LA RÉPONSE DU DUC DE BOURBON
attendre quelque temps sa réponse. Enfin elle était venue mais presque décourageante. Il avouait poliment que le choix que la noblesse de Provence avait bien voulu faire de sa personne excitait sa plus vive reconnaissance et que l'unanimité de leurs suffrages lui rendait plus pressant encore l'intérêt qu'il prenait à la province et à l'ordre qui lui confiait la représentation de ses droits. Mais il avait considéré comme son premier devoir de rendre compte de tout au roi, et le roi n'avait pu lui dissimuler son mécontentement. Il lui avait dit sans phrases que cette élection était illégale (expression que le duc adoucit pour ne pas chagriner ses correspondants et qu'il remplaça par pas trop légale) ^ puisqu'elle était contraire aux Lettres de convocation qu'il avait envoyées. Et le duc n'avait su que lui répondre (( qu'il suivrait le sort de la décision que le roi prendrait à cet égard )). Pour le surplus, il priait la noblesse « de sentir la délicatesse de sa position ». Il pensait qu'elle trouverait que c'était là tout ce qu'il avait à répondre , et il lui demandait d'agréer ses remercîments aussi empressés que sincères.
Le duc se dérobait. N'y avait il pas un autre moyen de lui arracher l'engagement tant désiré? En agissant auprès de son père qui pèserait peut-être sur sa volonté. Les possédant fiefs écrivirent au prince de Condé. Le 25 mars il répondit. Il affirmait qu'il portait un vif intérêt au maintien « de la prééminence, des propriétés et des droits honorifiques et
nissime de daigner protéger au- Vos droits augustes sont aussi
près du roi sa députation et de chers à la noblesse qu'ils sont
faire la grâce à toute la noblesse indivisibles des siens. (Arcli. nat.,
du roj^aume de prendre séance B» 69). dans la chambre de Tordre.
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constitutionnels de leur ordre )). Il pensait que leur conservation était aussi nécessaire à l'autorité a légitime et bienfaisante du souverain qu'à l'heureuse tranquillité de la nation entière dont le bonheur serait toujours le but de toutes les démarches et Tobjet de tous ses vœux ». Du côté du père comme du côté du fils les possédant fiefs avaient donc échoué.
Ils essayèrent d'un troisième moyen. C'était le moment où la Provence venait d'être en proie à la plus cruelle insurrection. Des bandes d'affamés réclamant du pain, pillaient les greniers publics. Rien n'était plus habile que de paraître prendre les intérêts du roi dans cette circonstance. Du moment qu'il ne s'agissait plus de députation à produire, le duc de Bourbon accepta d'être leur interprète. Le 9 avril, il remettait leur mémoire à Louis XVI.
(( L'honneur, principe et aliment de la noblesse », y était-il dit, lui faisait une loi impérieuse de représenter à Sa Majesté l'état de désolation où la Provence était réduite. Si cet état dure, l'autorité royale est compromise, le trône même ébranlé. On ne veut plus de hiérarchie, plus de rangs, plus de noblesse, plus de seigneurs, plus de droits féodaux, plus de censés, plus de dîmes. » Les possédant fiefs grossissaient à plaisir le péril et suppliaient Sa Majesté d'employer les moyens les plus prompts pour mettre fin à une guerre aussi funeste.
La manœuvre ne manquait pas d'adresse. Du moment que l'autorité royale est méconnue en France, le roi n'hésitera pas à rallier autour de lui sa fidèle noblesse. Quel moyen meilleur que de recevoir sa députation?
Par malheur pour elle, Louis XYI ordinairement