catholique, est éminemment instructif par la variété des récits. Deux générations s'y coudoient. La plus ancienne, qui arrivait à la jeunesse en 1880 et 1890^

apparaît vaguement déiste chez quelquesuns de ses représentants, plus souvent tout imbue de l'influence de Renan, du Renan corrupteur et déliquescent des dialogues et drames philosophiques. Les convertis de la génération plus proche de nous, celle qui avait vingt ans entre 1900 et 1910, se distinguent de leurs aînés. Commençant à se libérer du scientisme et du dilettantisme, ils ambitiononent de déploy.er toates les virtualités d'uaie action puissante, de mener une vi€: pleine^ dont la volonté autonome sera Funique ouvrière. Plus de dogmaitisme qpà s'inapose du dehors, plus d'aoitorité qui enchaîne ; la vie religieuse dxDÎit sourdre et jjaillir uniqueiment dut dedans.

Sous ces; différences, il n^est pas difficile^ de: découvriTT des traits communs. Comme le note- très j.ustememt Le. R. P. Mainàg;e, <c qu'ils soient positivistes ou scientistes,.OiU: dilettantes, ou libéraux, qu'ils aient, suivi les>errei35ients. des tristes, années- « q.uatrevingtsi)); ou des remuantes^ aoinées de 1900., ces« intelieetuels eiatretiennent à l'égard de rÉglise le même pj-éjugé teQa<:e. Ils l'exècrent et ils l'écao'tent parce qu'elle S:e;

présente à eux comme une règle imposée de rëxtéuieur, dontrautorité doctrinale^ ou.

morale n'admet pas la discussion et, par conséquent, écrase de son. poids meurtrier la liberté indlividuelle, liberté de pensée et liberté de vie^ ». Le- dbn apparaît comme une* diminution, la soumission comme une mutilation. <( Quel joug étroit que toutes ces idées^ écrivait Pierre van der Meer de Walcheren^ pour moi qui veux être ouvert à tous^ les courants, à toutes les manifestations de la vie, pour moi- qui adimire aussi bien la. terrible solitude et l'audace sacrilège d'un Nietzsche que la charité d'un saint François. Ha religion, au moins ce qu'on peut désigner véritablement par ce mot, me semble une contrainte, une limitation, un amoindrissement-. » C'est làle plus grand obstacle. Pour qu'il cède^ il faudra que la perspective soit retournée, que, malgré lessacrifices qu'elle impose> la sujétion apparaisse finalement comme une libération, le don de soi comme une expansion. Dieu nous- grandissant à sa taille, et non plus l'homme ramenant Dieu à la sienne.

Page 1