‹ La Convocation des États généraux en ProvenceChapitre 37 sur 116 · IV. — Placet de la Chambre de commerce à Necker · texte numérisé non relu

IV. — Placet de la Chambre de commerce à Necker

— Les habitants non corporés de Marseille l'appuient. — Arrêt du Conseil du Roi rendu le 24 mars.

— L'ordonnance de Demandolx est annulée. — Le chiffre de 200 électeurs est ramené à 90. — La réduction. — Comment elle a été opérée.

l'ordonnance du 18 MARS

Marseille devait être moins heureuse qu'Arles dans ses réclamations contre le règlement du 2 mars. Ses maire, éclievins et assesseur (1) n'avaient pas cependant épargné leurs peines. Ils s'étaient adressés, la première émotion surmontée, à M. de Rostagny, député du commerce de Marseille à Paris. A cette qualité, M. de Rostagny joignait celle de conseiller d'Etat et semblait ainsi mieux accrédité et plus en passe que qui que ce fût pour présenter aux commissaires de la convocation des remontrances qui eussent chance d'être accueillies. La lettre des

(1) Antoine .loachim Gabriel, marquis de Gaillard, chevalier, maire ; Jean Baptiste André Thu- Lis et Jean François Durand De- LAFONT, anciens échevins ; Joseph Capus, assesseur ; Simon Laflèche et Louis Victor Ver- DiLHON, échevins nouveaux. Ce fut la dernière administration municipale nommée en exécution du règlement de 1717, le 28 octobre 1788, jour de Saint Simon et de Saint Judc. Encore ne putelle pas remplir son mandat d'un an. Lors de l'émeute du 23 mars 1789, M. de Gaillard et l'assesseur Capus durent quitter Marseille. Ils ne reparurent plus à l'hôtel de ville. Laflèche envoya sa démission le 20 août, à la suite de l'émeute de la veille. Le roi voulut bien recevoir la démission de \'erdilhon, le 15 novem-

bre, mais à condition qu'il resterait en place jusqu'au l^"^ janvier 1790. Par une ordonnance du 15 novembre 1789, Louis XVI décida qu'il serait procédé le 25 du même mois à l'élection des 4 échevins et que celles du maire et de l'assesseur demeureraient suspendues. Le conseil renforcé compta ce jour là 102 votants.

Jean Nicolas Gimon fut élu au second tour premier échevin ; Basile Samatan, deuxième échevin, au second tour également ; Etienne Martin, troisième échevin au premier tour, et Joseph Gabriel Merle, quatrième échevin au second tour. Marseille resta donc sans mairejusquau 28 janvier 1790 où, la constitution nouvelle étant entrée en vigueur, Etienne Martin fut élu par 3.555 voix sur 4,408 votants.

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officiers municipaux était des plus pressantes quoique un peu tardive : a Agissez, monsieur, détournez le coup qui nous menace s'il en est encore temps. Unissez vos sollicitations à nos efforts et mettons tout en œuvre pour maintenir dans tout son éclat la splendeur d'une ville que tout le monde s'honorerait de servir et à laquelle nous sommes attachés par les nœuds les plus saints )) (1). Le conseil municipal, réuni le 12 mars, délibérait unanimement au roi « de très humbles représentations pour obtenir aux États généraux qui succéderaient à ceux de cette année le rétablissement des droits de la ville » . On pense, malgré soi, qu'avant de se préoccuper des États généraux futurs, il aurait dû veiller d'un peu plus près à ce que ses droits pour ceux qui allaient s'ouvrir fussent respectés. Rostagny, mieux avisé, mit en œuvre toutes les ressources de son intrigue, frappa à toutes les portes, vit le maréchal deBeauvau et Valdec Delessart. Tous deux lui donnèrent de bonnes paroles à défaut d'actes plus consistants. Malgré tout, il échoua. Il fit sentir à Marseille que si une disgrâce aussi fâcheuse lui était survenue, elle devait s'en prendre surtout à elle. Pourquoi ne l'avait-on pas prévenu à temps ? Pourquoi le laissaiton sans pouvoirs ? Il fallait lui envoyer, au premier moment, des lettres de créance en règle avec lesquelles il eût fermé la bouche des gens intéressés à le représenter comme un procureur mal accrédité (2).

(1) Arch. municip. de Marseille, de convocation. Il y a longtemps registre 38 des lettres écrites, fol. que j'en avais eu la crainte... On 16 recto, 9 mars 1789. a été déterminé sans doute par

(2) (( Je suis affecté autant que des raisons d'uniformité et peutvous du parti que le ministère a être par quelque stimulation pris de faire adresser aux offi- intéressée.

ciers de la sénéchaussée la lettre Je sens combien sous tous les

l'ordonnance du 18 MARS

Enfin, la faute était commise. Le malheur, c'est qu'on s'était fié aux déclarations du marquis de Gaillard. M. de Gaillard, appelé par le roi en qualité de notable, avait paru à Rostagny « avoir l'assurance de M. de Villedeuil que la constitution et les usages de Marseille devaient être respectés » (1). L'événement a témoigné que M. de Gaillard fut victime d'une illusion. Le seul espoir qui restât, — et Rostagny le faisait clairement sentir — était que Marseille eût résisté, dans les limites permises, au règlement du 2 mars ; qu'elle eût délibéré des représentations énergiques à son sujet et suspendu, jusqu'à satisfaction, son acquiescement aux volontés royales ; avant tout, que les trois ordres eussent fait preuve d'union et de parfaite entente. A ce prix seulement, elle pourrait sauvegarder son indépendance. Or, au moment où Rostagny écrivait pour recommander la résistance pacifique, Marseille se soumettait (2).

Il ne restait plus qu'à essayer de couvrir la retraite en obtenant des ministres un semblant de promesse pour l'avenir. Rostagny s'y employait activement

rapports cette innovation est désagréable. Je suis au désespoir d'avoir été averti trop tard du danger imminent et de n'avoir pas osé prendre sur moi de faire des démarches officielles en votre nom. Je vous avoue que j'ai été arrêté parce que j'ai appréhendé qu'il n'j»^ eût des gens intéressés à contrarier ma réclamation sous le prétexte que je n'avais pas de titre et, dans la place que j'occupe, il est de nécessité que toute créance soit ajoutée à mes offices... » Arch. municip. de Marseille, registre 27 des lettres

reçues, fol. 126 recto, Paris, 16 mars 1789.

(1) Arch. municip. de Marseille, registre 27 des lettres reçues, fol.

126 recto, Paris, 16 mars 1789.

(2) « Pénétré du désir sincère de contribuer de tout son pouvoir au succès des intentions paternelles du roi, le conseil municipal n'a pas cru devoir mettre des bornes à son obéissance ». Arch.

municip. de Marseille, registre 38 des lettres écrites, fol. 23 verso.

Lettre des maires, échcvins et assesseur aux consuls gouverneurs d'Arles, 14 mars 1789.

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