‹ La conversion [microform]Chapitre 36 sur 48 · Journal d'un converti, p · texte numérisé non relu

Journal d'un converti, p

Si dans certains cas exceptionnels le changement se fait à vue, le plus souvent la substitution sera lente et progressive, partira d'un commencement très éloigné pour aboutir peu à peu à la foi. Personne n'a mieux exprimé que Fénelon ces premiers et timides appels, cette lointaine préparation du cœur, a d'autant plus confuse qu'elle est générale ; c'est un sentiment confus de notre impuissance, un désir de ce qui nous^ manque, un penchant à trouver au-dessus de nous ce que nous cherchons en vain au dedans de nous-mêmes, une tristesse sur le vide de notre cœur, une faim et une soif de la vérité, une disposition sincère à supposer facilement qu'on se trompe et à croire qu'on a besoin de secours pour ne se tromper plus^ ». C^était vrai au dix-septième siècle, et c'est encore vrai de nosjours. Ecoutez Pierre van der Meer de Walcheren, tout à fait au début de son évolution vers le catholicisme, lorsqu'il est encore en pleine terre de misère et de ténèbres. Dans l'intelligence règne un agnosticisme qui se posecomme radical.

1. Leilre sixième sur la Religion, dans les Œuvres de Fénelon {éd. Saint-Sulpice), t. i, p. 136.

« Je ne crois à rien, écrit-il, après avoir reçu les confidences d'un lâeil homme cynique et scélérat. Donc je ne peux pas condamner cet homme et ses actes. Au nom de qui ou de quoi le pourrais-je ? Pourquoi aurait-il dû agir autrement puisqu'il lui plaisait d'agir ainsi ? Tout est permis. Je le sais. N'ai-je pas pensé moi-même des choses plus abominables peut-être et ne me suisje pas complu dans ces pensées et ces images?' Chacun est libre de faire ce qu'il désire, s'il en a seulement le courage. Cet homme ne s'est pas laissé emprisonner dans des opinions et des convenances étroites. A qui ou à quoi devait-il compte de ces actes ? Evidemment à personne. Car il n'y a rien audessus de lui . Il a raison , moi j 'ai tort. Tout est permis. Il n'y a pas de limites, il n'y a pas de loi. Ni le bien ni le mal n'existent.

Mais pourquoi, mon âme, sanglotes-tu ?' Tu désires la pureté, la noblesse, les hautes et belles choses ? — Question d'hérédité !

Ataviques préjugés, que je devrais arracher, puisqu'ils ne correspondent à aucune réalité.

Et pourtant, dans le plus profond de mon âme vibre un sentiment très vague et très-

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