‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 25 sur 116 · LE PLAN DU PRINCK DE BEAUVAU · texte numérisé non relu

LE PLAN DU PRINCK DE BEAUVAU

irrésolu et flottant, s'était arrêté à une décision énergique. En vain, le maréchal prince de Beauvau avait il, au dernier moment, essayé d'un moyen conciliatoire . On admettrait les députés de la noblesse, tant ceux nommés par leur ordre que par les assemblées de sénéchaussées, à la présentation au roi, à la procession d'ouverture et à l'entrée aux Etats généraux.

Puis on réduirait les députés à huit ce à la condition que les nobles non fiefîés ne pourraient voter sur les objets qui intéressaient les fiefs » (1). Barentin répondit au prince de Beauvau le 1^' mai (c que l'un et l'autre parti ne seraient agréables à personne ». Il était inutile de parler de tout autre moyen, le roi ayant interdit au marquis de Brézé (c de lui présenter les députés de Provence qui n'avaient pas été nommés d'après les Lettres de convocation ».

A cette époque les députés fieffés étaient à Versailles. Ils intriguèrent auprès du prince de Condé, le supplièrent d'essayer de faire revenir le roi sur sa décision. Le prince de Condé tenta une démarche nouvelle qui fut aussi inutile que les précédentes.

(( Tout en ressentant une peine infinie pour l'ostracisme qui les frappait », ils ne se découragèrent pas. Ils ne pouvaient forcer l'entrée du palais. Mais la procession leur serait elle aussi interdite? Villedeuil leur fit répondre poliment pour les prier de renoncer à leur projet de s'y rendre (2).

(1) Arch. nat., B» 69. fondé sur ce qu'elle ne pourrait

(2) « ...Vous sentez bien que la admettre comme députés de la décision donnée par le roi pour noblesse de Provence que ceux la présentation doit s'étendre à qui avaient été nommés conforla procession et à l'ouverture des mément aux Lettres de convoca- États généraux puisque le motif tion ». (Arch. nat., B* 69, mai qui a déterminé Sa Majesté a été 1789).

Ces échecs successifs ne purent abattre leur obsti- 1 nation. La commission de la noblesse recevait toutes les pièces qui concernaient les pouvoirs des députés. Ils lui remirent le 10 Mai les procès verbaux relatifs à leur élection. La commission leur fit savoir ce qu'il fallait qu'ils se présentassent à la chambre de l'ordre pour y former leur demande et pour que la chambre chargeât la commission de l'examen et du rapport du mémoire ». Ils avaientfait imprimer un mémoire; le 20 mai, MM. de Janson, de Sade, de Jonques et de Mazenod le portèrent à cette chambre. Ils y exposèrent en même temps « le sujet de leur demande ». On les reçut « avec beaucoup d'honnêteté» et on leur répondit « que l'on s'occuperait de leur affaire dès que celles qui avaient été présentées auparavant seraient terminées » (1).

Les députés du tiers de Provence surveillaient toutes ces menées, Bouche surtout, qui fit imprimer un mémoire destiné à pulvériser les fieffés (2) et à réduire à néant toutes leurs avances. Son mémoire fut distribué le 6 juin dans la Chambre de la noblesse. Si on en croit sa correspondance , il fit une très profonde impression sur les députés des sénéchaussées. Bouche espéra que dès ce moment il avait cause gagnée.

Il ne se trompait pas. Les députés des possédant fiefs jouaient décidément de malheur. La transformation des Etats généraux en Assemblée Nationale Constituante dérouta toutes leurs prévisions. Le

(1) Arch. nat., W' 69. LeUre au leur porte ». (Arch. dos 13. -duduc de Hourhou, 25 mai 1789. Rh., C. 1040. Lettre de Bouche

(2) « ...Tout est dit dans ma aux commissaires des communes réponse. .Je doute qu ils (les Vwi- de Provence. \'ersaillcs, 31 mai fés) se relèvent des coups que je 1789).

LA DEUNIÈUE PROTKSTATIOX DKS FIKI FKS ÎKÎ

dépôt de leurs pièces devant la chambre de la noblesse devenait illusoire, puisque la chambre en question n'existait plus, au moins en tant que puissance avec qui l'on devait compter et que l'Assemblée Nationale seule allait connaître de tout ce qui concernait la vérification des pouvoirs de ses membres. N'importe. Ils protestèrent une dernière fois. Ils voulurent sauvegarder jusqu'au bout les apparences, et après avoir protesté avec la conviction intime que leur cause était excellente, ils protestèrent pour la forme. On sent dans leur factum la mélancolie qui les a gagnés. Sont ils sincères quand ils s'élèvent « encore contre tout ce qui pouvait être fait au préjudice de la constitution et des droits, titres, franchises, us, coutumes, capitulations et traités du Pays et comté de Provence? » On leur donna acte de leurs protestations et ils se retirèrent. Bouche trouva le mot pour prononcer leur oraison funèbre : « Les possédant fiefs ont délogé » (1).

J'aurais rêvé pour eux une fin moins lamentable. Dès l'origine du conflit, deux partis s'offraient pour le terminer. Ou bien ouvrir tout grands leurs bras aux nobles non fieffés, ou bien protester avec dignité et se retirer dans leurs terres en se désintéressant de tout ce qui serait fait sans eux ou contre eux. Il ne surent prendre ni l'un ni l'autre de ces partis. Ils dédaignèrent l'avis des sages et se lancèrent dans une aventure au bout de laquelle les attendaient un échec certain et aussi, — ce qui est plus dommageable pour leur réputation, — un ridicule outrageant pour une cause qui, après tout, n'avait pas manqué de grandeur.

(1) Arch. des B.-du-Rh., C. 1380. saires des communes. Versailles, LeUre de Bouche aux commis- 18 juillet 1789.

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